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Singularities

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May 03, 2017Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Designers et artistes explorent de nouveaux mondes, challengeant les notions de verticalité et d’horizontalité. Œuvres sculpturales « mises à plat », redéfinition des modes de travail en version allongée, mondes renversés… L’actualité culturelle chamboule les lois de la gravité.

Lorsque Marcel Duchamp décide de clouer son porte-manteau au sol (« s’il veut rester sur le plancher et continuer à m’ennuyer, d’accord, je vais le clouer et il restera simplement là » expliqua l’artiste), il marque un tournant dans l’histoire de la sculpture, jusque-là marquée par la recherche de la verticalité et de la monumentalité.

C’est cette technique de « mise à plat » qu’explore la nouvelle exposition intitulée « A pied d’œuvre(s) », à la Monnaie de Paris. La Commissaire Camille Moreau y présente les œuvres couchées d’un grand nombre d’artistes contemporains, de Marcel Duchamp à Giacometti ou encore Yves Klein. Le parcours surprenant que propose la Monnaie de Paris perturbe l’espace d’exposition mais aussi les habitudes du visiteur, habitué à scruter les murs du Musée plutôt que d’en admirer les sols.

Cette exposition inédite s’inscrit dans la programmation des 40 ans du Centre Pompidou, qui prête pour l’occasion ses œuvres à de nombreux musées français. Avec « A pied d’œuvre(s) », l’art s’élève sans jamais quitter le sol.

Mais c’est du côté de Venise que les boussoles s’affolent. Statues renversées, épave endormie, mondes engloutis : Damien Hirst dévoile dans la Cité des Doges son projet le plus fou. Avec « Les trésors de l’épave de l’Incroyable », l’artiste fait sauter nos repères temporels et spatiaux classiques et nous indique un nouveau Nord fantasque.  Ses créations occupent de façon grandiloquente l’espace du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana. Dix années auront été nécessaires au britannique pour produire cette exposition, dans le plus grand secret.

 

 

A mi-chemin entre fiction et réalité, monde antique et monde moderne, verticalité et horizontalité, l’exposition est renversante. On y découvre pas moins de 400 œuvres, sensées composer le trésor enfoui d’un navire antique, ayant connu un naufrage au large des côtes de l’Afrique Orientale.

On passe du gigantisme du Demon with a bowl au caractère endormi des bustes renversés recouverts de corail. Damien Hirst perturbe aussi le cours du temps, lorsque les déesses prennent les traits de Rihanna et la statue de Pharaon ceux de Pharrell Williams.

Lors de la Biennale Internationale du Design de Saint Etienne, consacrée aux nouveaux modes de travail, les designers Ju Huyn Lee et Ludovic Burel présentaient une mise en scène du « travailleur horizontal ». Cette vision postfordiste et futuriste du travailleur impose l’horizontalité comme nouveau modèle. Plus besoin de se lever de son lit pour consulter ses mails, assister à une conférence ou répondre au téléphone. Le salarié passerait ainsi de sa position actuelle – verticale – à une autre, 100% horizontale.

Les deux artistes théoriciens poussent ainsi les visiteurs à s’interroger sur l’influence grandissante des nouvelles technologies sur notre vie professionnelle.  On peut y voir aussi une disparition des relations verticales et de la hiérarchie, pour une organisation du travail plus collaborative.