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Singularities

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Aug 16, 2017Julie Dao Duy

Avec l’exposition Autophoto, la Fondation Cartier rend hommage à l’automobile, célébrant “un objet de fantasmes, de contemporanéité, de pouvoir ». La voiture a eu, au cours du vingtième siècle, un impact majeur sur notre société et nos paysages. Celle-ci doit désormais faire preuve d’inventivité pour répondre aux nouvelles exigences sociétales et aux nouveaux usages.

La fin d'un âge d'or?

Il n’est pas ici tellement question de design ou de performances techniques, mais de rôle social. Avec sa démocratisation, la voiture s’est imposée comme l’ultime alliée de l’individu, vecteur de liberté et d’opportunités, un membre de la famille à part entière. Une série de polaroids de familles américaines posant fièrement devant leur voiture flambant neuve témoigne de cette place prépondérante qu’a pris le véhicule dans la deuxième moitié du XXe siècle.

D’autres séries de vieux clichés proposent un vibrant témoignage de sa conquête du Monde. La voiture est devenue une telle évidence, que l’on oublie qu’il lui a fallu faire ses preuves. Citroën a ainsi lancé dans l’entre-deux-guerres plusieurs expéditions dantesques pour démontrer la suprématie de ses engins, notamment celles présentées ici, l’une en Afrique “la croisière noire” et l’autre en Asie “la croisière jaune”. Autre curiosité, tirée cette fois des archives Michelin : une multitude de photos de routes, prises aux quatre coins du monde. L’ambition du reportage était de se documenter sur tous les types de sol afin de créer des pneus véritablement tout terrain.

Si la voiture n’a aujourd’hui plus rien à prouver en termes d’adaptabilité et de performance, elle semble néanmoins avoir perdu ce rôle de pionnier du transport. Elle continue de s’améliorer au fil des années, mais elle reste bridée par des contraintes de sécurité ou d’écologie.

La révolution semble avoir lieu ailleurs. Pour ne citer que lui, l’Hyperloop d’Elon Musk, train propulsé dans un tube à plus de 1000 km/h, laisse entrevoir un véritable bouleversement de notre rapport au transport terrestre. Des projets fleurissent un peu partout autour de cette technologie. Une société néerlandaise a par exemple annoncé début juin son ambition de créer une liaison Paris-Amsterdam en moins de 30 minutes.

Avec des performances pareilles, si les promesses d’un moyen de transport écologique et relativement bon marché sont aussi tenues, nous serions face à un game changer sans précédent depuis le développement du transport aérien de masse.

Une omniprésence qui doit se réinventer

En continuant la visite de la Fondation Cartier, plusieurs séries de photographies ne présentent pas la voiture en tant que telle, mais son impact sur la société. Pendant près d’un siècle, le triomphe de l’automobile a façonné le monde pour le meilleur et pour le pire. Les paysages ruraux et urbains ont considérablement muté au fur et à mesure que le nombre de véhicule par habitant explosait.

L’urbanisme aujourd’hui s’efforce de faire machine arrière. Le leitmotiv serait “moins de routes, plus de verdure”. A Paris, le processus est enclenché, avec notamment la piétonisation des berges de Seine et le projet du Grand Paris. La ville d’Oslo a par ailleurs d’ores et déjà interdit cette année les véhicules diesels et vise une interdiction complète des véhicules thermiques pour 2030. Les villes moyennes ne sont pas en reste dans cet effort de créer des villes plus vertes. Grenoble vient ainsi de lancer un ambitieux projet d’autoroutes cyclables”, 40 km de pistes à double sens, avec marquage au sol coloré et signalétique dédiée.

La question n’est cependant pas de savoir si la voiture vit ses dernières heures. On compte de nombreux millennials urbains sans permis. A Paris en 2016, seulement 60% des moins de 30 ans étaient détenteurs du permis. Mais ils sont encore loin d’être une généralité. Et si une ‘dévoiturisation’ est en marche, elle ne concerne pour l’instant que les grandes villes. C’est le statut de la voiture et la relation que les propriétaires entretiennent avec leur véhicule qui est indéniablement en pleine mutation.

Avec les pratiques de locations courte durée, du type Autolib’, ou de longue durée, leasing, la voiture est devenue un objet de consommation éphémère. Cette tendance s’inscrit parfaitement dans la mouvance des “nowners”, ces millennials qui s’appliquent à se détacher au maximum de toutes possessions figées et matérielles pour privilégier l’instant. Les marques de voitures redoublent d’imagination pour satisfaire ce besoin de souplesse.

Dernière en date, la vénérable Cadillac, qui propose avec Book my Cadillac de changer à loisir de modèle du catalogue de la marque, en fonction de l’humeur et contre un abonnement mensuel de 1500 $. La possession d’une voiture reste cependant pour beaucoup toujours une marque fort de statut social, un signe extérieur de richesse privilégié. L’exemple le plus frappant étant les fils d’émirs et leur amour inconditionnel des voitures de sport clinquantes.

Réenchanter la voiture

Le prochain bouleversement du monde automobile et de notre rapport à la conduite sera sans nul doute l’avènement de la voiture autonome. Des partenariats entre les sociétés de la Silicon Valley, Google et Apple en tête (qui ont abandonné l’idée de produire leur propre véhicule), et les constructeurs automobiles sont en pleines négociations. Leur présence sur les routes pose beaucoup de questions mais pourrait être très bientôt une réalité. A Boston, Lyft, principal concurrent d’Uber, s’est associé à la startup Nutonomy, et ambitionne de réaliser la majorité de ses courses en voitures autonomes d’ici 2021.

Les constructeurs ont également bien pris conscience de la mutation du rapport émotionnel des conducteurs avec leur véhicule. Pour répondre à nos besoins de personnalisation, BMW a imaginé un concept car Mini dont il sera possible de changer la couleur du toit à loisir. D’autres vont plus loin en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour recréer une relation entre l’engin et son propriétaire.

Un concept car Toyota est ainsi doté d’un assistant qui sera capable d’enregistrer les habitudes de conduites et les émotions du conducteur et adapter en fonction sa communication via messages sonores ou lumineux. Dans le cas des voitures autonomes, où le conducteur aura la sensation de perdre le contrôle, la réflexion va encore plus loin. BMW travaille ainsi avec des psychologues sur un assistant de bord dont le rôle sera de rassurer les passagers et leur offrir une expérience optimale.

Ces avancées ne sont pas encore totalement ancrées que l’on entrevoit déjà l’étape suivante. Un rêve pour ceux dont l’enfance a été bercée par Le Cinquième Elément : la voiture volante. Airbus s’est en effet associé au bureau d’études Italdesign pour créer un véhicule à mi-chemin entre la voiture et le drone : Pop Up, dévoilé au salon de l’automobile de Genève. L’utilisateur pourra choisir soit de se faire transporter sur route de façon autonome soit de faire venir 8 rotors qui pourront libérer l’habitacle de ses roues et le transporter dans les airs pour l’amener à destination. Pour ne se limiter à aucune configuration de mode de transport, il est déjà prévu que la capsule puisse s’intégrer à un train ou à un Hyperloop. La boucle est bouclée.

Exposition « Autophoto », à la Fondation Cartier, jusqu’au 24 septembre 2017, www.fondationcartier.com