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Jan 17, 2018Rémi Le Masson

Par Julie Dao Duy

Quels sont les enjeux pour l’intelligence artificielle en 2018 ?

Les publications récentes du CNIL mais aussi de Bloomberg dressent une image de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies pas toujours user-friendly. Celles-ci continuent de susciter une part d’appréhension, sentiment largement véhiculé auprès du grand public par le cinéma, mais aussi par les séries télévisées, à l’image de Black Mirror. Pourtant, les innovations technologiques offrent aux marques un nouveau terrain d’expression et d’expérimentation, qui peut valoriser et même développer leurs initiatives responsables ou leur engagement citoyen.

À l’heure où les innovations du très attendu Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas font la Une des médias, la tech, mise au service des marques, révèle un nouveau visage. Exit la diabolisation des machines, aujourd’hui elle permet même aux marques de défendre leurs valeurs. Un moyen pertinent de faire rimer technologie avec éthique.

Les technologies, entre science-fiction et divin

Dans son rapport du 15 décembre 2017, intitulé « Comment permettre à l’Homme de garder la main ? Rapport sur les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle », la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) propose un panorama des enjeux soulevés par cette question, au moment où les gouvernements européens doivent se positionner. Le monde numérique s’est développé à toutes les strates de notre société, contrôlant un nombre incalculable de données. C’est leur usage qui soulève désormais de multiples questions. De janvier à octobre 2017, 3000 personnes ont été interrogées lors d’un débat public à travers la France.

Deux principes à suivre, fondateurs selon la CNIL, ressortent de ces discussions : le principe de loyauté (envers les utilisateurs) et le principe de vigilance (ces algorithmes et leur utilisation doivent être sans cesse remis en question). En imposant une éthique aux algorithmes, la CNIL souhaite ainsi les rendre plus humains et cherche à éviter qu’ils aient une influence négative sur la société.

Une crainte partagée par l’agence de presse Bloomberg, qui chaque année publie son guide du futur : le « Pessimist Guide 2018 – 2028 ». Ces prédictions, souvent dramatiques, ont pour objectif justement de « faire peur » et de pousser les individus à réagir face à certains scénarii catastrophes (au nombre de dix).

Cette année, parmi eux, la crainte d’une cyberattaque à l’échelle mondiale et l’adoption de la technologie des blockchains par les banques centrales, qui mettrait fin au système des banques actuelles au profit d’un échange de monnaies virtuelles.  Un vrai roman sci-fi, en quelque sorte, étonnement réaliste.

 

D’autres ont carrément décidé d’ériger l’intelligence artificielle en véritable religion. C’est l’idée d’Anthony Levandowski, ancien ingénieur de Google, qui a créé une église en l’honneur des machines (sorte de communauté de fidèles). Baptisée « Way of the Future », ce club de réflexion a pour objectif de « vénérer un principe divin fondé sur l’intelligence artificielle qui se développe par les biais des logiciels et matériels informatiques ».

L’ingénieur, selon le site Black Channel qui l’a interviewé, est persuadé qu’un jour l’IA dépassera les êtres humains, lui conférant ainsi un statut de « divinité » : « si l’on est face à quelque chose qui est un milliard de fois plus intelligent que le plus intelligent d’entre nous, quel autre nom allons-nous lui donner ? » explique-t-il.

Vénérée, ou crainte, la technologie de pointe pourrait cependant servir des desseins bien plus terre à terre et « humains » ; comme la sécurité routière, la sensibilisation du cancer de la peau, la solidarité ou encore la prévention des risques au travail. Une utilisation pertinente pour les marques, qui s’imposent ainsi comme des acteurs responsables & bien ancrés dans leur temps.

Sensibiliser aux dangers de la route

D’un côté, Uber, qui a révolutionné les transports, et de l’autre, Ford, le géant automobile américain : ces deux entreprises, à l’histoire et aux profils très différents, ont décidé de se servir de nouvelles technologies pour sensibiliser leurs clients à la sécurité routière.

C’est l’agence Ogilvy & Mather à Tokyo qui a proposé un partenariat entre la start-up tech de Fukushima Eyes Japan et la célèbre application UberEats. Tous les vélos de l’entreprise ont été doté d’un système de Gyrokinetic LED, qui, une fois la roue en mouvement, créent un écran digital sur lequel sont diffusés des messages de prévention, tels que « See me », « Give me space » ou « Care for me ». Intitulée « Care for everyone » cette campagne lancée fin 2017 souhaite sensibiliser la population des grandes villes aux dangers de la route, et surtout prévenir les accidents entre automobilistes et cyclistes.

Quant à Ford, c’est pour la sécurité des professionnels de la route que l’entreprise américaine a décidé d’investir. En effet, dans le classement des causes d’accidents routiers, la somnolence arrive dans le peloton de tête, avec l’alcool et la vitesse. Ford a donc présenté son prototype de casquette connectée, la Safe Cap, qui détecte les premiers signes d’endormissement.

Composée d’un accéléromètre, d’un gyroscope et surtout d’un algorithme capable de repérer les mouvements de tête suspects, cette casquette émet des sons et vibrations qui signalent au chauffeur qu’il est temps de se reposer. Testée actuellement en Amérique Latine auprès des routiers, cette innovation pourrait être plus largement diffusée.

Prévenir et protéger la santé des consommateurs

Pour L’Oréal et Caterpillar, la nouvelle technologie permet aussi de prévenir les consommateurs des dangers d’une surexposition au soleil ou encore d’éviter les accidents au travail.

L’Oréal, sous la marque Roche Posay, a dévoilé lors du CES, le grand salon de l’électronique, qui s’est tenu du 9 au 12 janvier à Las Vegas, sa dernière pépite technologique : le UV SENSE. Cette petite pastille qui se pose sur l’ongle, au design épuré, est en réalité un patch connecté qui mesure l’exposition UV.

Suite à l’augmentation de mélanomes et donc des cancers de la peau, L’Oreal Technology a décidé d’investir dans une technologie de pointe au service de la détection et de la prévention des risques. Après un premier test en 2016 avec la diffusion d’un patch peu esthétique et à la durée de vie limitée, l’entreprise revient sur le devant de la scène avec une solution discrète, connectée et sans batterie (3 mois de vie). Rayons UV, taux de pollution…de nombreuses données sont collectées et transmises au smartphone de l’utilisateur.

C’est aussi lors du CES qu’a été révélée la dernière innovation de la start-up française Zhor Tech. Cette dernière a mis au point des semelles connectées, composées de multiples capteurs qui analysent, grâce à des algorithmes, le niveau de fatigue, les vibrations, les mauvaises postures ou encore le nombre de pas.

Cette semelle devrait être proposée dans un premier temps aux fabricants de chaussures de sécurité, mais pourquoi pas plus largement aux fabricants de chaussures classiques. Caterpillar, qui collabore déjà avec Zhor Tech, est d’ores et déjà intéressé.

Favoriser l’échange et le partage

La tendance actuelle au « tout numérique » divise la population, entre partisans d’une vie connectée et défenseurs du partage et de l’échange, dans la vie réelle. Pourtant, certaines innovations technologiques replacent l’humain au cœur du progrès. Les initiatives d’Orange Espagne et de KLM par exemple, apportent en effet la preuve que la technologie peut recréer du lien social.

En Espagne, Orange a décidé d’offrir un an d’accès gratuit aux familles les plus défavorisées. L’entreprise a développé avec la collaboration de l’association Gigas Solidarios, un système permettant aux consommateurs de faire des dons de data non utilisée. Ces quelques gigas collectés sont ainsi redistribués aux familles avec des enfants en âge de faire des études, et qui en ont donc crucialement besoin. Lancée à la fin 2017, cette initiative a déjà permis d’aider 500 familles.

Autre initiative qui favorise elle aussi le partage, le groupe aérien KLM a mis à disposition des passagers en décembre à l’aéroport d’Amsterdam ses « Connecting Seats ». Dotés de microphones, de hauts parleurs et de la technologie de Google Cloud Speech, les passagers en transit étaient invités à s’assoir et discuter avec quelqu’un de nationalité et de langue différente. La traduction en temps réel a permis un moment unique de partage.

Si la communauté tech s’intéresse de très près à ces questions de traduction en direct (comme les Pixel Buds de Google), c’est bien la première fois qu’elle est appliquée dans le monde réel par une entreprise. Et cette initiative fait sens, pour une compagnie aérienne qui « relie les gens entre eux » (« Bringing people together »).