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Singularities

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Sep 07, 2016Rémi Le Masson

Par Alexandre Morvan

Rendez-vous sur les îles de la mer intérieure de Seto pour découvrir le troisième opus de ce festival qui, depuis 2010, construit progressivement un archipel de l’art contemporain et de la culture au Japon. Cette nouvelle édition, qui se déploie sur une dizaine d’îles, a débuté cet été et se poursuivra du 8 octobre au 6 novembre 2016. Ici, la majeure partie des œuvres des précédentes manifestations est conservée de manière permanente, animant ainsi la vie des îles.

Printemps – Eté – Automne

L’une des singularités de cette triennale multidisciplinaire est de s’étendre sur trois saisons pour une durée d’un mois à chaque session. De nombreuses œuvres sont exposées en plein air, entourées de paysages, de couleurs et de lumières évoluant ainsi au fil du temps.

« Labyrinth of Cherry Blossom », nouveau bijou signé Tadao Ando, est un champ de cerisiers envisagé comme un espace de méditation et de relaxation pour les résidents de Naoshima et les visiteurs, révélant toute sa force visuelle et poétique au printemps.

Autre exemple, la Straw Art Team qui réalise sur l’île de Shodoshima, à l’automne, des œuvres de paille gigantesques au moment de la moisson.

Sur l’île de Megijima, l’artiste-jardinier Masashi Hirao explore et renouvelle la culture du bonsaï propre à la préfecture de Kagawa. Il propose trois expositions différentes au printemps, en été et à l’automne, pour chacun des temps de la Triennale, en harmonie avec le cycle de la nature.

Les « maisons-œuvres » (Art House Projects)

La Fondation Benesse est à l’origine du développement de l’art à Naoshima à partir des années 90 et des trois triennales successives. L’un de ses objectifs principaux est de revitaliser les communautés de ces îles vieillissantes à travers la culture et l’art.

 

De nombreux projets font la part belle à de grands noms de l’architecture, de Sanaa à Sou Fugimoto en passant par Tadao Ando, auquel l’île de Naoshima a dédié un musée en 2013, tandis qu’une série d’œuvres a été réalisée à partir des maisons des différentes îles.

Dans le petit village portuaire d’Honmura, à Naoshima, des artistes ont rénové habitations, commerces ou autels depuis la fin des années 90 pour les transformer en œuvres d’art.

Tatsuo Miyajima a ainsi réhabilité une maison vieille de 200 ans en collaboration avec les habitants de l’île. « Sea of Time », réalisée avec des compteurs à LED immergés dans une piscine peu profonde, dévoile une méditation sur le temps et l’espace.

Pour réaliser « Dreaming Tongue », Shinro Ohtake a transformé une ancienne clinique dentaire en maison composite, sorte de collage 3D composé de sculptures (une réplique de la Statue de la Liberté traverse l’intérieur de la maison), de néons et de divers matériaux de récupération.

Sur l’île de Teshima, située à 25 minutes de Naoshima en Ferry, plusieurs maisons ont été conçues sur le même principe.

Le projet de Tobias Rehberger, créé lors de la première Triennale à partir d’une maison abandonnée, est un café entièrement habillé de formes géométriques brouillant les repères visuels, la perception des volumes et de l’espace, en écho au mouvement Op Art. Cette œuvre est une version du café réalisé pour la biennale de Venise de 2009 qui lui avait valu un Lion d’or.

Plus récemment, l’agence de design et d’innovation Smiles: a conçu l’Hôtel Lemon à partir d’une maison à l’abandon. Ici, les clients de l’hôtel sont soumis à un certain nombre de règles performatives pour permettre une expérience humaine et empathique (exprimer sa gratitude, masser les épaules de ses aînés…) tandis que l’ensemble des tissus et revêtements ont été teints à partir des citrons produits sur l’île.

L’édifice imaginé par l’artiste Tadanori Yokoo et l’architecte Yuko Nagayama pour la seconde Setouchi Triennale, en 2013, est librement inspiré de « L’Ile des Morts », de Böcklin, abritant une série de symboles visuels liés à la vie et à la mort.

Enfin, sur l’île d’Ogijima, l’artiste Rikuji Makabe a récupéré des planches de bateaux et de bâtiments abandonnés pour décorer les murs du village principal, conférant une identité forte au lieu tout en réparant, à l’occasion, les murs de certaines maisons.

De nouvelles propositions architecturales pour la Triennale 2016, à Naoshima

Le nouveau centre Naoshima Hall, érigé au cœur du village par Hiroshi Sambuichi, a pour objectif d’animer la vie de la communauté, notamment autour d’événements sportifs ou culturels. L’architecte a passé 30 mois à analyser les conditions climatiques de l’île pour concevoir un bâtiment optimal en termes de circulation de l’air, offrant ainsi une « climatisation » naturelle de l’espace.

Le Naoshima Pavilion, élaboré par l’architecte Sou Fujimoto, est déjà l’une des pièces les plus emblématiques de l’île avec son impressionnante structure géométrique blanche en acier inoxydable. Sa forme légère et aérienne ressemble, la nuit, à un phare à l’aspect minéral, trônant en bordure du port de Miyanoura.

Le thème de la mémoire

Conçue comme un lieu de pèlerinage dans une forêt de l’île de Teshima, la nouvelle œuvre de Christian Boltanski baptisée « La Forêt des Murmures », se compose de 400 carillons accrochés aux arbres, disposant d’une feuille de papier sur lequel les visiteurs peuvent inscrire le nom d’une personne aimée disparue. Les sons émis ont pour vocation d’évoquer aux visiteurs la mémoire de ceux qui les ont quittés.

Cette œuvre a été conçue en dialogue avec une autre installation de Boltanski (réalisée pour la Triennale de 2010), « les Archives du Cœur », une bibliothèque à la fois lieu de diffusion et d’enregistrement des battements de cœur des visiteurs.

Pour cette édition 2016, Shinro Ohtake a lui aussi imaginé une œuvre autour de la mémoire, celle des activités passées de l’île, en plaçant au cœur d’une ancienne fabrique d’aiguilles une coque en bois qui servait autrefois à fabriquer les bateaux de pêche. Un hommage à l’industrie locale disparue formant un gigantesque et mystérieux ready-made.

Les œuvres de Boltanski et d’Ohtake font écho à celle de Mayumi Kuri, réalisée sur l’île d’Ogijima lors de la précédente Triennale. Pour concevoir cette installation à la fois fragile et monumentale, l’artiste a recueilli la mémoire et les histoires des habitants de l’île dans de petites bouteilles illuminées.

La Setouchi Triennale cet automne

Le programme d’automne, du 8 octobre au 6 novembre 2016, est riche en nouvelles propositions.

Dans une maison abandonnée sur l’île de Teshima, l’œuvre d’Anri Sala mixe vidéo, lumière et musique. Les installations des différentes pièces interagissent, donnant le sentiment aux visiteurs que la maison se meut tel un corps organique.

Sur l’île d’Inujima, l’architecte Kazyuo Sejima (SANAA) transforme un laboratoire de recherche désaffecté en jardin botanique. Cette réalisation s’inscrit dans le « Art House Project » d’Inujima débuté en 2010 sous la direction de Sejima et de la directrice artistique Yuko Hasegawa. Une initiative qui a pour ambition d’intégrer art et architecture dans les paysages et la vie quotidienne.

Dans ce contexte, Olafur Eliasson imagine une expérience immersive grâce à un dispositif de miroirs multiples.