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Singularities

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Sep 15, 2016Julie Dao Duy

Face à un monde virtuel omniprésent et en constante mutation, notre société est désormais en quête d’authenticité et de spiritualité pour se reconnecter à la nature et à l’univers. Ingrédients aux multiples vertus et soins traditionnels utilisés depuis des millénaires, sont aujourd’hui revisités, créant de nouveaux rituels beauté. En parallèle, les soins alternatifs et rites ancestraux font de plus en plus d’adeptes pour que le corps et l’esprit, mais aussi l’homme et la nature, s’envisagent comme une unité symbiotique.

SUPERNATURE : DE LA FOOD A LA COSMETIQUE

On évoquait déjà ici le succès des super-aliments dont la consommation explose, de Paris à Los Angeles en passant par Tokyo. Baies de goji, noix de souchet, kimichi… Ces ingrédients que l’on redécouvre aujourd’hui étaient déjà utilisés par diverses communautés depuis plusieurs milliers d’années pour leurs propriétés et vertus. Mais plus que de simples aliments bons pour le corps et l’esprit, ces super-ingrédients se révèlent aussi bons pour notre peau. C’est le cas du lucuma, fruit originaire d’Equateur et du Pérou, appelé « l’or des dieux » par les Incas pour sa couleur jaune et sa richesse nutritive. Consommé en poudre, mélangé à des yaourts, de la crème ou du lait, il favorise la digestion, régulant le taux de cholestérol et de triglycérides. Appliqué sur la peau, ce fruit aux pouvoirs mystérieux favorise aussi la cicatrisation des plaies et participe à la régénération des tissus.

De la même manière, les pouvoirs légendaires du reishi, champignon de la longévité utilisé en médecine chinoise, s’étendent désormais au secteur de la beauté puisqu’on le trouve aujourd’hui en crème, mélangé à du thé vert, pour un pouvoir réparateur et apaisant.

En Australie, c’est la prune de Kakadu qui était très appréciée par les aborigènes pour sa forte teneur en vitamine C et anti-oxydants. Aujourd’hui transformée en crème pour les mains, associée à de l’huile d’avocat ou de jojoba, elle devient un super-allié pour la peau.

DU RITUEL AU CEREMONIAL BEAUTE

« Ondes sacrées », « cérémonie », « immersion »… Le vocabulaire des marques et des instituts de beauté a changé. Il n’est plus uniquement question de vanter les bienfaits du produit mais bien toute l’expérience quasi-mystique qui l’entoure. Il s’agit de revisiter des soins ancestraux dont les codes mystérieux participaient amplement aux bénéfices effectifs du produit.

Les cérémonies des Mayas et des Aztèques fascinent toujours aujourd’hui. Pour favoriser la médiation entre l’homme et la nature, mais aussi encourager le « voyage introspectif », celles-ci sont désormais plébiscitées par les psychologues et professionnels du bien-être ou du développement personnel (cf cahier Beauté SS 18).

Accompagné d’un chaman, totalement immergé dans l’obscurité, le rituel du Temazcal permet de purifier le corps et l’esprit tout en guérissant de certaines maladies. Cette expérience de sauna primitif favorise méditation et relaxation. Une façon de faire appel aux pouvoirs de la terre et de la nature pour faire renaître sa beauté intérieure.

Dans l’univers de la marque nipponne Chidoriya, les coutumes des Geishas et des Maïkos (les apprenties Geishas) sont à l’honneur. Fondée en 1949, cette marque de niche (les premiers soins étaient vraiment destinés aux Geishas) se démocratise aujourd’hui. Huile de camélia pour la peau et les cheveux, crème exfoliante aux haricots rouges (azuki), crème pour le visage à base de hinoki (cyprès japonais)…Les petits secrets bien gardés des Geishas sont désormais à la portée de tous.

Autre rituel traditionnel nippon, le « shinrin-yoku » (bain de forêt), fait appel à nos cinq sens en réduisant le stress tout en boostant l’immunité. Cette pratique a même été reconnue par le gouvernement japonais depuis les années 80

La marque de soins 100% bio Omoyé entretient également cette culture du mystère en renouvelant les récits traditionnels d’Afrique Australe et en participant à la construction de nouvelles « légendes ». Rescapé d’un naufrage, son fondateur aurait lui même été miraculeusement sauvé et guéri par un chaman. La gamme de soins s’inspire ainsi des traditions ancestrales liées aux plantes médicinales (et notamment le baobab, l’arbre sacré d’Afrique). Un univers volontairement mystérieux, comme en témoigne l’identité visuelle de la marque.

Chez les Birmanes, chaque rituel beauté inclut la crème de thanaka. Vendu sous forme de rondin de bois, cet arbre, une fois râpé puis mélangé à de l’eau, offre une crème épaisse qui protège, entre autres, l’épiderme du soleil.

Les Birmanes affichent cette pâte jaunâtre sur la peau, certaines dessinant des motifs sur le visage et les bras. Un soin théâtralisé plutôt que caché, qui est presque considéré comme un accessoire beauté.

LES (PAS SI) NOUVEAUX INGREDIENTS DU BIEN-ETRE

La logique du bien-être semble avoir pris le pas sur le reste. Une nouvelle compréhension et une nouvelle image des psychotropes commence à émerger non seulement aux USA mais aussi dans d’autres pays tels que le Mexique ou encore le Canada.  La dépénalisation du cannabis dans ces états, à des fins récréatives ou médicinales, mais aussi les récentes études et ouvrages autour de rituels tels que le chamanisme transforme peu à peu l’image et l’usage de ces substances, en valorisant leurs vertus thérapeutiques.

Des soins et produits de beauté font ainsi leur apparition : Whoopi & Maya, première marque de produits à base de marijuana, propose par exemple des crèmes, sels de bains, teintures et même du chocolat au cannabis. Chez Marley Natural, s’inspirant de la « philosophie » de Bob Marley, il est possible d’acheter des soins pour le corps au cannabis mais aussi des pipes. On retrouve aussi ces notes de cannabis, mais de façon plus diffuse, dans les collections de Fresh ou Malin & Goetz.