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LEAD THE LEADERS

Un regard plus en profondeur sur le thème « Innovation ascendante » issu de notre cahier Futur(s) 10.

Entre le développement des mouvements d’ « indignés » un peu partout en Europe et ce que l’on nomme désormais le « printemps arabe », la première partie de l’année 2011 a vu se multiplier les rassemblements populaires, les révolutions, et les chutes de dictateurs.

Dans notre publication Futur(s) 10, le thème « Innovation ascendante » anticipait cette marche vers l’émancipation et, au-delà de la sphère politique, ses conséquences sur la consommation de demain. En voici une lecture plus approfondie.

Signes émergents : L’émancipation des foules
 

1.La dernière campagne « Go forth » (« vas de l’avant ») de Levi’s est accompagnée d’un site Internet qui encourage les jeunes à développer des actions concrètes pour changer le monde. Un appel clair et radical à l’action sans concession 2. « Merci le peuple, merci facebook », cliché d’un tag sur les murs de Tunis, paru dans Business week, 2011. Aidés par des groupes de hackers anonymes, les contestataires à l’origine du 'printemps arabe' ont utilisé les réseaux sociaux et les sites comme Facebook, Twitter ou YouTube, comme principal relais pour appeler à des manifestations et pour exprimer leurs revendications 3.Dans son dernier essai « tu dois changer ta vie », le philosophe Peter Sloterdijk appelle au changement radical. Un « tu dois » qui s'adresse à tous, sans distinction… 4. Déjà 5 sièges en Europe : le succès du « parti pirate », qui prône notamment un accès libre et égal pour tous à la culture, la connaissance et l' information, n’en fini de grandir.

Depuis la crise, la prise de conscience par les consommateurs de l’absurdité de certains fondamentaux capitalistes, couplée à l’inertie des élites, sont devenus le moteur de frustrations profondes.

Alors que les appels à l’action et à l’émancipation se multiplient de toute part (cf 1. & 3.), et à l’image de la montée des partis pirates (cf 4.) ou de l’issu des révolutions arabes (cf 2.) qui ont montré que le renversement était possible via l’organisation et la collaboration pacifique, de plus en plus nombreux sont ceux qui décident de faire partie de la solution plutôt que du problème, en s’opposant, en prenant l’initiative, en proposant des schémas nouveaux.

Ainsi, alors qu’un monde se termine, un autre semble déjà s’ouvrir, qui court-circuite le système traditionnel et fait émerger de nouveaux modèles économiques, sociaux, basés sur l’autonomie, le partage et la collaboration. Un changement qui s’effectue de façon ascendante, par « le bas », la foule, l’amateur, le précaire… Vers la construction d’un modèle qui va bouleverser l’ordre établi, et qui dessine déjà les contours d’une nouvelle modernité, multiple et polycentrique.

Évolutions des valeurs :  Autonomie et partage


L’amateur tout puissant 

Internet, qui a modifié le rapport entre producteurs d’un côté et consommateurs de l’autre, provoque l’avènement d’un consommateur-créateur tout puissant qui court-circuite la hiérarchie traditionnelle en renversant la conception capitaliste classique de la consommation (l’offre et le marché dictent la consommation). Désormais, les « amateurs », via le développement d’outils technologiques et d’une véritable infrastructure de la contribution, prennent les choses en main, s’auto-organisent, localement et en réseau. Ils informent le monde, créent l’offre, le service et le produit idéal.

Vers la dépossession 

Les valeurs de collaboration, de partage, et la démonétisation de certains biens et services expérimentés sur le web ont invité à remettre en cause la notion de propriété : quand il est possible de louer/échanger/emprunter un bien, pourquoi s’encombrer physiquement et financièrement d’un achat ? Face à cette évolution, un modèle d’avenir est donc en train d’émerger qui, à l’image du vélo en libre-service, consiste à passer des biens qui intègrent des services, à des services qui intègrent des biens… Vers une économie de la location, à la fois plus écologique, plus humaine et plus économique.

Concepts créatifs : Lead the leaders
 

L’open-source (le « tout-partagé ») est en train de dépasser les frontières du web : DIY, co-création, échange de bons procédés et transparence deviennent les valeurs motrices qui dessinent les contours des services de demain, libérés des circuits traditionnels.

1.« Instructables restaurant », Amsterdam,  2. « Rally fighter », local motors, photo © www.wired.com

1. Transposition « dans le réel » du site Instructables (une plateforme de documentation en ligne sur laquelle chacun peut partager son expertise) le « restaurant » éponyme basé à Amsterdam propose à ses clients de retrouver sur Internet les recettes des plats savourés, ainsi que les « codes sources » de tout ce que le lieu contient, y compris les meubles et la décoration : « Dans certains restaurants, vous pouvez acheter les choses que vous voyez ; dans ce restaurant, vous pourrez rentrer chez vous en sachant comment recréer ce que vous avez apprécié, que ce soit la nourriture ou la chaise sur laquelle vous étiez assis », Arne Hendriks, initiateur du projet.

2. Véritable révolution dans le monde de l’automobile le « Rally fighter » est la première voiture « creative commons », élaborée par une communauté d’internautes (composée d’ingénieurs, designers et passionnés) réunie sur le site du constructeur Local Motors, qui ont élu le designer (Sangho Kim) et participé à la fabrication.
1. Zipcar, service d’auto-partage « la voiture pour ceux qui n’en veulent pas » 2. Imprimante 3D Thing-O-Matic !, par Makerbot Industry

1. Zip car est un service d’auto-partage qui  redéfinit les usages de l’automobile en proposant simplement (via internet) la location de courte durée adaptée à un besoin précis, plutôt que l’achat. Autrement dit, tous les avantages (fonctionnalité, praticité, plaisir…), sans les inconvénients (entretient, coût…). À la fois plus écologique et plus économique, un modèle particulièrement apprécié des jeunes urbains pour qui la notion de propriété ne revêt plus la même importance.

2. Première imprimante 3D « abordable » (1000 euros), la « thing–O-matic ! » permet de construire des objets physiques à partir d’un modèle virtuel, conçu grâce à un logiciel de conception assistée par ordinateur (CAO). Pièce de remplacement, jouet, article de cuisine… Les possibilités sont infinies. Encore réservée à un public de « geeks » avertis, elle apparaît malgré tout comme un premier pas dans la démocratisation, à court terme, de ce type d’objet à tout faire…

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