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Singularities

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Oct 20, 2016

Deux ans après le célèbre conte numérique Pixel imaginé avec Mourad Merzouki, Claire Bardainne et Adrien Mondot multiplient les tournées aux quatre coins du globe. S’inspirant de la nature – du mouvement de l’air ou de l’envol de nuées d’étourneaux – ils imaginent spectacles et installations poétiques aux frontières de la danse, du cirque et du numérique, plaçant l’humain au cœur de la technologie.

 

Comment est né votre duo ?

Claire : J’ai un parcours qui s’inscrit dans le graphisme et la scénographie tandis qu’Adrien est à la fois informaticien et jongleur. En 2005, il a programmé un logiciel de vidéo interactive lui permettant de jongler avec des images. Une démarche très intuitive, née de son amour du mouvement.

C’est en 2010, que nous nous sommes rencontrés, dans le cadre d’un labo interdisciplinaire qu’il avait organisé. A cette époque, je ne connaissais pas du tout son travail. Adrien avait déjà sa propre compagnie et imaginé un premier spectacle, Convergence 1.0, qui mêlait informatique et jonglage. De mon côté, je concentrais mes recherches sur la manière de créer des espaces à partir d’images imprimées ou projetées. Nos parcours, nos envies et nos esthétiques se sont  immédiatement retrouvés. C’est à ce moment-là que nous avons associé nos projets respectifs et fondé notre compagnie, Adrien M et Claire B.

Quelle est votre démarche artistique ?

Adrien: Créer un numérique qui porte toutes les caractéristiques du vivant : en temps réel, en mouvement, en relation avec l’autre, éphémère et sensible… Nos images sortent des écrans pour devenir des paysages ou des partenaires de jeux.

 

Vos influences et sources d'inspiration…

Claire: Celles-ci varient en fonction de chaque projet. Le point de départ peut être technique : de nouveaux dispositifs qui arrivent sur le marché, comme des casques de réalité virtuelle, ou de nouveaux logiciels.

La nature est notre principale source d’inspiration. Nous tentons de retranscrire numériquement l’émotion qu’elle nous procure. Il n’y a pas de hiérarchie entre la technique et une intuition plus artistique. L’une ou l’autre peut être à l’origine d’un projet. Notre dernier spectacle (« Le mouvement de l’air ») s’attache à lire l’invisible, en s’inspirant du mouvement de l’air pour créer une œuvre mêlant musique, image et danse.

Nous sommes fascinés par les émotions radicales que transmettent certains artistes plasticiens, comme Anish Kapoor ou James Turrell. Une émotion devant un halo lumineux ou une tornade faite à partir de brume. Nous admirons également le travail d’artistes visuels tels que Guillaume Marmin, qui mêle musique, spectacle vivant et dispositifs immersifs, mais aussi Joanie Lemercier et Juliette Bibasse, autour de la lumière projetée dans l’espace et ses influences sur notre perception de la réalité.

Comment votre travail a-t-il évolué au fil du temps ?

Claire: Aujourd’hui, notre compagnie regroupe une trentaine de collaborateurs : danseurs, régisseurs son, lumière, vidéo, production… Mais nous souhaitons malgré tout rester en contact avec le processus de fabrication pour conserver le plaisir de la pratique artistique.

Vos projets…

Adrien: Nous avons publié un ouvrage intitulé « La neige n’a pas de sens », qui va sortir en version numérique. Contenant une série d’œuvres en réalité augmentée, ce livre permet de comprendre comment on travaille, d’offrir une véritable expérience, de voir les pages se déployer et les dessins se transformer.

 

« Mirages et Miracles », une nouvelle exposition encore en cours de création, va voir le jour l’année prochaine. Nous partons en résidence à la villa Médicis pour travailler sur ce projet. L’idée est de créer une série d’illusions optiques avec des dispositifs de réalité augmentée (casques ou fenêtres de réalité augmentée) pour interroger la rencontre entre le vivant et le mort, transposer la beauté et le mouvement de la nature dans des contextes inattendus.

Comment envisagez-vous le numérique du futur ?

Claire: Nous aspirons à un décloisonnement de plus en plus important entre les disciplines. De nombreux artistes, qui ne travaillent pas forcément avec les outils numériques, sont largement inspirés par une ère post-digitale. Nous sommes très intéressés par l’interdisciplinarité, la rencontre entre la danse, le cirque, les arts plastiques… Le numérique est un outil qui doit permettre d’ouvrir, plutôt que cloisonner et créer des ghettos.