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FLUIDITÉ, COLLABORATION, INDÉPENDANCE : LES NOUVELLES RÈGLES DU JEU FACE À LA CRISE DE LʼEMPLOI ?

Alors que la conjoncture se fait de plus en plus difficile et que le marché de lʼemploi semble atteindre son niveau de saturation dans de nombreux secteurs, des modèles alternatifs font leur apparition, aidés par le développement des technologies nomades et des réseaux sociaux : le travail en freelance plutôt que lʼéternel CDI, la multiplication des projets et activités plutôt que lʼexpertise unique, et le travail à distance plutôt que le sempiternel « métro-boulot-dodo »... 

Autant de schémas qui répondent à la nécessité de composer avec la précarité, mais aussi à une volonté de sʼémanciper de lʼimpératif carriériste, ce schéma  linéaire et ultra-balisé qui voudrait quʼune personne « performe » toute sa vie au sein dʼune même profession (voire dʼune même entreprise, dans un même lieu) en franchissant un à un les échelons hiérarchiques.

Plus flexibles et épanouissants, car nomades et basés sur des engagements multiples renégociés en permanence, des modèles qui redessinent les contours physiques et symboliques du monde du travail dans lequel nous évoluerons demain.

Slashers et moofers, les nouveaux travailleurs 


Signes de lʼimportance de ces mutations, de nouveaux qualificatifs sont apparus aux Etats-Unis, là où la tendance est la plus forte, qui décrivent ces nouveaux travailleurs. Petit glossaire de deux termes à retenir pour les futures décennies ... :

Les Slashers : travailleurs multifacettes

Le « slashing » fait référence au mot qui dénomme le signe typographique « / », et désigne ces personnes qui ont fait le choix dʼaccumuler deux/trois/quatre activités différentes qui sʼenrichissent les unes des autres, à lʼorigine de combos toujours plus improbables : graphiste/chef cuisinier/prof de yoga, artiste/boulanger ou encore musiciens/stylistes/journaliste... Issus de la génération Y, les « slashers » ont intégré deux choses : quʼà lʼimage dʼun Mark Zuckerberg, la valeur nʼattendait pas le nombre des années, mais aussi que la précarité faisait partie de la nouvelle donne professionnelle. Ainsi, bien plus que leurs aînés, les slasheurs sont animés par un fort esprit dʼentreprise, multipliant activités et projets, sans pour autant placer toutes leurs ambitions dans la réussite professionnelle et le salaire, juste de quoi se créer les conditions d'une vie épanouie, professionnellement et personnellement. 

Les moofers : sans bureau fixe

De lʼanglais « mobile-out-of-officing» (en français « le fait de travailler hors de son bureau »), les moofers sont nés avec Internet, et leur nombre nʼa cessé de croître depuis la multiplication des outils de travail à distance. A lʼorigine phénomène « réservé » à la « creative class » (ces travailleurs qui exercent dans le secteur de l'économie créative et culturelle, recouvrant des domaines aussi variés que les technologies, le design, l'architecture, la communication...) dont la moitié est constituée de freelance « sans bureaux fixes », le moofing séduit aujourdʼhui bien au- delà des secteurs créatifs ceux qui font le choix dʼune indépendance certes plus « précaire », mais aux avantages non-négligeables : liberté dʼesprit et de mouvement, choix des horaires, temps pour soi et ses proches...

Les  « co-working spaces », bureaux nouvelle génération ?
 

Pour ne pas faire rimer indépendance et autonomie avec solitude et individualisme dans un monde où la collaboration règne en maître, de nouveaux espaces hybrides émergent, dédiés à ces travailleurs dʼun nouveau genre. Mieux que les Starbucks ou autres cafés équipés dʼun accès wifi, des « 3rd places » sʼinstitutionnalisent, sʼérigent en coopératives, ou se louent à la journée, au mois, à lʼannée...

Quʼils soient très informels ou ressemblent à une banale entreprise dans laquelle il n'y aurait que des indépendants, ces espaces de « co-working » permettent aux travailleurs indépendants de structurer un quotidien plus aléatoire en leur redonnant un cadre spatio-temporel de travail, mais aussi de retrouver une forme de contact humain. En un mot, ils combinent les avantages du télétravail (proximité de son domicile, indépendance...) avec ceux des bureaux traditionnels (lieux dʼéchanges et de sociabilisation), sans leurs aléas respectifs.

Car lʼavantage de ces lieux qui regroupent des professionnels aux expertises variées réside surtout dans le climat de brainstorming permanent qui y règne, favorable à lʼélargissement du réseau professionnel au-delà des cercles dʼun seul et même corps de métier, et à l'éclosion des idées par la cross-fertilisation des savoirs. Des valeurs de créativité, de solidarité et de partage devenues rares dans le monde de lʼentreprise classique...

Petit tour dʼhorizon des lieux les plus innovants en la matière : 

1&2.La cantine, Paris www.lacantine.org 3&4. Coffice, Stockholm,www.coffice.coop  5&6.Urban station, Bueno Aires www.argentina.enjoyurbanstation.com

- À Paris, où le co-working, sʼil nʼen est quʼà ses balbutiements, tend à se développer considérablement aux vues du nombre croissant de travailleurs indépendants, « La Cantine » (1&2.) fait office de pionnier du genre. Au menu : espace de travail collaboratif en réseau, ateliers, salles de réunion et de travail, coin café networking. Ses clients privilégiés : travailleurs indépendants, développeurs, designers, entrepreneurs, chercheurs, étudiants...

- À Stockholm, le Coffice (contraction de Coffee et Office cf photo 3&4.) est une coopérative de jeunes travailleurs indépendants qui réuni au sein dʼun même lieu dans une ambiance décontractée, deux espaces différents séparés dʼune fine cloison : lʼun dédié à la détente et à la conversation informelle, et lʼautre, au travail.

- Signe quʼil sʼagit là dʼune tendance forte et globale, Bueno Aires de son côté, nʼest pas en reste. Larges table toutes équipées, salles de réunions, ambiance à la fois stimulante, conviviale et feutrée, la « Urban station » (images 5&6.) fait de plus en plus dʼadeptes dans la capitale argentine. 

1.Betahaus, Berlin, Kreuzberg, www.betahaus.de 2. Sankt Oberholz, Berlin, Mitte, www.sanktoberholz.de 3.4. Via la géolocalisation, les applications « desknearme » et « Liquidspace » guident les travailleurs nomades américains dans leur recherche dʼun lieu adapté à leurs besoins autour de plusieurs critères (proximité, prix, taille, horaires...) 5. Nadelwald, Berlin, Mitte, www.nadelwald.me 6. Creative City, NYC 7.Paragraph, NYC

Mais cʼest à Berlin et à New York, véritables laboratoires de cette petite révolution du monde du travail, que la tendance est la plus forte et la plus mature. Car en plus de disposer dʼun nombre pour le moment inégalé dʼespaces de co-working « classiques » (La « Betahaus », image 1 et le « Sankt Oberholz », image 2, sont devenus de véritables institutions), commencent à sʼy développer des services dʼaide à la localisation dʼespaces de travail (image 3 & 4), et à y apparaître des lieux « de niche » : ainsi à Berlin, le « Nadelwald » qui ouvrira bientôt ses portes est un espace dédié aux professionnels de la mode. À New York, lʼespace « creative city » (image 6.) met à disposition des salles équipées en pianos pour les musiciens, tandis quʼà lʼinverse, « Paragraph » (image 7.) mise sur une ambiance calme (téléphones interdits) à destination des écrivains. 

Un début de segmentation (par corps de métier, par ambiance) qui augure dès aujourdʼhui la forme que prendront ces bureaux nouvelle génération dans un futur pas si lointain...

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