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Mar 23, 2016Rémi Le Masson

« Chaque jour, c’est presque la moitié de la population qui est en jean » reportent les anthropologistes Daniel Miller et Sophie Woodward . Résistant, facile à nettoyer, le denim est a l’origine utilisé pour la fabrique d’uniformes de travail. En 200 ans, son évolution est fulgurante : du vêtement confortable et pratique a la tenue chic pour partir en soirée, le jean s’impose même aujourd’hui sur les podiums.

Considéré à ses début comme un vêtement d’homme, il s’est vite assexué et est devenu un symbole de rébellion, de jeunesse, un gage de « cool » en écho à « l’american spirit ».

Autant symbole bourgeois qu’ouvrier, les industries du cinéma et de la musique se l’arrachent. Plus qu’un produit il represente une certaine forme de liberté.

Le journaliste James Sullivan soulignera  que « l‘industrie du jean est la première à reconnaître que le jean se vend autant comme une idée qu’un produit lui même ».

 

A l’origine du denim : le workwear

En 1873 nait le 501, le tout premier modèle Levis, internationalement reconnu comme étant LE premier blue jean. Les techniques de fabrication de la toile ainsi que sa fameuse teinte indigo sont devenus les éléments clés de sa notoriété.

Puis, la première guerre mondiale, le denim habille la ‘Woman’s land army of America ». Connues sous le nom des ‘farmerettes’ ces femmes-soldats revêtent fièrement leur uniforme en jean sur les affiches de propagande.

Du workwear au daywear

Au lendemain de la premiere guerre mondiale, « simplicité et fonctionnalité sont les mots clés qui déterminent la mode de l’époque » selon l’historienne Birgit Haase.

C’est certainement la raison pour laquelle le denim commence à faire son apparition dans la vie de tous les jours.

Ensemble féminin en lin et denim, veste ajustée à la taille et jupe jusqu’aux chevilles : le denim se « stylise », même en workwear, et adopte les tendances fashion de l’après-guerre, tout en conservant son atout premier : la practicité.  La chemise en chambray (tissu très proche qui imite le denim en plus léger), ou « blue collar » devient le symbole de la working class.

 

La Navy adopte elle aussi le denim pour les uniformes de ses matelots. Dans les années 60, les hippies, qui racheteront ses ensembles dans les magasins de surplus militaire, populariseront la mode du patte d’eph en denim.

En passant par les podiums

Les premiers créateurs s’emparent du denim dans les années 90. Jean Paul Gauthier fait partie de ces précurseurs. Il apparaîtra ensuite dans de nombreuses collections de prêt à porter.

Hussein Chalayan utilise par exemple le denim en 1999 pour sa collection « Echoform », en hommage à la mémoire et au souvenir.

7 For All Mankind (7FAM) est la première marque à proposer un jean basique qui dépasse les 100dollars. ACNE le transforme ensuite en basique de luxe, durable.

 

Plus de loisirs, plus de liberté

Plus qu’un produit du quotidien ou objet de luxe et de désir, le denim a aussi investi un tout autre terrain : celui du loisir.

Des vêtements fluides, pratiques et adaptés à des activités variées : tennis, bateau, sports de plage…les ensembles « play » en denim deviennent la tenue idéale des Américains en weekend dans les années 30.

Le denim s’impose aussi aux Etats Unis comme la tenue idéale des hommes travaillant dans les ranchs. La célèbre chemise en jean est alors portée par les amateurs de rodéo et les jeans prennent même le nom de « cowboy pants ».

 

Le denim devient un symbole de liberté et d’émancipation pour les femmes qui se l’approprient : pendant la deuxième guerre mondiale elles remplacent les hommes et portent l’uniforme en denim. Elles décident ensuite de le garder. Une adaptation à la mode mais tout confort pour tenir la maison.

Denim reputation

La « filmographie » du denim aux Etats Unis (« The Wild One », « Rebel without a cause ») a popularisé l’idée d’un jean porté par de jeunes délinquants, errants dans les suburbs des grandes villes américaines.

Ce problème de popularité dans les années 50 est vite oublié grâce au « Denim Council » (un groupe de producteurs de la célèbre toile). Grâce à une série de cartoons, ils ré-enchantent le denim, par son histoire, ses héros, son côté romantique.

L’esprit rebelle du denim ne meurt pas pour autant, il s’illustre aujourdhui dans des styles beaucoup plus hip hop, voire même bling.