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UNDERWORLD(S)

“Si la société est conditionnée par le fait de parler, de communiquer, elle est aussi modelée par la capacité de se taire.” Georg Simmel, Secret et sociétés secrètes

Face à une forme de défiance généralisée quant au respect de la vie privée et à l’apparition, réelle ou ressentie, d’une «civilisation du regard», société panoptique «contaminée» par les «règles du spectacle» décrite par l’écrivain et psychanalyste Gérard Wajcman dans son dernier ouvrage « L’œil absolu », l’extraversion du tout montrer et du tout dire marque de véritables signes de faiblesse. En réaction, les «mondes sous-terrains», invisibles ou simplement discrets, tapis dans l’ombre, redeviennent des lieux privilégiés de l’imaginaire et de la création mais aussi le terreau de la résistance démocratique. Le secret : une manière nouvelle de s’imposer...

SIGNES EMERGENTS

1. Véritable mythe des temps modernes, les Anonymous (qui ont emprunté à Alan Moore et David Lloyd, créateur de la BD V pour Vendetta, leurs codes esthétiques), constituent la nouvelle incarnation de l’intelligence collective : galaxie hétéroclite d’« hacktivistes » furtifs dont on ne sait rien si ce n’est qu’il s’agit plus d’une «communauté de l’instant » dépourvue de leader et de hiérarchie, que d’un groupe structuré. Craints pour le(contre)pouvoir qu’ils incarnent autant qu’ils fascinent par leur opacité et leur caractère mouvant, abstrait et indéfini.

2. En réaction à une société « panoptique » dans laquelle tout semble voué à « percer des secrets », le mystère, la subtilité, l’ambiguïté, s’imposent comme autant de champs salvateurs, nécessaires à cultiver et ré-explorer. C’est sur le culte du secret que fonctionne le Silencioclub privé sous-terrain parisien, conçu par David Lynch

3.Tandis que le buzz autour de nouveaux groupes de musique se diff use à la vi- tesse du son, de plus en plus d’artistes, comme GL▲SS †33†H optent pour des noms totalement inintelligibles intégrant des symboles. Ils entretiennent ainsi leur « crédibilité underground » auprès d’une communauté restreinte, et se faisant compliquent la tache des moteurs de recherche. 

EVOLUTIONS DE VALEURS 

RECLOISONNER LA SOCIÉTÉ “OPEN SPACE”
Le grand déballage, l’exhibition et le dévoilement de l’intime au « tout venant » (blogging, réseaux sociaux), ont peu à peu galvaudé cette notion, nous mettant face aujourd’hui à un rétrécissement des frontières entre privé et public. le recentrage sur la sphère intime se poursuit de manière plus radicale. Il est temps de recloisonner cette « société en open space » : réinstaller des « barrières », physiques ou métaphoriques, retrouver des moments à soi, pour soi.  

DE L’HYPER-ACCESSIBILITÉ AU SECRET CULTIVÉ
En réaction au tout transparent qui démystifie tout, à la démocratisation des outils de recherche, facilitateurs d’accès à l’information qui tendent à rendre tout visible, à « portée de clic » et trop évident, cryptage, codage et camouflage se réinventent « sous le manteau » à travers de nouvelles stratégies de dissimulation, des plus « sommaires » aux plus sophistiquées, « théâtralisées ». Cultiver le secret, feinter, codifier le langage, jouer l’équivoque et élaborer des jeux de piste... Autant de procédés qui réintègrent du mystère, de l’énigmatique, du suspense qui dramatisent l’expérience, mais aussi qui redessinent et soudent les contours du groupe (ou du « clan ») soumis au secret : un nouveau ciment social.  

SE FONDRE, LUXE SUPRÊME
Dans une société quadrillée par le regard, le luxe suprême pourrait bien être l’invisibilité totale. La médiatisation des collectifs clandestins et autres hacktivistes furtifs « passe-muraille », traduit les nouveaux fantasmes de retour à une forme d’anonymat  actif et puissant : se fondre dans la masse, se perdre dans le grand tout sans pour autant tomber dans la passivité... Entre volonté d’effacement radical et désir de discrétion, c’est le retour d’une esthétique de l’indéfini, du passe-partout et de l’« incognito ».

CONCEPTS CREATIFS 

Entre boucliers et cocons, des barrières physiques ou immatérielles qui isolent visuellement et phoniquement des indiscrétions ambiantes au service du respect de l’intime ou qui réinjectent du mystère : codes secrets, doubles entrées et jeux d’apparition-disparition... Actualisés par des techniques nouvelles, autant de procédés qui modernisent l’art de la dissimulation.

1. VSP-1 (ambient noise generator) by Yamaha. Un générateur de bruit ambiant pour rendre plus confortable la divulgation de données personnelles aux guichets des administrations, banques ou pharmacies.

2.Distance of Fog House by Studio Green- Blue : Une triple trame, qui filtre etfl oute la vision comme à travers la brume, tout en laissant entrer un maximum de lumière naturelle, et en permettant de conserver l’intimité dans un quartier très dense de Tokyo.

1. SVK (Special Viewing Kit) by Warren Ellis : une bande dessinée à double niveau de lecture : les pensées des héros, imprimées en encres UV, se révèlent grâce à une torche spéciale.

2. Secret Stash by Yiting Cheng : un concept de mobilier qui joue avec la notion de dissimulation dans l’environnement du travail, à l’aide de double paroi, tiroir slim et ultra discret, pour bureau et caisson.

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