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Jan 18, 2017Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy et Mai Nguyen

La Belle au bois dormant, Aladdin ou Blanche-Neige ne font plus rêver. En effet, quand les deux linguistes Carmen Fought du Pitzer Collegue et Karen Eisenhauer de l’Université d’Etat en Caroline du Nord se sont penchées sur les dialogues des films d’animation Disney, elles ont découvert que 60% des compliments adressés aux personnages féminins étaient basés sur leur apparence physique contre seulement 9% sur leurs compétences ou habilités.  Pourtant, l’image véhiculée par les dessins animés, les catalogues de jouets ou les livres impacterait les enfants sur le long terme.

Mais comment les plus petits appréhendent-ils la question du genre ? Que signifie être une fille ou un garçon pour eux ? Au delà des questions sociologiques et pédagogiques, ce débat questionne l’approche « genrée » des marques pour enfants. Codes couleurs, graphismes, collections unisexes…Quelques initiatives tentent d’apporter un début de réponse.

Les questions autour du genre animent médias et réseaux sociaux mais ils sont peu nombreux à s’intéresser aux plus jeunes générations. Pourtant, la question de l’appartenance à un genre semble se définir bien avant l’adolescence.

Le National Geographic l’a bien compris en interviewant 80 enfants âgés de 9 à 13 ans venant des quatre coins du monde dans un numéro spécial de janvier, intitulé « The Gender Revolution ». En choisissant la jeune américaine Avery Jackson, 9 ans et transsexuelle, pour la couverture de l’édition US, le magazine tente de bousculer les mentalités. Avec succès, puisque l’histoire d’Avery a été relayée dans de nombreux médias, suscitant de vives réactions. Marie-Claire, en 2015, avait publié le témoigne émouvant du jeune Jim, né Pauline. Les exemples d’enfants souffrant de dysphorie du genre se multiplient mais ce phénomène encore nouveau occupe pour la première fois la Une d’un média.

 

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50% des hommes et 48% des femmes jouent à des jeux vidéo. Pourtant, 60% des Américains pensent que le « gaming » est une activité masculine. Pew Research Center Survey, 2015

En Angleterre, un livre expliquant la transsexualité aux enfants (« Can I tell you about gender diversity » de CJ Atkinson) va être envoyé à plus de 100 écoles et sème déjà la panique. Kit, le héros, y explique son changement de sexe. Attaquée par les journalistes du Daily Mail qui y voient un moyen de semer le doute chez les enfants, l’auteure a répondu à The Guardian : « l’objectif est de faire connaître ce qui existe déjà ».

En Suède, la pédagogie du neutre est déjà appliquée dans une dizaine d’écoles primaires. Là bas, les célèbres contes des frères Grim ont laissé place à Kivi et Monsterdog, jeune héros dont le genre n’est jamais spécifié.*

* Selon le rapport Global Gender Gap 2016 du Forum économique mondial, l’Islande, la Finlande, la Norvège et la Suède sont les pays qui parviennent le mieux à réduire le fossé qui sépare les hommes et les femmes en termes d’égalité sur le plan de l’éducation, de la santé, de l’économie et de la politique.

Dans les salles obscures depuis le 11 janvier, le film de la jeune réalisatrice Anna Rose Holmer (primé au Festival de Deauville) nous plonge dans le monde tourbillonnant des pré-ados. The Fits met en scène Toni, boxeuse âgée de 11 ans, qui se questionne sur la puberté, son corps et son genre.

« Dans le film, cette question est traitée de manière assez comique, comme si le monde des garçons et celui des filles étaient scindés et regroupés dans deux pièces différentes. Tony se retrouve à faire des allers-retours entre ces deux espaces et plus le film avance plus ces deux espaces se rejoignent, fusionnent. Elle pense qu’elle doit faire un choix entre les deux mais au final l’idée est que ces deux espaces convergent, s’équilibrent et ne forment plus qu’un espace.» (Anna Rose Holmer, interviewée par I-D)

 

Certains créateurs de mode s’intéressent également au genre chez les enfants pour créer leurs collections, bousculant ainsi les codes établis.

S'affranchir du genre par la couleur

La distinction entre fille et garçon par la couleur n’apparait qu’après la Première Guerre mondiale. Le rose a d’ailleurs longtemps été considéré comme une couleur plus affirmée et par conséquent plus adaptée au tempérament des garçons, quand le bleu ciel plus délicat et gracieux était la couleur des filles.

L’idée même de donner un genre aux couleurs pourrait avoir des répercussions sur la vision stéréotypée de chaque sexe (ses attributs, son rôle dans la société et ses capacités physiques et intellectuelles, puis professionnelles).

Certaines marques comme Quirkie Kids ou Handsome in Pink ont décidé de renverser la tendance. Dans leurs collections, le rose ou le violet ne sont pas des couleurs plus genrées que le vert, le bleu ou le jaune.

C’est la même approche que nous adoptons dans le thème TENDRES CANAILLES du dernier cahier Kids FW 18-19 :  les garçons aiment autant le rose que les autres couleurs !

Revenir à des collections unisexes

« Gender-free », « no-gender », « gender-neutral », les termes utilisés pour décrire ces nouvelles collections de vêtements pour enfants ne manquent pas dans le vocabulaire anglais, contrairement au français. Et pour cause, les marques qui portent l’étendard de la revendication du « agender fashion for kids » sont pour la plupart anglo-saxonnes ou scandinaves. Celles-ci se concentrent sur un vestiaire simple, pratique, confortable, bien coupé, issu de l’« active wear » : sweat, jogging, leggings, tee-shirts.

Les graphismes et imprimés sont également au cœur du renouveau de la mode enfantine. Beaucoup de marques « engagées » soulignent le fait qu’il n’y ait pas de sujets proprement masculins ou féminins. Pourquoi une petite fille ne pourrait elle pas aimer les robots, porter des robes de bricolage (comme dans les collections de Princess Free Zone) ou se passionner pour les trains ? Dinosaures, insectes, planètes, astronautes… autant de thèmes graphiques qui ne sont pas réservés qu’aux garçons.

Ces marques tentent de créer un langage esthétique commun en imaginant de nouvelles associations : une robe bleue avec un imprimé voiture, un tee-shirt violet avec une moto rose, ou la combinaison surprenante d’éléments graphiques dissonants.

Mais s’il y a un côté « cool » aujourd’hui à être un garçon manqué, la réciproque est elle valable? Car la vraie nouveauté, même si elle reste pour l’instant isolée dans les collections, est bien de faire porter des robes tee-shirts et des leggings aux garçons, comme dans les collections de Gardner & the Gang. Une initiative qui reste encore loin des jupes et robes à volants.