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Nov 22, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Après Katy Perry, Zooey Deschanel, Rihanna ou encore Drew Barrymore, la marque de cosmétiques US CoverGirl a créé le buzz en faisant apparaître en couverture de son magazine…un homme ! James Charles, le nouveau Coverboy âgé de 17 ans, a une passion peu courante pour la gente masculine : le make-up. Et il n’est pas le seul. De Jaden Smith au rappeur Young Thug, en passant par Tim Owens ou Alan Macias : le maquillage semble exercer un nouveau pouvoir d’attraction pour ces jeunes hommes. Entre désir de transformation, démarche artistique et revendication agender, les « beauty boys » renouvellent la discipline avec glamour et humour.

Avec ses 650.000 followers sur Instagram et 90.000 abonnés sur sa chaîne YouTube, James Charles a tapé dans l’œil de CoverGirl. Ses tutos (comment souligner ses taches de rousseur ou poser un fard à paupière glitter) attirent toujours plus de fans et de commentaires. Le jeune homme, originaire de Bethlehem, NY, se maquille ou maquille ses amis pour le plaisir du selfie. Aujourd’hui, il fait la couverture de CoverGirl habillé d’un simple tee-shirt blanc, casquette à l’envers. Son maquillage souligne ses sourcils dessinés, ses longs cils et ses yeux clairs. Le jeu du masculin/féminin est presque déroutant. Ni déguisé en fille, ni fardé comme un Drag Queen, James Charles est le nouveau symbole d’une génération gender neutral. Si l’acteur Ezra Miller s’affichait déjà en couverture de Paper Mag avec un rouge à lèvre flamboyant en 2012, Jaden Smith a aujourd’hui adopté la philosophie agender, switchant avec une facilité déconcertante du vestiaire masculin au féminin et se maquillant subtilement lors de ses sorties people.

Sublimer son regard d’un trait léger et dessiner ses pommettes au blush sont désormais adoptés par les hommes sans pour autant renier leur masculinité.

L’artiste peintre Truc-Anh revendique lui aussi cette tendance make-up par de petites touches, à la fois discrètes et assumées. Trait d’eyeliner bleu et vernis à ongles graphique deviennent le reflet d’une personnalité et d’une démarche artistique qui dépasse le simple espace d’une galerie.

Casil, Thistle ou Matt, exposent également leur beauté maquillée sur le site de Milk MakeUp. Ils sont les visages d’une nouvelle génération qui s’émancipe. Des « rebelles, penseurs, makers » qui se construisent leur propre vision du monde et de la beauté. Cette marque de cosmétiques à destination des jeunes est parmi les premières avec CoverGirl à embrasser le phénomène.

‘Je ferai tout ce qui me permet d’exprimer une petite partie de ma personnalité, peu importe la forme d’expression artistique’ explique Casil. Etre « bizarre » et l’assumer, c’est exactement ce qui le porte : « Je ne possède pas vraiment la capacité d’être ‘normal’, de n’importe quelle manière. Je suis tout un paquet de bizarre, et avec le temps j’ai appris à assumer ça ».

Pour Matt, cette revendication n’est pas aussi « bizarre » qu’elle en a l’air. Les groupes de musique hardcore qu’il écoute portent aussi eyeliner ou noir à lèvres. Aujourd’hui mannequin, il aime de temps en temps souligner ses paupières au fard. « La beauté n’est pas qu’une question d’esthétique, il s’agit de l’identité de la personne aussi ».

Dans une version beaucoup plus fun et déjantée, d’autres hommes ont fait du make-up une véritable pratique artistique. Ils dédramatisent ainsi le make-up pour homme, le rendant plus drôle que revendicateur. C’est le cas de Skelotim alias Tim Owens. Tous les vendredi, il poste une photo de lui, maquillé dans les couleurs d’un de ses snacks préférés : Cheetos, Oreo, Nerds… Un rendez-vous qu’il a lui-même intitulé le « Fat Bitch Friday ».

« J’aime me maquiller. Je ne suis ni trans, ni drag queen « clame Alan Macias, 18 ans, alias @alannized. Le jeune homme partage chaque jour ses selfies avec quelques 200,000 followers. Contouring, non-tourning, nail art, smoky eyes ou même tendance « nude »…toutes les tendances beauté sont testées. Pour lui, le maquillage est une façon de se libérer. De culture hispanique, son côté féminin était source de raillerie dans son entourage. Le pouvoir de transformation du maquillage lui a permis de se révéler, d’assumer pleinement sa personnalité et de devenir une véritable star du web.

C’est aussi le cas du YouTubeur Manny Mua, 25 ans. « Le maquillage me rend plus sûr de moi» confie t-il à Marie Claire US. Si Alan revendique à 100% sa féminité, pour Manny, elle est plus discrète. Cheveux en bataille et barbe de trois jours, il aime jouer avec sa binarité.

Encore moins attendu, le rappeur Young Thug exhibe ses ongles joliment peints sur son Instagram. Il s’essaie lui aussi aux pantalons slim ultra-féminins, et même au tutu, sous le regard de la photographe Harley Weir pour Dazed.  Immédiatement en proie aux rumeurs quant à son orientation sexuelle, le rappeur a nié son homosexualité, questionnant le bien-fondé des liens directs entre l’utilisation des cosmétiques, les tenues vestimentaires et les préférences sexuelles.

Interviewée par le Los Angeles Times, Lucie Greene, directrice internationale du think thank J.Walter Thompson Innovation Group, insiste sur ce besoin d’expression des 15-25 ans, qu’ils exercent autant qu’ils peuvent, dans tous les domaines : ‘C’est une génération très sûre d’elle-même, hyper-individualiste, qui construit son identité à travers la mode et le maquillage en dehors des schémas traditionnels’” Et cette démarche n’a rien à voir avec les drag queen d’antan.