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L'INVISIBILITE, UNE NOUVELLE FORME DE VISIBILITE

Ou comment s'imposer dans la discrétion

Les années se suivent, et ne se ressemblent pas… Si en 2010 la « société du spectacle » semblait avoir atteint son paroxysme en consacrant Lady Gaga « personnalité la plus influente du monde », 2011 est à l’inverse l’occasion pour le grand public de ré-envisager la puissance du secret, à travers la figure ambiguë de Julian Assange, ou encore le rôle clé des Anonymous, nébuleuse d’hacktivistes « sans visages », dans l’issue du printemps arabe.

Après des années de dérives show-off d’une société « en open space », un tournant semble bel et bien être en train de s’effectuer : le « tout dire » et le « tout montrer » laissent place à l’effacement, au recloisonnement.  Le mystère prend le pas sur le grand étalage, et le secret sur l’ultra-accessibilité.

Petit tour d’horizon d’une tendance qui prend forme dans des domaines jusqu’alors largement soumis aux « règles du spectacle » : quand musique, clubbing et retail redécouvrent les vertus de la discrétion, et du secret bien dosé…

Les artistes sans visage

De gauche à droite : 1. Monarchy, EP « maybe I’m crazy » 2.  Cascadeur, album « the human octopus » 3. SBTRKT, album « SBTRKT » 

Ils s’appellent Monarchy, Cascadeur ou encore SBTRKT (prononcer « substract »)… Les premiers forment un duo electro-pop, le deuxième situe entre Radiohead et Eric Satie, et le dernier s’annonce comme l’un des artistes les plus prometteur de la scène dubstep émergente. Leur point commun ? À contre-pied de l’exhibitionnisme ambiant, avoir fait le choix du semi-anonymat, en avançant masqués, sans se cacher complètement.

 De gauche à droite : 1. The residents, photo © D.R  2. The Knife, photo © D.R  3. Daft punks , photo © D.R 

Descendants directs d’une petite lignée de groupes tout aussi mystérieux tels que les pionniers The residents, les suédois de The knife ou encore les Daft punk (cf ci-dessus), cette nouvelle génération d’artistes sans visages parvient à s’imposer dans la discrétion entretenant le mystère sur leurs identités respectives. Un art de la « dissimulation ostentatoire » qui n’a de cesse d’alimenter les fantasmes les plus fous… et de créer l’événement. Intrigants, fascinants, ceux dont on parle le plus aujourd’hui sont finalement ceux que l’on voit le moins.Une leçon de (non)communication qui n’a pas fini de faire des émules…

La fête clandestine

A priori espaces privilégiés de socialisation, les lieux de sorties (bars, clubs, restaurants…) embrassent paradoxalement eux aussi cette culture de la dissimulation. Mais à y réfléchir : dans une société du tout visible, quel ciment social plus solide que le partage d’un même secret ?

Ainsi, de plus en plus de noctambules urbains font le choix de la « fête clandestine » : bars cachés, restaurants et clubs secrets… Moins policée et plus authentique car moins codée, cette nouvelle festivité répond autant à l’overdose de réglementations (anti-tabac, anti-bruit…) qu’à la volonté de réinsuffler un peu d’imprévu dans un univers devenu trop balisé.

Après les flashmobs et autres « events » facebook, voici venu le temps des mots de passe obscurs et des adresses qui se refilent « sous le manteau ».

Soirées Die nacht, Paris, 2011. Photos © www.die-nacht.fr

  • À Paris, les soirées du collectif Die nacht, en référence à la nuit berlinoise (cf ci-dessus) insufflent le supplément d’âme underground qui manquait à la capitale française depuis quelque temps.  En marge d’un clubbing « m’as-tu vu » et trop normatif, ces soirées à la limite du légal se transmettent uniquement par bouche à oreille et cultivent l’ambiguïté. Les lieux, généralement improbables, sont gardés secrets jusqu’à la dernière minute : ancienne imprimerie, piscine désaffectée, usines… Une véritable alternative aux sorties sans surprises et aux codes éculés des grands clubs.

 

Milk & Honey, NYC, photo © Robert K.Chin

  • À New York, c’est derrière cette façade insignifiante qui semble abriter un atelier de couture, que se cache l’un des lieux les plus prisés de la ville. Dans la lignée des bars et restaurants clandestins qui se développent dans toutes les grandes capitales le Milk & Honey (image ci-dessus), « for (non)famous members only », fonctionne selon ses propres règles…

 

Du « pop-up store » au « secret store » 

Après les pop-up store (ces boutiques évènementielles éphémères qui créent le buzz en produisant de la rareté), la tendance est au secret store, qui pousse le caractère unique de l’expérience shopping encore plus loin. Le principe reste sensiblement le même : durée limitée, produits exclusifs… Mais, à rebours du tout accessible, ces magasins font revivre les grandes heures de la prohibition en jouant la carte du secret. Les dénicher peut se transformer en véritable jeu de piste.

 Topshop secret store, Oxford Circus, Londres. Photo ©  Christopher Deluca &  www.myfashionlife.com

  • Récemment, l’enseigne de mode anglaise Topshop a crée le buzz via un secret store, dans l’arrière boutique d’un banal fleuriste sur Oxford Circus, à Londres (image ci dessus). Une fois l’entrée découverte, l’impression d’être dans la confidence flatte l’ego des modeuses, au milieu d’un shop improvisé et de produits exclusifs signés Nasir Mazhar, Meadham Kirchhoff, Ann-Sofie Backet Pamela Love

 

  Entrée de l’Argumento building, photo © rio-daminhavida.blogspot.com, et intérieur de l’espace Gilda Midani, photo © www.gildamidani.com

  • À Rio, dans le quartier Leblon, c’est dans un immeuble aux allures de bureaux, l’Argumento building (image ci-dessus) que se cache l’un des « centre commercial » les plus pointus de la ville, qui abrite entre autres trouvailles vintage, les superbes créations de Gilda Midaniet Antonia Bernardes.

 

 

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