FUTUR(S)
TRENDS
  • Google+
  • linkedin

SAUVEGARDE

Récemment, selon le magazine « Courrier international », les éditeurs de l’Oxford Dictionary ont décidé de retirer le terme « cassette tape » de leur dictionnaire. Un « sacrilège » que le quotidien USA today a dénoncé en rappelant que la cassette est justement en train de faire son grand retour, plus particulièrement chez les musiciens indépendants qui préfèrent ce support pour leurs enregistrement.

À l’image de cette brève, les critiques quant à la « virtualisation » de la société, se multiplient. Dans notre publication Futur(s) 10, le thème « Sauvegarde » anticipait cette remise en cause d’un progrès uniquement lié aux avancées technologiques, et analysait ce besoin chez le consommateur de ré-humaniser un quotidien trop dématérialisé, « uniformisé », pré-déterminé, sous prétexte d’efficacité :

Signes émergents
Complainte du progrès, éloge de l’imperfection et nostalgie de la matérialité 


1. Dans son ouvrage « the big switch », Nicholas Carr voit un risque d’érosion intellectuelle dans l’utilisation systématique des moteurs de recherche : nous déplaçons d’énormes quantités de textes et de souvenirs très rapidement, mais nous sommes incapables de nous intéresser à leur sens, à leur profondeur ».

2.  De son côté, Henk Van Ess propose, via son livre « Da Google code », des astuces pour optimiser ses recherches en ligne. Un manuel gorgé d’enseignements qui signe également l’aveu de faiblesse d’une société contrainte à s’adapter à la machine plutôt que l’inverse.

3. À contre-pied du formatage télévisuel, une nouvelle génération de films et de série apparaît, au premier rang desquels la désormais culte « Glee », engagée dans une forme de réhabilitation de l’imperfection comme gage de singularité (loosers aux physiques ingrats, en surpoids, handicapés…) et portant un regard à la fois ironique et plein d’empathie, sans misérabilisme.

4. La cellule familiale, sa folie et ses travers, retrouvent du charme. La série « Modern family », mockumentaire dans la lignée de « The office », suit trois familles américaines atypiques et donc archétypales, rendant hommages aux dysfonctionnements familiaux.

5. « Aujourd’hui, en un an, nous sommes confrontés à des changements qui se seraient déroulés sur plusieurs générations il y a quelques centaines d’années ». Dans son livre « Obsolete », Anna Jane Gossman met en avant le fait qu’avec le progrès technologique, de nombreux objets et rituels qui faisaient encore récemment partie de notre quotidien, disparaissent. Ecrire une lettre à la main,se perdre, lescabines téléphoniques… Un inventaire des petites habitudes oubliées pourtant pleines de poésie et d’humanité que l’auteure tente de réhabiliter.

Évolution des valeurs
Le retour à un quotidien plus humain
 

Contre une forme de dématérialisation du quotidien, le consommateur cherche à réinsérer de l’affect, à re-dramatiser les activités quotidiennes et l’utilisation d’objets qui se vident peu à peu de leur substance, de leur sens ou de leur singularité (prendre, une photo, écouter de la musique, faire du shopping…), en opposant une forme de « serendipité » mais aussi de matérialité qui enrichit, humanise et rassure, car elle redonne du corps et de l’aspérité.

De même, dans le champ social, le re-centrage vers les proches, les « vrais amis », la sphère familiale, s’intensifie, et le ré-ancrage dans « la vraie vie » fait opter pour des activités et divertissements plus conviviaux, incarnant des valeurs fortes de sociabilités et d’échange.

Concept créatif 
Artysanat & Human tech
 

Effets de réel, matérialisation, ritualisation, associations aléatoires, esthétique fait main… Des produits et services volontairement imparfaits, soumis à des temporalités plus douces, qui redonnent corps, sens et surprise à la consommation…

1.« Pudding packaging », Yvonne Niewerth  2. « scratch meals », par jeremy Innes-Hopkins.

1. Contrepied à l’ultra stylisation, Yvonne Neuwirth a imaginé un pack avec une recette crayonnée rough façon « hand made », comme un livre de cuisine illustré : pratique et ludique.

2. Un kit de repas tout en un prêt à l’emploi à base d’aliments bruts rassemblés en fonction de l’arrivage. L’art d’accommoder les restes retrouve son charme…

1.L’application « Serendipitor »  2. Capture d’écran du e-shop www.supermarketsarah.com

1. Une application pour les personnes en manque de désorientation : à l’inverse des GPS et autres applications qui proposent l’itinéraire le plus efficace et le plus rapide pour aller d’un point A jusqu’à un point B, le serendipitor favorise la rencontre avec l’espace public en indiquant à l’utilisateur des lieux à découvrir tels que des espaces culturels ou commerciaux et des actions à entreprendre sur le vif pour entrer en contact avec ses pairs.

2.  Sur son site « Supermarket Sarah », Sarah Bagner, qui s’occupe depuis du merchandising de Selfridges, propose une mise scènes de produits sous forme de mur. Un mur « dans la vraie vie », pris en photo puis mis en ligne, ou comment recréer le charme de l’expérience visuelle, tactile et émotionnelle des boutiques « offline ». 

share