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Singularities

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Apr 13, 2016Rémi Le Masson

Au Grand Palais, Jean Hubert Martin bouscule les habitudes et transgresse les règles. En « perturbateur » malicieux et conscient, le commissaire d’exposition s’est amusé à mélanger les genres, les époques et les thématiques pour une scénographie inédite. Oubliez tout, de vos références jusqu’à votre discipline. Tout est fait ici pour réinventer l’expérience muséale. Et lui redonner un peu de magie.

Qui, enfant, n’a jamais joué à trouver un nouveau mot par association d’idée ? Ou n’a fredonné le fameux « marabout/bout de ficelle/selle de cheval… »…C’est sur ce principe simple, celui de concaténation, cette figure de style où chaque nouveau mot est formé par la dernière syllabe du précédent, que Jean Hubert Martin à construit le parcours de l’exposition. On peut y voir aussi un « effet domino » où chaque œuvre découle de la précédente.

Déjà en 1989, Jean Hubert Martin marquait fortement les esprit avec « Les Magiciens de la Terre » à Beaubourg. En conviant des artistes du monde entier, rencontrés au cours de nombreux voyages, il repoussait les frontières de l’art contemporain, à l’époque strictement cloisonné à l’Europe et l’Amérique du Nord.

Ici, il propose au visiteur de tout recommencer à zéro. Pas de contexte de départ, ni de thématique ou de texte explicatif.  Le visiteur réapprend à ne compter que sur lui-même, à faire confiance à ses yeux. « On peut apprécier une œuvre selon son propre système de référence » (Beaux Arts, Avril 2016) explique Jean Hubert Martin. 185 œuvres sont représentées, de l’art antique à l’art contemporain : un voyage inédit qui transcende nos grilles de lecture et de compréhension habituels. Férus d’art contemporain, touristes, étudiants ou enfants…chacun y est libre de tisser son fil rouge.

Peclers s’est laissé prendre au jeu. Découvrez quelques unes des nombreuses associations d’idées trouvées et leurs œuvres correspondantes.

DONNER DU SENS

Il s’agit ici de refaire confiance à ses sens premiers. Utiliser ses yeux, faire appel à son « flair » pour dénicher le « détail signifiant ». Des yeux aux narines d’ailleurs, les formes se confondent. Quand une statuette Valvidia d’Equateur, qui date de 3000 -1500 avant JC, se tient côte à côte avec une figure anthropomorphe du Nord de l’Inde, datant elle du IIeme millénaire avant JC, on ne sait plus très bien qui « regarde » ou « renifle » l’autre. Une chose est sûre, le masque bolivien de Naupo Diablo est là pour en mettre plein la vue, non loin d’un crâne indonésien Asmat Irian Jaya dont les globes oculaires et le nez sont délicatement ornés.

PLEASE TOUCH

Parfois un seul regard suffit pour  avoir l’impression de toucher les œuvres, tellement le « ressenti » de la matière s’en dégage. Du bois à la porcelaine, en passant par le bronze, les œuvres sélectionnées ici invitent au toucher.  Une certaine sensualité s’en dégage d’abord pour finalement inspirer douleur et peine, des sensations incarnées par Wim Delvoye et sa « Double Helix » ornée d’épines et par Jacques Stella et son « Christ entouré de croix ».

SACRéS SEINS

Le visiteur passe littéralement d’un sein à l’autre ; de celui de Sainte Agathe que l’on cherche à couper à celui qui symbolise la luxure dans l’ « Allégorie des cinq sens » de Bartelomeo Passerotti… puis finit interloqué devant la coupe en or de Jean Baptiste Claude Odiot et celle de Jean Jacques Lagrenée : toutes deux en formes de sein, elles tiennent dans une main.

 

NAVIGUER D'UN POINT à L'AUTRE

Si cette exposition tente de s’en affranchir, le besoin de repères, spatio-temporels comme spirituels, nous colle à la peau. C’est (peut-être) ce que tente de nous montrer Jean Hubert Martin en associant ces œuvres qui à priori n’ont rien à voir ensemble. Depuis les simples points décoratifs de ce bouclier hongrois à cette carte simplifiée du système solaire en provenance de Corée, en passant par une carte des Iles Marshall et une tunique sénégalaise aux écritures protectrices : à chacun ses points de repères.