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Singularities

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Oct 11, 2017Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Replonger dans l’enfance pour mieux se réinventer ? Créateurs de mode, architectes, artistes et retailers puisent dans l’univers enfantin une nouvelle inspiration.

Alors que vient d’être dévoilée la magnifique Lego House à Billung (siège de la marque) au Danemark, des jouets en plastique « made in Japan » défilent pendant la fashion week et les bandes dessinées prennent vie à la Galerie Jousse. Propice au rêve et à l’imaginaire, le monde de l’enfance offre un terrain neutre et une grande liberté créative. Une façon de s’échapper de la réalité et de retrouver un peu de fun. Let’s play !

RÊVES D'ENFANTS

À New York, Londres, Milan et Paris, les créateurs ont une nouvelle fois prouvé que la mode sait se réinventer. Pour certains, la source d’inspiration de leurs plus folles créations se niche dans l’enfance, là où le rêve et l’imaginaire restent intacts.

Pour la maison Ann Demeulemeester, le directeur artistique Sébastien Meunier en appelle à la jeunesse punk et rock de la fondatrice, amie proche de Patti Smith. On ressent dans cette collection la volonté de rester émerveillé, tel un enfant, devant les costumes déstructurés en noir et blanc aux impressions « Kids » ou « Forever », laissant entrevoir dentelle légère et volée de plumes.

Tel un « graffiti multidimensionnel », le défilé SS 18 de Rei Kawakubo confirme le statut avant-gardiste de la créatrice, véritable leader d’un courant mode à l’esthétique radicale. La présentation de sa collection ressemble toujours plus à une performance artistique. Cette saison, ses silhouettes sculpturales se parent d’une multitude de jouets en plastique. On y distingue Hello Kitty mais aussi des héroïnes de mangas ou de jeux vidéo. Ils ornent les coiffes et font même office de parure de cou. Soudain, en plein milieu du show, un « ange » apparaît, vêtu d’un pardessus douillet blanc aux épaules surdimensionnées (on croirait distinguer des ailes). La créatrice de Comme des garçons ne cesse d’étonner mais aussi de faire rêver.

Pour Tory Burch, le jouet devient lui aussi accessoire de mode. La créatrice américaine réinterprète le célèbre « spinner » en version sautoir, dédramatisant ses silhouettes élégantes qui défilaient dans le Upper East Side.

Quant à Olivier Rousteing, il rendait hommage, dans une note d’intention pour le défilé Balmain, au petit garçon de 10 ans qu’il était, visitant pour la première fois Paris et l’Opéra. Cette saison, il réalise donc un vieux rêve, faisant défiler ses silhouettes glamour en plein cœur du Palais Garnier. Fier de cette success story et heureux de la partager, il adresse un message optimiste aux jeunes qui suivent son parcours avec admiration.

Souvenirs d’enfance, In Real Life

Pour l’artiste Bertrand Lavier ou le trio danois Superflex, comme pour les marques, l’expérience immersive permet de faire renaître les souvenirs d’enfance et par la même occasion, de (re)créer du contact humain.

À la Tate Modern de Londres vient d’être dévoilée One Two Three Swing !, l’installation du trio Superflex, composé de Jakob Fenger, Rasmus Nielsen and Bjørnstjerne Christiansen. Les trois artistes ont transformé le Turbine Hall en terrain de jeu géant, invitant les visiteurs à s’assoir librement sur les balançoires disséminées aux quatre coins de l’espace. Le collectif souhaite créer une synergie entre les visiteurs, démontrant le pouvoir du jeu et du divertissement pour favoriser le contact et les interactions entre étrangers. La notion d’« empathie » est au cœur de leur travail. Elle serait selon eux la solution à la crise « politique, économique et environnementale de notre époque ».

Du côté du design, le plasticien Bertrand Lavier entraîne les visiteurs de la Galerie Jousse Entreprise dans une balade au cœur des bandes dessinées de leur enfance. C’est plus précisément dans l’aventure de Mickey au Musée d’Art Moderne que l’artiste choisit de s’inspirer. Les sculptures qui apparaissent dans la bande dessinée ont été recrées à l’identique dans une série, le « Musée imaginaire de Walt Disney », initiée en 1984 par l’artiste.  À la Galerie Jousse, elles côtoient les bureaux et sièges iconiques du XXème siècle de Jean Prouvé, Pierre Paulin ou encore Le Corbusier. « Le monde virtuel nous permet d’approcher plus profondément la réalité », commente l’artiste. Une phrase qui fait écho au dernier défilé Prada, fortement inspiré par les comics et les personnages de super-héroïnes. Elles s’affichaient non seulement en décor du défilé, mais aussi imprimées sur les robes et tailleurs de la grande maison italienne.

Confronter monde fictif et monde réel pour mieux se réinventer : un point de vue que le grand magasin londonien Topshop a récemment appliqué à la lettre, offrant une expérience de VR inédite à ses clients. Installés dans une bouée, casques vissés sur la tête, les volontaires découvraient un toboggan géant en plein cœur d’Oxford Street…sans quitter la boutique.  Le magasin renouvelle ainsi l’expérience client en misant sur le divertissement et l’imaginaire.

Un pari que LEGO a lui aussi décidé de relever. À Billung, au Danemark, après quatre ans de travaux, vient de s’ouvrir la très attendue LEGO HOUSE. Dans cet espace de plus de 12 000 mètres carrés, composé de 21 énormes briques blanches, plusieurs créations LEGO sont à découvrir pour une véritable expérience immersive. Un rêve d’enfant, que les plus grands, aussi émerveillés que leur progéniture, s’empressent de visiter.  Cette incroyable architecture fait la Une des magazines, modernisant l’image de LEGO et attirant de plus en plus de fans.