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Oct 03, 2017Julie Dao Duy

Par Yann Jestin

Cosmétiques spécialisés, nouveaux rituels beauté et artistes engagés : le sexe féminin occupe le devant de la scène. L’occasion pour les femmes de renouer avec leur intimité.

Si l’image du pénis est largement représentée, celle du vagin est souvent simpliste et éloignée de la réalité. De nombreuses études rapportent un cruel manque de connaissances à ce sujet. Dans un rapport paru en 2014, l’association anglaise Eve Appeal – (association engagée dans la recherche des cancers gynécologiques) – affirme que la moitié des jeunes femmes anglaises de 26 à 35 ans ne sauraient pas reconnaître un vagin sur une planche anatomique.

Selon une autre étude (2015) réalisée par le magazine Beauty Heaven en collaboration avec le Dr Rebecca Deans, (sur plus de 1000 australiennes), 50% des femmes interrogées ne sauraient pas à quoi ressemble réellement un vagin tandis que 70% d’entre elles ne seraient pas à l’aise avec l’aspect de leur sexe. Ces chiffres font ainsi écho à l’augmentation massive du nombre d’opérations chirurgicales, majoritairement à but esthétique : plus de 95 000 labiaplasties et 50 000 vaginoplasties ont été réalisées dans le monde en 2015 selon l’ISAP (société internationale de chirurgie esthétique).

Le syndrome de la poupée Barbie

La généralisation de l’accès à internet et à la pornographie ont contribué à créer de multiples complexes et stéréotypes. En effet selon le sexologue Patrick Papazian, auteur du livre « Parlez-moi d’amour » sorti en 2016 aux éditions L’Opportun, l’univers stéréotypé du porno et le manque d’informations seraient en partie responsables du « syndrome de la poupée Barbie ».

Les nouveaux diktats imposés demanderaient d’une femme qu’elle ait le vagin parfaitement épilé, plat, et avec de petites lèvres imberbes, à l’image de la poupée Mattel. Reflétant ainsi l’ambivalence actuelle de la société en recherchant « à la fois des traits d’hyperféminité avec des poitrines proéminentes par exemple, et en parallèle quelque chose de l’ordre du pré-pubère » comme l’explique Patrick Papazian.

Un nouveau marché

Vontouring (contouring du vagin), déodorant intime, crème blanchissante, teinture… les cosmétiques dédiés au sexe féminin se multiplient aujourd’hui, répondant aux nouvelles préoccupations des consommatrices. La dernière en date ? Les capsules de paillettes aromatisées Pretty Woman, à insérer dans le vagin. Une gamme de cosmétiques entièrement dédiée au sexe féminin a elle aussi fait son apparition.

« We manicure, we pedicure, now it’s time to vanicure », tel est le mantra de la marque The Perfect V, lancée en juin dernier par Avonda Urben. Ayant pour vocation de magnifier la « V Zone », la marque scandinave propose une gamme de 8 produits avec un exfoliant, une crème hydratante, un nettoyant, des lingettes, un sérum rajeunissant ainsi qu’une brume rafraîchissante et un enlumineur.

À base de fleur de sureau et de vitamine E, les formules garanties sans paraben et 100% naturelles, constitueraient une routine skincare indispensable, spécialement formulée pour « rajeunir, améliorer et embellir le V ».

 

En parallèle, de nouveaux soins en instituts font leur apparition comme le Vajacial, contraction de « vagina » et de « facial ». Popularisé par les sœurs Kardashian, ce soin tout droit venu des États-Unis se compose d’un enchainement de masques, d’exfoliants et de lotions hydratantes. Pour compléter sa routine beauté, il existe aussi le Vajazzling, une coloration pour le pubis accompagnée de strass et d’une brume parfumée.

Célébrant une beauté naturelle, la marque FUR propose quant à elle une crème et une huile destinées aux poils pubiens. Ingrédients 100% naturels, vegan et gluten-free, packaging épuré à l’image des produits de maisons de luxe… la marque a déjà séduit de nombreuses consommatrices telle que l’actrice Emma Watson qui défend une vision de la beauté moins superficielle.

Une démarche artistique pour une « beauté vraie »

Gustave Courbet, Egon Schiele ou plus récemment Anish Kapoor avec son œuvre « Dirty Corner » … De tout temps les artistes ont représenté le sexe féminin sous ses formes les plus variées. C’est désormais dans une démarche de « beauté vraie » (mise en évidence dans notre cahier beauté SS19) que s’inscrivent une nouvelle vague d’artistes. Travaillant sur les notions d’intimité, de beauté et de sexualité, ils renouvellent la représentation du corps féminin en révélant sa complexité et sa diversité.

Art x Éducation 

Représenter le clitoris oui, mais qu’en est-il de son histoire ? L’artiste-scénariste-dessinatrice canadienne Lori Malepart-Traversy utilise comme médium la vidéo pour répondre à cette question.

Dans le cadre de son diplôme à la Concordia University, la jeune femme propose un film d’animation intitulé « Le Clitoris », traitant de l’aspect sexuel et scientifique de ce dernier, ainsi que de son histoire et de sa place dans les différentes cultures.

Pour ce faire, Lori Malepart-Traversy  a personnifié le clitoris pour en faire « quelque chose de plus vivant que ce qu’on en montre d’ordinaire : une vulve, un trou ou un vagin ». Le film à vocation éducative a été récompensé d’une dizaine de prix cinématographiques, tels que l’« Official Selection » du « Annecy International Animated Film Festival » ou le « Winner Audience Award » du festival « Womanimation ».

Le clitoris – Animated Documentary (2016) from Lori Malépart-Traversy on Vimeo.

Alors qu’il n’existait encore aucun lieu physique dédié au vagin, la youtubeuse britannique Florence Schechter ouvre progressivement le tout premier musée sur le sexe féminin. Le Vagina Museum propose une approche éducative et culturelle du vagin autour de 4 axes : la science, l’histoire, la société et la culture. Le tout, en abordant des sujets controversés tels que le genre, le consentement, la masturbation et la contraception ou encore la place de la vulve dans l’art. Toujours en quête de la parfaite localisation, l’espace physique comprendra plusieurs galeries et sera le théâtre d’évènements.

Une série de manifestations culturelles est d’ores et déjà programmée avec Hysterical #4, un spectacle comique, ou encore Vulvanomics, une discussion ouverte autour du vagin, tenue par l’auteure Emma Rees (« The Vagina : A Literary and Culture History », Bloomsbury).

Parmi les artistes exposés dans le futur Musée, la plasticienne DinahVagina propose une série de pièces en argile explorant l’anatomie féminine. Quant à l’artiste israélienne Sophia Weisstub, elle mélange illustrations et photographies de son propre corps pour combattre les stéréotypes sexuels, le « slut-shaming » et la peur de sa propre anatomie.

 

Sublimer son anatomie. 

Comme une ode à l’anatomie féminine, l’artiste américaine Suzanna Scott propose plusieurs séries d’œuvres engagées comme « Coin Cunts » 2015/2017, une série de plusieurs porte-monnaie ouverts représentant diverses formes de vagin. Dans « Cut & Pastes drawings », sa dernière série en date, l’artiste représente ici métaphoriquement la diversité du corps féminin à travers multiples combinaisons de formes, de plis, de textures et de couleurs. Une vision tout en délicatesse qui célèbre la nature dans sa diversité.

 

Aux antipodes d’une quête du vagin « parfait », le projet Vulva Versa de la designer suisse Michèle Degen a pour ambition de changer la perception que les femmes ont d’elles-mêmes. Ouvrant le dialogue sur le rapport entre l’intimité et la beauté, le travail de cette jeune diplômée de la Design Academy d’Eindhoven s’articule autour de l’exploration et de l’acceptation de la sexualité féminine à l’aide d’un miroir.

Attrayant et intrigant, ce miroir compacte épouse les formes de la main et des organes génitaux, offrant aux femmes un nouveau champ de vision pour une conquête de leur propre anatomie.