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Singularities

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Apr 25, 2017Julie Dao Duy

Aux frontières de l’art et de la science, « Mutations/Créations » est un nouveau rendez-vous proposé par le Centre Pompidou réunissant le musée national d’Art Moderne et l’Ircam.

Jusqu’au 19 juin 2017, l’exposition « Imprimer le monde » dresse un panorama des dernières mutations artistiques à travers les œuvres d’une quarantaine de designers, artistes ou architectes expérimentant les multiples possibilités offertes par l’impression 3D. Décryptage par Emilie Desnoyer, du secteur Environnements & Design.

Un nouveau langage

Du dessin à la peinture, de la photographie jusqu’à la visualisation en 3 dimensions… Les nouvelles technologies font évoluer les représentations de la réalité, offrant désormais la possibilité de tourner autour d’un objet, d’appréhender son volume dans sa globalité et non plus à plat. Celles-ci peuvent ensuite être déformées ou multipliées pour avoir une vision infiniment plus précise de ce que l’humain est capable de faire.

On découvre par exemple le projet Textscape, du designer chinois Hongtao Zhou, qui génère des polices de caractères en 3D. Ses textes concernent les villes de New York ou Shanghai et permettent de visualiser la typologie du paysage urbain.

Tandis que diverses applications grand public permettent de scanner en 3D simplement depuis son smartphone, une nouvelle génération de photomatons, baptisés 3DMe, offrent la possibilité d’expérimenter de nouveaux systèmes de représentation en réalisant une figurine à son effigie.

Dans l’univers du cinéma et de la publicité, la technologie de la Lytro Camera permet le contrôle de l’ouverture, du focus ou du temps d’exposition à posteriori, offrant aux équipes de tournage une souplesse de production inédite. Celle-ci permettrait l’intégration d’effets spéciaux 3D sans avoir à utiliser de fond vert.

La place du créateur

Des données recueillies peuvent être source de création, générant des images ou des objets, à l’image de la série de vases signés François Brument et Sonia Laugier, ou encore le projet Digital Natives imaginé par Matthew Plummer-Fernandez. Fasciné par l’intelligence artificielle, il numérise des objets du quotidien afin de les convertir en modèles 3D numériques. Ceux-ci sont ensuite soumis à des algorithmes qui déforment l’objet scanné.

L’impression 3D repense également les systèmes de production. Ceux-ci deviennent accessibles à tous, notamment grâce aux fablabs, hackerspaces et makerspaces. Le consommateur peut dès lors devenir un créateur autonome. La démocratisation de tels procédés ne remet pourtant pas en cause le rôle du concepteur. Souvent mal conçus ou simples reproductions de pièces existantes, ces objets sont qualifiés de « Crapjects » (crappy objects) ou « physical spams ».

Entre artisanat et savoir-faire numérique

Les évolutions de la fabrication additive ouvrent désormais le champ des possibles vers de nouvelles esthétiques, de nouvelles formes et textures. Il ne s’agit désormais plus uniquement de copie ou d’optimisation de savoir-faire manuel.
Au-delà de tout l’imaginaire de complexité, voire de science-fiction, véhiculé par l’impression 3D et ses possibilités, une nouvelle tactilité, plus subtile, plus humaine, plus douce, se réinvente.

L’exposition présente ainsi les travaux d’un groupe de recherche du MIT, l’Institut de technologie du Massachusetts, à Boston, sur des matériaux programmables, capables de s’adapter à leur environnement. Parmi leurs dernières avancées, on note la création de cheveux artificiels imprimés en 3D.

Ces micro-structures baptisées Cilllia permettent également d’imprimer de la fausse-fourrure ou des poils jusqu’à 50 microns de diamètre, offrant la possibilité d’imaginer de nouveaux types de surfaces tactiles.

Vers le luxe et l'industrie

Designers et artistes détournent les outils de prototypage rapide en imaginant des œuvres et pièces de mobilier renouvelant l’utilisation de ces procédés. Les technologies et innovations industrielles de pointe comme la poudre métallique utilisée dans l’aéronautique s’emploient désormais dans l’univers de l’art et du luxe.

Explorant les frontières entre rationnel et irrationnel, l’œuvre intitulée « où sont nos souvenirs rangés », imaginée par Vincent Fournier, s’inspire du Cloud d’Apple et des travaux du philosophe Henri Bergson. Le nuage, qui semble en lévitation à l’intérieur d’un meuble, a été réalisé en impression 3D en frittage de poudre. Un système de champ électromagnétique est dissimulé à l’intérieur du nuage et dans le socle du meuble.

Le designer danois Mathias Bengtsson, représenté à Paris par la galerie Maria Wettergren, a imaginé « Growth », première table en fabrication additive de titane composée de 22 pièces dont les formes complexes ont nécessité 310 heures de fabrication. Résultant d’une recherche expérimentale pionnière, ce procédé de fabrication est utilisé notamment dans l’industrie de la défense et aéronautique.

« J’essaie de créer un univers dans lequel nous pouvons faire naître et grandir des formes, comme en pleine nature ». ( Mathias Bengtsson)

Artistes et designers mettent ainsi l’accent sur les finitions et la finesse des détails, plutôt que sur les performances. Un travail manuel qui aide, complète, amplifie, améliore, et soutient le travail de la machine en affinant les textures, en jouant sur des effets de brillance ou en créant une nouvelle tactilité.