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HELMUT NEWTON AU GRAND PALAIS

L’INSTIGATEUR DU PORNO CHIC

Le grand palais consacre à Helmut Newton sa première rétrospective depuis sa mort en 2004, l’occasion de revenir sur une œuvre tout à la fois sulfureuse, insolente et cynique, pionnière d’une esthétique ravageuse plus connue sous le nom de « porno-chic ».

« Certains photographes font de l’art. Pas moi. Si mes photos sont exposées dans les galeries ou des musées, tant mieux mais ce n’est pas pour cela que je les ai réalisées. Je ne suis qu’un sbire ».
 
En 250 images du polaroid au grand format, la première rétrospective française consacrée à Helmut Newton depuis sa mort en 2004, fait mentir l’artiste…
Sulfureuse, insolente, provocante, cynique… Tels sont les adjectifs qui viennent généralement qualifier l’œuvre du photographe d’origine berlinoise, pionnier dans les années 60’ d’une esthétique ravageuse qui inspirera nombre de créateurs et de publicitaires par la suite : ce savant mélange d’érotisme débridé et d’ultra-sophistication plus connu sous le nom de « porno-chic ».
Un style souvent décrié pour sa vulgarité qui fascine et inspire pourtant à nouveau alors même que la planète mode semble guidée par un bon goût rassurant et la sagesse minimaliste. Doit-t-on y voir, après des années de beauté lisse, naturelle et rassurante, le retour d’une féminité au glamour bien trempé, conquérante et flamboyante…?

ULTRA DRAMATISATION

Helmut Newton n’aimait pas la spontanéité. Avec un talent fellinien de metteur en scène, le plasticien composait et pensait ses photographies comme des tableaux ou des scènes de cinéma : une vestale en stilletto, un couple étrangement androgyne sur le macadam parisien, une working girl totem… Autant de récits visuels d’un désir en tension, conjuguant un sens aigu du drame et de la décadence sophistiquée.

1. Yves Saint Laurent, rue Aubriot Vogue, 1975 Paris, Newton habitait la rue Aubriot à l’époque. 2. Nova, 1973 Paris

SUBLIME MAUVAIS GOUT

« Je suis très attiré par le mauvais goût, plus excitant que le prétendu bon goût, qui n’est que la normalisation du regard ».

Lorsque qu’il débarque à Paris en 1957 dans sa Porsche blanche accompagné de June, Newton est résolu à photographier pour la mode mais surtout à en défier les codes. Tout au long de sa carrière, il n’aura de cesse de cultiver la provocation, se jouant des tabous en insérant le sexe, le nu, l’argent et le pouvoir d’une bourgeoisie parisienne « qui a trop d’argent et trop de temps », dans l’univers du papier glacé. Chaînes, billets, menottes bijoux et cigarettes deviendront vite ses accessoires fétiches et feront du photographe le génial metteur en scène d’une opulence tapageuse à la limite de l’obscène, à faire bondir les bien-pensants et les militants féministes.

1. Vogue France, 1994, Paris. Cette photo fut prise lors d’un dîner que le couple Newton organisait chez lui avec des amis. 2. Main et dollars, 1986, Monte-Carlo

UNE FEMME CONQUERANTE

C’est dans le plus simple appareil que la femme newtonienne part à l’assaut du monde, exposant son corps athlétique et érotique comme un puissant instrument d’affirmation sociale. Séductrice assumée, dominatrice glamour… Loin d’une misogynie dont on l’a souvent accusé, c’est bien pour une vision nouvelle de la femme qu’Helmut Newton semble avoir œuvré, à l’opposé des clichés de ménagère soumise : une femme fière et conquérante, menant le jeu plus qu’elle ne le subit.

1. Sie kommen, 1981, Paris. Quatre femmes fondent sur le spectateur, élégamment vêtues puis nues. 2. Stern magazine, Los Angeles, 1980


 




 

 

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