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Nov 28, 2017Julie Dao Duy

Rencontre avec Aurélie Lécuyer, photographe, auteur du blog Le Dans La et fondatrice de la marque AL dont le lancement en pop-up store est prévu le 30 novembre.

Vestiaire essentiel composé de quelques pièces intemporelles, démarche éthique et production raisonnée, Aurélie Lécuyer nous plonge dans son univers et son esthétique : un équilibre parfait entre simplicité et élégance.

Quel est votre parcours ?

J’ai fait La Chambre Syndicale, puis l’Isem (Esmod). Aujourd’hui je travaille en tant que styliste, mais aussi photographe pour différentes marques et agences, dont PeclersParis !

Quand avez-vous décidé de lancer votre marque ? Quelles étaient vos motivations ?

Il y a un plus d’un an, lorsque j’ai découvert ces marques américaines, très lifestyle, au look casual, j’ai constaté qu’en France il n’existait rien de tel. J’avais cette impression que toutes les marques françaises étaient preppy, sophistiquées…et que la seule alternative était les grandes chaînes, type Zara, qui proposent une overdose de produits sans fin.

Le fait de partir vivre à la campagne, en retrait de la ville, a aussi beaucoup changé mes habitudes de consommation, et surtout mes besoins. C’est un rapport plus primaire à la consommation, avec beaucoup moins de sollicitations. Les envies deviennent plus minimes et essentielles. Il s’agit vraiment de se rapprocher d’une vie simple.

Tout est parti de cette volonté d’avoir un vestiaire finalement ordinaire, presque utilitaire. Et garder ses vêtements une vie entière, comme on conserverait un vase auquel on tient, un tableau ou une paire de drap hérité. Comme mon grand-père, qui a porté presque toute sa vie un vestiaire non ostentatoire, dans sa fonction primordiale.

C’est aussi la conscience et la volonté d’avoir un impact réduit sur notre environnement, avec un discours plus raisonné et proposer une alternative à la fast fashion qui produit pour jeter.

Comment décririez-vous l’ADN de votre marque en quelques mots ? Quelles sont ses valeurs ?

Féminité, fonctionnalité, non versatile, sans saisonnalité et endurant. L’idée est de privilégier un savoir-faire, prendre en considération la personne qui dessine mais aussi celle qui fabrique le vêtement, de replacer le vêtement en tant que tel, pas comme un énième achat superflu et jetable, dont on ne se soucie ni de la provenance, ni de ce qu’il va devenir.

Où sont fabriqués les vêtements de votre collection, suivant quel process ?

Les vêtements sont fabriqués dans un atelier familial au nord de Porto. Toute la collection sort de cet atelier. Nous travaillons avec très peu d’avance ; généralement il s’écoule deux mois, entre l’envoi des fiches techniques et la sortie de la production.

Pour les tissus je m’approvisionne chez un façonnier qui est situé juste à côté. L’idée est de travailler sur du « stock service », c’est à dire des fins de rouleaux et des cotons uniquement. Je veux me servir de l’existant, c’est une vraie contrainte et en même temps une vraie valeur de marque. Cela permet de pas s’éparpiller ; nous travaillons beaucoup sur des sergés de coton, des toiles workwear. Avec une particularité : les coloris exclusifs sont élaborés par un teinturier sur place.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les voyages ! Observer comment, dans chaque ville, les gens s’habillent et appréhendent la mode. À Paris, on parle de chic, mais j’y vois aussi du snobisme. Pour ma marque, l’inspiration vient d’une façon décontractée de s’habiller, sans prétention, sans besoin de représentation, ni de démonstration.

La saisonnalité est-elle importante selon vous ?

Justement, j’essaie qu’elle ne le soit pas. De proposer le même pantalon d’une saison à l’autre, ou presque, dans l’idée de réussir le premier avant d’en imaginer un autre, d’avoir épuisé ses évolutions et ses possibles améliorations.

Des créateurs référence ?

Elizabeth Suzann, Jesse Kanne, Caron Callahan, Black Crane, Lauren Manoogian, Nehera, Studio Nicholson, À détacher, Lemaire.

Comment décrire la femme qui s’habille avec les pièces de votre collection ?

Une femme sensible et engagée dans ses choix de consommation, non versatile et féminine.

Un lancement officiel en boutique est-il prévu, après le lancement du e-shop ?

La marque Anne Thomas nous accueille dans sa boutique parisienne pour un pop-up éphémère. On est ravis de pouvoir présenter en vrai la collection. Car Internet à ses limites et pour le moment nous n’envisageons pas de vendre à des revendeurs, car nous avons calculé nos marges au plus juste. Donc l’alternative des boutiques éphémères nous attire !

Comment votre démarche de photographe profite-telle à votre marque ?

Je suis photographe lifestyle avant tout, j’ai appris sur le tas. Je fais cela depuis 6 ans maintenant, pour des marques, des magazines et aujourd’hui je le fais naturellement pour ma propre marque. Je rends encore plus personnelle l’approche et l’univers proposé, comme une démarche globale. Comme une histoire à raconter.

Mais j’ai aussi très envie que d’autres la photographient, pour avoir le recul nécessaire sur les collections. Un autre regard.