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Singularities

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Feb 29, 2016Julie Dao Duy

Exit les attitudes powerful et les looks carapassés. Nonchalance, oisiveté et décontraction retrouvent leurs lettres de noblesse, et après le jogging (cf. le phénomène Athleisure), c’est au tour du pyjama de descendre dans la rue. Plus que jamais, la tendance est au lâcher-prise, mais sans laisser aller. Pourquoi ? Comment ? Décryptage et mode d’emploi d’une tendance à suivre de près…

Vie intime/sociale/professionnelle… Des frontières qui s’estompent

À l’image des bureaux Facebook ou Airbnb dont les photos ont fait le tour du monde, mais aussi des espaces de co-working qui fleurissent désormais dans toutes les grandes métropoles, codes statutaires et lieux de travail tendent aujourd’hui à se « cooliser » dans tous les sens du terme, laissant place à plus de confort, de détente et de créativité.

De son côté, le « home sweet home », traditionnellement lieu de l’intimité, tend à s’ouvrir au monde extérieur jusqu’à s’ériger en nouveau hub : créatif, festif, professionnel… Et parfois les trois à la fois !

Conséquence : entre d’un côté un monde du travail qui se déformalise, et de l’autre un « chez soi » qui se professionnalise, les frontières entre décontraction et représentation semblent bel et bien s’estomper, si ce n’est disparaître totalement, appelant un vestiaire repensé en conséquence.

Comme une pressante envie de ralentir…

À cela s’ajoute le fait que la philosophie « Slow » tend à envahir tous les pans de la vie quotidienne, remodelant en profondeur le paysage de la consommation, comme nous l’anticipions déjà dans les thèmes Refuser l’excès de notre cahier Futur(s) 14 et S’adonner à l’indulgence de notre cahier Futur(s) 15.

En effet, face aux dérives du court-termisme, au culte de la performance, mais aussi face aux sollicitations incessantes de nos smartphones, le ralentissement, le lâcher prise et la déconnexion s’érigent en véritables lifestyles : la notion de digital detox se popularise, le concept de JOMO (Joy of Missing Out) tend à remplacer celui de FOMO (Fear of Missing Out), la flânerie devient un loisir assumé, un symbole fort d’insoumission et d’affirmation de soi… Et le rituel de la sieste se démocratise, à l’image de la récente ouverture à Londres, d’un bar à sieste baptisé Sleeperie.

Le nightwear et le loungewear stars des podiums

Nonchalance, oisiveté et décontraction retrouvent ainsi leurs lettres de noblesse, jusqu’à monter sur les podiums. Mais contrairement aux saisons passées où la relâche attitude s’exprimait soit version 90’s grunge soit version athleisure, c’est du côté du pyjama et de sa langueur aristocratique que l’on puise désormais l’inspiration.

Déjà présente chez Rochas, Valentino, Céline et Balenciaga pour les collections d’été il y a quelques mois…

… Une tendance que l’on a pu retrouver plus récemment chez Vera Wang, Baja East, Nicholas K et Tommy Hilfiger lors de la dernière fashion week New Yorkaise où le néologisme Glammies (glamour + jammies, pyjama) a d’ailleurs été crée pour l’occasion : pyjamas, peignoirs et « slip dresses » s’assouplissent, s’enrichissent et se chicisent, les matières sont soyeuses, les motifs délicats… Le nightwear devient couture.

D’ailleurs, selon la bible Business of Fashion, les secteurs du nightwear et du loungewear de luxe connaitraient une croissance exponentielle depuis 2014. Et des marques telles que Stella McCartney ou Victoria Beckham, mais aussi Top Shop ou J.Crew, se développent de plus en plus sur ce segment.

De plus en plus de créateurs en font même leur unique sujet de prédilection. Ainsi, l’ancienne rédactrice du Vogue UK Raphaella Riboud a lancé une ligne de « private wear » chic, inspirée par les pyjamas en soie d’Yves Saint-Laurent dans les années 70. Praline le Moult de son côté, créatrice basée entre Paris, Vienne, Jaïpur et issue de la prestigieuse Saint Martins, a également créée sa marque de nightwear, artisanale, inspirée par les pyjamas que portait son arrière grand-père chasseur de papillons… Et la jeune marque belge Maison Marcy a construit sa renommée sur le « slumber wear » de luxe à porter dedans ou dehors, réalisé dans les meilleurs tissus italiens : popeline, satin de coton…

Sur quelle tendance miser ?

Véritable « fashion statement », le « nightwear as daywear » se démocratise et se décline sur de nombreux registres, mais alors sur quelle tendance miser dans les mois qui viennent ?

Vue notamment chez Nili Lotan et Jason Wu AW 16 mais aussi chez The Row SS16, c’est tout d’abord le retour de la « minimal sleepdress » : sans couleurs, sur soieries précieuses et satin fluide, un esprit lingerie chic et épurée hérité du mythique défilé Calvin Klein SS 1994. À porter dedans ou dehors, de nuit comme de jour, pour une allure à la fois nonchalante et dressy…

Deuxième direction, le loungewear bohème sous influence exotique : des volumes amples sous influences asiatiques (Vietnam, Inde…), des couleurs tendres et raffinées, des motifs délicats et luxuriants… Vue chez Gucci, Cade NYC, Nomia Outfit, Rodebjer, Rosetta Getty ou encore Marc Jacobs, une tendance que l’on retrouve d’ailleurs également côté déco à l’image de nouveaux lieux tels que l’Alcazar à Paris, nouvellement redécoré par l’architecte Laura Gonzales dans un esprit précieux et plantureux, ou encore l’AMC Privé situé à Singapour.

Version street et chatoyante enfin, à l’image des collections prefall de Baja East et de la jeune griffe Airam Sacul qui jouent le mélange des genres entre masculin-féminin, streetwear, couture et loungewear.