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Singularities

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Mar 29, 2017Julie Dao Duy

Du fait de la récession économique et de la crise politique qui secouent le pays, la Fashion Week de Sao Paulo a opté pour une certaine stratégie commerciale afin relever les défis qui s’imposent à elle.  Regrettant le déclin de la prospérité tout en rêvant de tout reprendre à zéro en vue d’un avenir plus serein, luttant pour l’égalité des genres et des droits sociaux, découvrant des perspectives, explorant de nouvelles ressources médiatiques, cette 43è édition de la SPFW a cherché comment réinventer la mode au Brésil. Pour alimenter davantage le débat, et encourager l’insertion sociale, la pérennité des actions engagées et les collaborations, le Project Estufa (une plate-forme d’économie créative), a fait partie des initiatives organisées pour encourager les rencontres, les défilés de mode mettant en scène de nouveaux talents, et les tables rondes en dehors des podiums des grands défilés.

L’équipe brésilienne de PeclersParis a assisté à la SPFW43, qui se déroulait au Pavillon de la biennale, conçu par Oscar Niemeyer, pour vous dévoiler les nouvelles tendances.

Black & white

La crise qui secoue la société brésilienne continue de faire des dégâts : après la destitution du président en 2016, les institutions suscitent de plus en plus la méfiance, les scandales liés à la corruption et les mouvements de protestation se multiplient, l’instabilité économique s’installe… Tous ces événements ont signé la fin d’un chapitre prospère de l’histoire du pays.

Cette morosité se traduit par des total-looks noirs, présents dans la plupart des collections – qui contrastent singulièrement avec les tenues bigarrées et les imprimés extravagants auxquels les brésiliens nous ont habitués. On aperçoit également des tenues intégralement blanches, symboles de renouveau, de paix et de prospérité pour une culture et une religion qui influencent directement le dress code brésilien.

Retrouver l'identité brésilienne

Un peu de folklore, quelques archives familiales, des liens culturels ancestraux avec les personnes et la nature… Voilà sur quoi se basent les designers travaillant sur une approche moderne de l’identité brésilienne, loin des clichés tropicaux et de l’eurocentrisme.

Isabela Capeto s’est réappropriée des imprimés et tissus originaires du nord-est du Brésil, Sissa s’est inspirée de ses origines africaines, et Fabiana Milazzo a créé une collection emblématique des cultures de ce gigantesque pays, utilisant notamment des matériaux fabriqués de manière artisanale dans des coopératives. LAB, pour sa part, a rendu hommage à une brodeuse originaire de la banlieue de São Paulo (et mère de l’un des designers) avec des pièces portées par des mannequins représentant la diversité ethnique du Brésil, sur une musique Samba traditionnelle.

Se libérer pour mieux se révéler

Il a beaucoup été question, sur certaines silhouettes, d’égalité des genres, d’appropriation de son propre corps et de liberté. Les coupes étaient insolentes, les vêtements fendus à des endroits inattendus, la transparence était de mise, certaines parties du corps se sont retrouvées mises à nue et maquillées.

Lino Villaventura a parfaitement illustré cette tendance, avec un masque-capuche dont la fermeture éclair a été baissée en plein show pour dévoiler le visage du modèle. Animale a opté pour des pièces longues, mais élégamment fendues, tandis qu’A La Garçonne et Ellus se sont laissés griser par la nudité. Influencé par la nouvelle vague féministe dont le monde entier est témoin, Amir Slama a innové avec des slogans féministes écrits avec une encre spéciale  sur le corps des mannequins, et dévoilés à la lumière des flashs des photographes.

Pluri-médias

Raconter une histoire est l’occasion d’adopter de nouveaux outils et de partir à la découverte de nouveaux médias. Ainsi, on se sert de la technologie, de l’interaction et du direct pour rendre un événement plus pertinent ou plus créatif.

C’est sur un piano en carton, réalisé sur mesure, que la collection “cirque” d’Amapô a été présentée, tandis qu’un duo composé d’un chanteur et d’un pianiste jazz assurait la bande son.  Oskar Metsavaht, quant à lui, a mis l’Islande sur le devant de la scène grâce à une collection inspirée des repérages qu’il a effectués pour le film “Soundtrack”. Après le visionnage de la bande annonce, les mannequins ont défilé sur la musique (et les dialogues) du film. Mais c’est Reserva qui a réellement marqué les esprits avec une immersion interactive sensorielle (concert de musique live façon “brass band”, bar, retransmission en direct sur le web, interaction avec les mannequins) qui s’est terminée par une pluie de selfies digne d’un épisode de Black Mirror.

PAUSE & RELAX

Si certains ont choisi des concepts multimédia ultra connectés, d’autres ont opté pour une approche plus délicate de la mode, en misant sur la légèreté et la pleine conscience. L’idée centrale, c’est le confort : une pause méditative, qui se traduit par l’emploi de fibres naturelles, de tissus plus doux ou moelleux, de couleurs unies “non polluées”, et le recours à des coupes moins ajustées.
UMA a choisi d’étudier le rapport au temps et l’importance du moment présent. Cotton Project a proposé une société utopique qui prend la relaxation autant au sérieux que la nutrition. A. Niemeyer, pour sa part, s’est inspiré du silence du désert et de la toundra pour suggérer une pause thé, dans le but d’évacuer les excès et l’angoisse artificielle de la vie d’aujourd’hui.