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Singularities

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Nov 03, 2016Julie Dao Duy

Par Dinah Sultan, Julie Dao Duy

Un vent nouveau souffle sur le mouvement hip-hop et il vient de la planète Queer. Ils s’appellent Mykki Blanco, LE1F, Big Freedia, Dai Burger et Cakes Da Killa. A coups de strass, paillettes, perruques gominées et couleurs flashy, ces nouvelles icônes renouvellent le genre et donnent un coup de peps à un mouvement hip-hop devenu presque mainstream.

D’un côté, le hip-hop, street culture associée à une attitude « thug », aux codes vestimentaires ultra-stéréotypés. De l’autre, le mouvement « Queer », courant de pensée né dans les années 90 qui remet en cause les théories du genre et les catégories propres aux préférences sexuelles. Ces deux courants, qui semblent diamétralement opposés, ont largement contribué au développement des cultures noires et urbaines. La récente série « The Get Down » créée par Baz Luhrmann en témoigne. On y retrouve Jaden Smith (égérie du mouvement Agender) interprétant Dizzee, un graffeur du Bronx qui découvre le hip-hop et explore les nuits du Greenwich gay dans les pures ambiances Disco Queer de l’époque.

Donna Summer, Diana Ross et le mythique Studio 54… On doit à la culture Queer l’adoubement du disco. Paillettes, afro, perruques, talons compensés, couleurs exubérantes : tout était bon pour briller sur le dance floor. Mais si la communauté Queer a su porter de nombreuses icônes telles que Madonna, Lady Gaga, Frankie Knuckles ou encore Mariah Carey, un seul style musical restait jusqu’alors exclu de leur « influence » : le hip-hop. L’arrivée de ces new comers, ouvertement gays, bi ou agenders, change la donne. Ils véhiculent à la fois les codes street du hip-hop et de la communauté Queer, le tout bercé par les influences propres aux 90’s qui les ont vu grandir.
Un mélange stylistique étonnant, coloré et assumé que décrypte Dinah Sultan, notre experte Gen Next.

STREET CRED

Depuis son apparition dans les années 80, le hip-hop a vécu moult évolutions stylistiques, des plus excentriques de Grand Master Flash ou de l’ultra bling détourné de Eric & Rakim en passant par les codes Rap/RNB de R. Kelly et Mariah Carey. Le hip-hop est un vivier d’idées et d’inspirations pour les nouvelles générations : baggy oversized, chaine en or, matières satinées, peau de pêche, graphismes agressifs, logomania, le hip-hop a instauré le streetwear ostentatoire, à la fois signe extérieur de richesse et « badass ».

C’est ce même vestiaire que l’on retrouve chez LE1F et Mykki Blanco. En version street psychédélique pour le premier et « thug » transgenre pour le second. On retrouve dans leurs clips sweaterie, sneakers, baggy mais aussi tatouages et bijoux bling. Mykki Blanco excelle dans ce double-jeu et joue autant la carte drag queen que voyou tatoué. Un genre non défini mais dont le style musical et esthétique emprunte aussi bien à la culture Queer que hip-hop. Dans ses clips, il incarne aussi bien les personnages féminins que masculins.

 

Plus mesuré et moins caricatural, LE1F mixe quant à lui les codes, sans changer pour autant de rôle. Il arbore casquette, sweat, bombers et chaîne en or tout en se déhanchant dans son clip « Wut ». Il revendique sa place sur les rares plateaux télé en tant que rapper et non en tant que « performer ».

DISCO QUEEN

L’une des plus courte révolution musicale de notre époque reste aussi la plus marquante musicalement et esthétiquement.

La musique Disco a été la charnière entre la Soul, le Funk et l’apparition du hip-hop, en écho à un besoin de fête et de laisser-aller. C’est aussi dans le style vestimentaire que se sont exprimés les artistes : paillettes, pantalon fittés, chevelures ultras maitrisés, géminées … tout est dans le show-off. Les premières Drag Queen font leur apparition, à l’image de Divine qui popularise le genre. Derrière ce style on retrouve un besoin d’hyper-sexualiser sa silhouette et de valoriser ses formes.

Tout est très moulant, décolleté, fluide et réfléchissant, bling et sensuel. C’est ce que l’on retrouve chez Big Freedia, proclamé le « Queen of Bounce ». Venant de la nouvelle Orléans, le rappeur mixe les influences 70′s : costumes flashy aux imprimés psychédéliques, couronnes et capes princières à la James Brown, attitude léchée et coiffures maîtrisées comme Prince.

90's OVERDOSE

La décennie de tous les excès aura été celle des années 90’s, tous les styles se confondent sous la même idée du « too much ». C’est la génération MTV : couleurs saturées, pop énervée, électro club, tout est axé sur la fête. Corona avec ses longues locks, les Vengaboys tout droit sortis d’Ibiza avec leurs tenues micro et fluo, le groupe Aqua et son univers Toys ‘R’ US ou encore les pop girls comme Gwen Stefanie et Katy Perry qui ont fait de leur univers pop édulcoré une réelle marque de fabrique.

C’est aussi l’avènement des Drag Queens, avec le groupe Sister Queen qui impose la culture gay dans la musique de variété et démocratise le genre. Dai Burger et Cakes Da Killa grandissent dans cette ambiance sur-vitaminée. Ces deux rappeurs queer adoptent le boa, les matières spandex, les fausses fourrures et les perruques saturées… Le tout remixé à la sauce street.

Dai Burger réinvente la bimbo du clip de rap en version hardcore et fluo. Ses tenues ressemblent à celle de Barbie Girl, en version gansta, pistolet à la main.

Quant à Cakes Da Killa, il s’est autoproclamé « divo » du hip-hop. En plateforme shoes version XXL et fausse fourrure, il pose casquette vissée sur le crâne.