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Singularities

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Apr 05, 2017

Du 9 mars au 9 avril 2017, la 10e édition de la Biennale Internationale Design Saint-Étienne a exploré la vaste thématique des mutations du travail. Décryptage par Marianne Alibert, de l’équipe Environnements & Design.

Une Biennale qui s’inscrit résolument dans la ville, d’anciens lieux de travail comme les bâtiments de l’ex-Manufacture d’armes reconvertie en Cité du Design jusqu’aux espaces du Musée de la Mine, en résonance avec Saint Etienne et Détroit, ville invitée, pour présenter un panorama de designers et d’artistes sur les mutations du travail.

Working Promesse révèle les dysfonctionnements d’un univers de travail qui brouille les frontières entre vie privée et vie professionnelle grâce aux ordinateurs et aux nouvelles technologies (interfaces conviviales, applications ludiques, wearables …), montre des initiatives en mouvement, au travers d’interventions urbaines locales et internationales (« Human Cities Unesco, challenging the city scale ») ou l’émergence de nouveaux lieux collaboratifs (« Fork the world, l’expérience des tiers-lieux ») et propose des hypothèses d’une société post-travail.

LES TEMPS FORTS

– Le regard critiquo-futuriste de « Extravaillance, working dead » de l’artiste Didier Fiuza Faustino avec le collectif Zanzibar, du labeur à l’œuvre : l’avenir désirable du travail ? Répartis sur 1000 m2, cinq « mises en abîme » d’espaces de travail à travers des dispositifs scéniques déroulant, via vidéo et audio, des fictions autour des relations au sein des entreprises, des objets vus à travers les interprétations de futurs archéologues en 2217, mais aussi les visions singulières ou poétiques écrites par 9 auteurs de science-fiction francophones.

– « Le bureau générique ou la singularité globalisée»: un extrait du projet réalisé par T&P Work Unit (Catherine Geel et Sophie Breuil) pour l’aménagement des bureaux de l’agence de communication BETC dans l’ancien bâtiment des Magasins Généraux à Pantin. Résultat, une multiplicité d’espaces modulables facilitant notamment le travail collaboratif. L’utilisation de matériaux industriels ou détournés génèrent une atmosphère expérimentale et créative.

– Sur la trame de « Player Piano », le premier roman de l’écrivain américain Kurt Vonnegut (1952), une mise en espace aux reflets changeants, ponctuée d’écrans qui reconstruisent cette fiction se déroulant sur l’île d’Abraxa dans un futur où tout est automatisé. Un atlas subjectif du paysage du travail à partir de photos ou d’extraits de vidéos, de l’Ostrich Pillow de Studio Banana au Dishwasher de Josephine Cochrane en 1887, des raffineries de Port Arthur en 1902 au New-York stock exchange data center actuel, qui cherche à reformuler la question d’une société post-travail en termes historiques.

– L’installation « Institut de Néotonie pour la fin du travail » imaginée par Stéphane Degoutin & Gwenola Wagon propose au visiteur d’explorer un call center abandonné, dévoré par une jungle de plantes tropicales. Les ordinateurs diffusent des films amateurs, activités ludiques ou détournements absurdes, visant à lutter contre le travail standardisé et répétitif s’opposant au potentiel créatif de l’espèce humaine.

( * Néotonie : caractéristique de certaines espèces, comme l’homme ou des animaux domestiques, conservant des caractéristiques juvéniles bien plus tard que la moyenne des autres animaux. Nés au monde prématurément ils continuent de jouer et d’apprendre pendant une grande partie de leur vie)

– L’universalité de « Bancs d’utopie, we sit together » de Francis Cape, présentée dans la salle des machines au Musée de la Mine. Des reproductions de bancs en bois issus de sociétés communautaires européennes, une recherche menée avec les étudiants du Master Design Exposition de Lyon, prônant le communautarisme en opposition aux valeurs du matérialisme individualiste.

– Les créations en provenance de Détroit, dotées d’une esthétique riche et créative, signe de renaissance amorcée : vélos personnalisés des East Side Riders, Arc d’or du Detroit Culture Council ou capsule comme tombée de l’espace avec le Mothership, un set place de DJ.

– La redécouverte de la Tuta, un vêtement de travail fonctionnel créé en 2019 par l’artiste futuriste Ernesto Michahelles, alias Thayat, un projet manifeste pour révolutionner l’habillement. Une tenue « over-all » qui, à partir d’un patron simple, prône le D.I.Y. comme solution économique et challenge la consommation à l’instar du mouvement Khadi lancé en Inde par Gandhi l’année précédente. « La Tuta se veut une cordiale contestation à la perte de sens du monde »

Entre fascination et répulsion « Dark Content’ » installation d’Eva & Franco Mattes, une plongée dans les coulisses d’internet à travers une réalité « invisible », via les interviews de modérateurs anonymes dont le travail consiste à supprimer les contenus nauséabonds sur la Toile avec leur ressenti entre sentiment d’être des super-héros et souffrances psychologiques créés par les contenus visionnés.

Inscrites dans le paysage stéphanois, les allégories du travail (1850-2017), un répertoire collecté des façades aux cimetières, des tags aux ronds points (« Travail quand tu nous tiens »).

Quelques produits à retenir

Kiffy, mini-tricycle cargo qui se scinde en 2 pour devenir chariot de course ou diable par Easy design technologie avec l’agence 360°.

L’électroménager new look du plastique au bois : The Wonder Wash une machine à laver manuelle et portable qui nettoie en un clin d’œil et Oktagon 2 un moulin à céréales en hêtre massif comme un nouveau totem de cuisine.

Dans le cadre de « Banc d’essai, réinventer les habitudes urbaines », des sièges et module-table en métal laqué jaune qui réveillent les trottoirs.

Le travail du designer Thomas Rodriguez exposé chez Cinna, une carafe 1/8e en PET alimentaire recyclable et les déclinaisons autour d’une forme unique tour à tour lampe, table ou contenant, en céramique, métal ou méthacrylate.