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Singularities

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Oct 21, 2015Julie Dao Duy

La page gypset et son style bohème-chic imprégné d’idéaux hippie folk des années 70’s est en train de se tourner. Elle laisse place à un esprit aristo bab’ incarné par la haute-bourgeoisie nouvelle génération : nantie et arty, aussi relax et éclectique qu’attachée aux traditions séculaires et à l’héritage familial. Quand décontraction bohème rime avec raffinement historique, décryptage d’une tendance à suivre de près.

Elisabeth Vigée le brun, la pionnière aristo-bohème

À Paris, depuis le 23 septembre et jusqu’en 2016, a lieu une immense rétrospective dédiée à Elisabeth Vigée Lebrun. L’occasion de (re)découvrir l’une des plus grandes portraitistes de son temps, qui fut également l’initiatrice d’une esthétique nouvelle, à contre-courant du baroque show off de l’époque, qui faisait la part belle au naturel et à la décontraction. Un « casual aristocratique », somptueusement simple, symbolisé par un tableau de la reine Marie-Antoinette vêtue d’une simple robe de mousseline blanche et d’un chapeau de paille, que la portraitiste incarnait elle-même au quotidien, préférant l’exotisme sophistiqué des turbans et la sobriété raffinée des drapés à l’inconfort frôlant le grotesque des perruques et des corsets.

Des plages de Cabo Polonio aux hôtels particuliers :

À l’image de ce mix de noblesse et d’anti-conformisme, la figure de la hippie chic si bien illustrée par l’américaine Julia Chaplin dans sa trilogie « gypset style », gypset travel », « gypset living » tend aujourd’hui à se faire éclipser par la figure de l’aristo bohème : nantie moderne, élégante et arty, épicurienne relax’ et sans chichi… Une alliance subtile de décontraction, de fantaisie, de sophistication et d’un certain goût pour la tradition, que l’on retrouve d’ailleurs dans le dernier numéro du mythique magazine Holiday, dédié à l’aristocratie Française.

Véritable icône de cette mouvance, la créatrice du blog culinaire baptisé « manger » Mimi Thorisson qui y revisite les classiques de la gastronomie française. Née à Hong-kong, d’un père chinois et d’une mère française, mariée à un islandais, mère de 5 enfants et vivant dans un manoir du Médoc, elle incarne l’archétype de la néo châtelaine : cool, moderne, attachée au terroir et au respect d’une certaine étiquette.

De Paris à New York, les sœurs de Taillac cultivent elles aussi une forme de classicisme bohème relevé d’une touche d’excentricité bien dosée. Quand Marie-Hélène révolutionne le monde compassé de la joaillerie en créant sa propre marque de bijoux, Victoire de son côté, fonde la parfumerie Buly après avoir vécu à Tanger et travaillé en tant qu’attachée de presse pour la boutique Colette.  Elle forme avec son mari Ramdane Touhami un duo inattendu, métissé d’influences cosmopolites arty et d’élégance bourgeoise.

Un esprit que l’on retrouve également sur le blog lifestyle « ma récréation » créé par la journaliste Lili Barbery-Coulomb. Pour ses récits de voyages, elle troque volontiers les spots hippie chic contre le grandiose des palazzo chargés d’histoire. Pour la rubrique food, elle s’invite autour d’un rôti, d’un granola maison ou d’un pudding à la grenade dans les appartements décorés avec ce qu’il faut de raffinement et d’éclectisme de ses amies.

De la hippie chic à la princesse bab’

Côté mode, les défilés SS16 ont vu l’émergence d’un néo girly sous influence historique, précieux mais pas mièvre, à l’image du virage pris par la maison Gucci sous l’impulsion de son nouveau directeur artistique Alessandro Michele : volumes flous, transparences vaporeuses, ornements édéniques et tons sucrés… le tout empreint de nostalgie aristocratique.

Chez Erdem, les volants travaillés tout en légèreté et délicatement parsemés de fleurs s’éloignent du registre gipsy, évoquant plutôt la grâce bucolique d’une Marie Antoinette période Trianon.

Et de son côté, la jeune créatrice Molly Goddard, diplômée de la prestigieuse Central Saint Martin’s School, remet le tulle et les smocks au goût du jour en modernisant l’éternelle robe de princesse.

 

Un esprit « Ladurée » rafraîchi et modernisé qui coïncide d’ailleurs avec une tendance néo pâtisserie, savant mélange de modernité et de tradition édulcorée, incarnée par les gâteaux Thoumieux ou, plus récemment, l’ouverture de la maison Bontemps, à Paris.