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Jan 03, 2017Julie Dao Duy

Le Ministère de la Culture et de la Communication ainsi que le Ministère de l’Industrie étaient à l’initiative du tout premier Forum de la Mode, qui s’est tenu en décembre 2016 à la Gaité Lyrique. Cette journée, organisée autour de table-rondes, avait pour but d’apporter un début de réponse suite au rapport de Lyne Cohen Solal (Chargée de mission auprès de la Ministre de la Culture) mettant en lumière un manque de cohésion et de communication dans les filières de la mode et du luxe en France.

Mai Nguyen, styliste senior chez Peclers, a assisté aux débats et nous livre les idées clés à retenir de cette journée.

Pour alimenter la réflexion, cinq grandes thématiques ont été abordées : les arts de la mode, les nouveaux modèles économiques, la transmission des savoir-faire et les circuits de production, l’accompagnement et le financement des marques, ainsi que l’émergence d’une nouvelle scène créative.

Dans la salle comble de la Gaîté Lyrique étaient réunis les grands représentants du secteur tels que Jean-Pierre Blanc (fondateur du festival de Hyères), Pierre-François Le Louët (Président de la Fédération Française du Pap féminin), ou Guillaume de Seynes (Directeur Général de Hermès), des créateurs, photographes et make-up artistes, comme Stéphane Ashpool, fondateur de la marque Pigalle, Simon Porte Jacquemus ou Johanna Senyk, fondatrice de Wanda Nylon, mais aussi les pionniers des nouveaux circuits de la mode on-line à l’image de Uriel Karsenti (Maison Standards) et Guillaume Gibault (Le Slip Français).

L’importance de la transversalité

Il est désormais incontournable de trouver le bon équilibre entre créativité, technologie et business. Face à l’omniprésence du « mass-market », de la « fast-fashion » et des maisons de luxe, la jeune création et les marques intermédiaires peinent à trouver leur place. Travailler son positionnement, comprendre son marché, adopter une stratégie digitale et nouer une relation privilégiée avec son client sont autant de critères de réussite pour un jeune créateur. Il ne s’agit plus uniquement de créer un vêtement.

Un défi de taille qui nécessite un échange constructif entre institutions, écoles, maisons de luxe et jeunes créateurs. Ce besoin de décloisonnement aura déjà permis de réunir autour d’une même table des intervenants de différents horizons, balayant toute la chaîne, de la création à la distribution, des maquilleurs aux investisseurs, des créatifs aux jeunes entrepreneurs. La mode est une question de synergie.

La transmission des savoir-faire et la formation

La France est connue pour ses bonnes écoles mais les formations ne sont pas toutes reconnues à l’échelle internationale. Il est important d’uniformiser les diplômes et de les faire reconnaître à l’étranger. Le rapprochement de l’Institut Français de la Mode et de la Chambre Syndicale de la Couture est un projet en cours, qui en ferait l’une des plus grandes écoles de mode du monde.

Savoir-faire et nouvelles technologies

Face au développement des nouvelles technologies, l’humain doit garder sa place au cœur des processus de création. Le savoir-faire reste la valeur ajoutée : c’est bien l’homme, qui par ses connaissances et sa sensibilité, sublime la machine et l’ingénierie.

Décentralisation

Si Paris reste une ville pilier dans le milieu de la mode, les enjeux vont désormais bien au-delà des frontières de la capitale : il est nécessaire de multiplier les axes entre Paris et les villes de province.

Non, la mode n’est pas morte !

Contrairement à ce qu’affirmait Li Edelkoort il y a un an, d’autres professionnels de la mode comme Jean-Pierre Blanc défendent au contraire la créativité et l’inventivité du secteur. Designers, directeurs artistiques, photographes… les invités présents ont su montrer le dynamisme de la création française. La mode s’érige en « art », comme en témoigne la créativité du festival de Hyères, représenté par son président. Samuel Drira, cofondateur du magazine Encens, défend lui aussi une certaine vision de la mode, comme une expression artistique à part entière.  Une idée que Pierre Marchal exprime sur son compte Instagram (JPPM) via un « never-ending moodboard » où créativité et inspiration semblent ne plus connaître de limites.

Cette inventivité permet aussi de renouveler des formes de fabrication et de distribution, comme ont pu en témoigner Emmanuelle Brizay (Fondatrice de PANOPLY), Uriel Karsenti (Fondateur et Directeur Général Maison Standards) et Guillaume Gibault (Fondateur du Slip Français).  En marge des circuits classiques, ces nouveaux  entrepreneurs apportent chacun à leur manière une réponse originale aux crises qui touchent le secteur : location de vêtements de luxe, promotion du made in France avec humour, recherche des bons basiques, refus des tendances et souci de transparence.

Des grandes marques de luxe aux jeunes créateurs, tous souhaitent entretenir le dynamisme et la créativité de la filière et participer ainsi à son rayonnement à l’international. Créativité, savoir-faire, compétitivité et formation : ces quatre mots clés cités par Guillaume de Seynes ont clôturé une journée de débats intenses et passionnés. Preuve que la mode en France ne cherche qu’à se renouveler.