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Sep 29, 2016Julie Dao Duy

L’univers de la danse n’en finit pas de gagner en popularité. Alors que Jacquemus signe sa dernière campagne publicitaire avec le chorégraphe Willi Dorner, la maison Kenzo a récemment dévoilé une vidéo explosive pour le lancement du nouveau parfum Kenzo World, réalisée par Spike Jonze aux côtés du chorégraphe Ryan Heffington, également à l’origine des clips Elastic Heart et Chandelier de Sia mettant en scène la jeune danseuse Maddie Ziegler.

Dans les salles obscures depuis le 28 septembre, « La Danseuse » retrace le parcours de Loïe Fuller, pionnière américaine de la danse moderne au début du XXe siècle. Ce premier long métrage de la réalisatrice Stéphanie Di Giusto, présenté dans la section Un certain regard au festival de Cannes, met en scène Lily-Rose Depp dans le rôle de Isadora Duncan, et Soko dans celui de Loïe Fuller. Surnommée la « Fée lumière », cette danseuse célèbre à la fin du XIXe siècle à Paris, muse de l’Art nouveau et des symbolistes, imaginait des chorégraphies inédites enveloppée dans de longs voiles sur lesquels étaient projetés des lumières multicolores.

En parallèle, cet automne, plusieurs grandes institutions muséales, du Louvre au Palais de Tokyo en passant par le Centre Pompidou Metz, mettent à l’honneur cet art vivant, explorant le corps en mouvement et ses multiples représentations visuelles. Focus sur ces grandes rétrospectives qui ouvrent leurs portes simultanément aux quatre coins de l’Hexagone.

 

L’ART DU MOUVEMENT

Au début du XXe siècle, le succès de Loïe Fuller, des Ballets russes et d’Isadora Duncan, avec la naissance de la «danse libre» en rupture avec le ballet classique, propulse cet art sur le devant de la scène en annonçant les prémices de la danse moderne.

La Petite Galerie du Louvre s’intéresse à la représentation du mouvement de l’Antiquité au début du XXème siècle. Conçue en collaboration avec le chorégraphe Benjamin Millepied, cette exposition met en parallèle art chorégraphique et art visuel, en présentant un parcours ponctué par les œuvres de Degas, appelé le « peintre des danseuses », Rodin, les frères Lumière ou Rubens, qui se sont largement inspirés du monde de la danse.

« Corps en mouvement. La danse au musée », du 6 octobre 2016 au 2 juillet 2017, à la Petite Galerie du Musée du Louvre

En écho à la Biennale de la danse, la nouvelle exposition du Musée des Confluences de Lyon, intitulée « Corps rebelles », explore l’histoire de la danse au XXe siècle et l’évolution du regard sur le corps.

Reflet de notre époque et de ses bouleversements, la danse contemporaine entretient un lien intime avec nos sociétés. Cette exposition sensorielle et immersive, qui se visite avec un casque sur les oreilles, s’organise en six thèmes : danse virtuose, vulnérable, politique ou d’ailleurs, présentant le travail de chorégraphes tels que Louise Lecavalier, François Chaignaud, Raphaëlle Delaunay ou Mourad Merzouki tandis qu’un atelier intitulé « Danser Joe » invite les visiteurs à une expérience participative imaginée par Moment Factory, d’après l’œuvre de Jean-Pierre Perreault.

Le Sacre du printemps, créé en 1913 sur une composition musicale de Stravinsky, a fait l’objet de plus de 250 réinterprétations. Questionnant l’interprétation et la mémoire, « Corps rebelles » présente, autour d’un même extrait musical, huit versions créées par Vaslav Nijinski, Maurice Béjart ou encore Pina Bausch : que reste-t-il de la chorégraphie originelle de Nijinski ? Comment transmettre un geste ?

« Corps rebelles », du 13 septembre 2016 au 5 mars 2017, au Musée des Confluences de Lyon

CHOREGRAPHES A L’HONNEUR

L’artiste allemand Oskar Schlemmer, qui révolutionna l’art de la danse en plaçant l’étude du corps au cœur de sa réflexion artistique, fait l’objet d’une vaste rétrospective au Centre Pompidou-Metz.

Homme de théâtre, danseur, metteur en scène, chorégraphe, mais aussi peintre et sculpteur, cet artiste protéiforme a largement influencé l’art de la performance. Egalement professeur, Oskar Schlemmer exerça essentiellement son activité au Bauhaus où, engagé en 1920 comme «maître des formes » de l’atelier de sculpture, il devint directeur de l’atelier de théâtre, après le départ de Lothar Shreyer en 1923.

Aux frontières de l’art et de la danse, cette exposition propose documents d’époque, dessins, graphiques, costumes, masques, sculptures, peintures, films ou affiches illustrant la richesse et la créativité de l’œuvre d’Oskar Schlemmer, créateur, entre autres, du Ballet triadique.

« Oskar Schlemmer. L’homme qui danse », du 13 octobre 2016 au 16 janvier 2017, au Centre Pompidou-Metz.

Invitée d’honneur de la 45e édition du festival d’automne, Lucinda Childs s’expose au Centre National de la Danse et à la Galerie Thaddaeus Ropac à Pantin. L’occasion de re(découvrir) l’oeuvre et le parcours de cette icône de la danse postmoderne, qui a métamorphosé l’art chorégraphique du XXe siècle avec une approche pluridisciplinaire associée au mouvement minimaliste en musique.

Des premières pièces créées à la Judson Church dans les années 1960 jusqu’à Description (of a description) datant de 2000 – solo encore interprété par Lucinda Childs aujourd’hui, l’exposition  réunit archives inédites, partitions chorégraphiques ou documents réalisés par les artistes avec lesquels elle a travaillé comme Robert Mapplethorpe ou Robert Wilson. A découvrir à la Galerie Thaddaeus Ropac, les travaux graphiques de Lucinda Childs et de Sol LeWitt qui ont collaboré sur « Dance », mis en musique par Philip Glass.

« Lucinda Childs, Nothing personal 1963-1989 », au Centre National de la Danse, du 24 septembre au 17 décembre et à la Galerie Thaddaeus Ropac, à Pantin, du 24 septembre au 7 janvier

Carte blanche à Tino Sehgal

Après Philippe Parreno en 2013, le Palais de Tokyo donne carte blanche à Tino Sehgal, figure majeure de la scène artistique internationale auréolé du Lion d’or de la Biennale de Venise en 2013. Pour ce gigantesque projet d’art vivant mêlant expérience individuelle et collective, les 13 000 m2 de surface d’exposition du Palais de Tokyo sont investis par un ensemble d’oeuvres, dont une sélection de pièces phares de Sehgal, accompagnée de celles d’artistes invités. Celles-ci interagissent les unes avec les autres, dans la continuité des précédentes expériences au Martin Gropius Bau à Berlin en 2015 ou à Marrakech en 2016.

Jusqu’au 9 octobre 2016, Tino Sehgal collabore également avec les danseurs du Ballet de l’Opéra, mettant en scène quatre de ses créations dans les espaces publics du Palais Garnier, en résonnance avec la présentation d’œuvres des chorégraphes William Forsythe, Justin Peck et Crystal Pite.

L’art immatériel de Tino Sehgal bouleverse les codes habituels de l’exposition muséale, en questionnant la définition de l’œuvre. Invité sur la place Jemaa el-Fna par la commissaire d’exposition Mouna Mekouar, l’artiste anglo-allemand d’origine indienne a imaginé une pièce chorégraphiée mettant l’accent sur la dimension émotionnelle et esthétique. Sehgal, qui collabore régulièrement avec une troupe de danseurs, place le corps humain et l’échange au cœur de son travail pour créer une série de « situations construites » invitant les visiteurs à devenir partie prenante de ses oeuvres.

Tino Sehgal, du 12 octobre au 18 décembre 2016, au Palais de Tokyo & « Sehgal / Peck / Pite / Forsythe », du 26 septembre au 9 octobre 2016, au Palais Garnier