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Singularities

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Jul 19, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Si le désir de « coolisation » dans la mode n’est pas un phénomène nouveau, il est nécessaire aujourd’hui de renouveler les références à la pop culture, beaucoup trop attendues. En s’inspirant ou en collaborant avec artistes de nouveaux horizons les créateurs de mode cherchent à se démarquer, à faire la différence.

De Claire Barrow à Yuki Haze, en passant par Jon Booth ou encore Elyse Blackshaw ; un trait particulier se dégage. Il est « imparfait » voire amateur, naïf, et difficilement rattachable à un courant artistique particulier. Un style qui évoque l’idée de liberté, loin des parcours institutionnels et des vies bien rangées. C’est de l’ « école de la vie » que ces artistes se revendiquent. Et c’est bien ça qui intéressent la mode.

De Dubuffet à Claire Barrow et Yuki Haze

Ce trait amateur et un peu « dérangé » évoque l’art brut dont Jean Dubuffet est le fondateur. Une rétrospective de son œuvre vient d’ailleurs de s’achever à la Acquavella Gallery de New York. Son art, il le qualifiait lui même d’« autre » (« outsider art » en anglais ») et il milita activement à la reconnaissance des artistes « hors cadre » et des autodidactes, au style inclassable. Dubuffet collectionnait par ailleurs les œuvres réalisées par des malades mentaux.

Le beau et le laid, le bien et le mal, le propre et le sale…en s’affranchissant des normes esthétiques dites classiques, partagées par la majorité, Claire Barrow se veut elle aussi « hors cadre ». Les frontières entre l’art et la mode sont d’ailleurs assez floues chez la jeune artiste/créatrice londonienne. Ses dessins explicites au trait naïf parlent de sexe cru, exposent la violence, se moquent du consumérisme ambiant. Dans sa toute première exposition à la M Goldstein Gallery de Londres ( le vernissage a eu lieu mi-avril) , ses portraits naïfs voire primitifs se déroulent sur du papier toilette ou ornent un rideau de douche.

Cette esthétique destroy, trash et faussement amateur, Yuki Haze en a aussi fait sa signature. Dessinatrice, mais aussi créatrice et directrice artistique de son propre e-zine Ykeban, la jeune néerlandaise d’origine japonaise s’est fait remarquer avec ses blousons en cuir vintage customisés. Peints à la main, comme taggés, ils s’intitulent « on Hate » ou encore « on Anxiety ». Son esthétique néo-punk a tappé dans l’œil de la marque Made gold qui lui a demandé de customiser quelques unes de leurs pièces. Une collaboration qui les démarque clairement de leurs concurrents.

De Shrigley à Jon Booth et Elyse Blackshaw

David Shrigley a fait de ses dessins ultra-simplistes au discours explicite sa signature. L’artiste britannique, qui sera à l’honneur dès septembre au Rosa Art Museum dans le Massachussets mais aussi à Central Park où il inaugurera une sculpture géante intitulée « Memorial », se caractérise lui aussi par un trait amateur et des personnages naïfs, auxquels il ajoute une pointe d’humour acerbe. Son esthétique est aux antipodes d’un art conventionnel et léché. Le principe ? Un enfant aurait pu le dessiner (Le New York Times définit Shrigley comme le « maître du trait maladroit »).. Sauf que le message est loin d’être idiot. C’est cette attitude désinvolte et un peu provocante qu’ont adopté certains illustrateurs, aujourd’hui convoités par les créateurs de mode.

Jon Booth est l’un deux. Sa dernière collaboration pour Fendi a animé de visages étranges et colorés, comme faits à la pâte à modeler, les sacs de luxe de la maison italienne. Illustrateur et designeur textile, Jon Booth a déjà travaillé avec Zandra Rhodes et John Galliano et a aussi dessiné des motifs pour Ashish. Ses dessins prennent vie tant pendant les défilés que sur ses sculptures en céramique ou ses collages en papier maché. Intriguants, les visages d’hommes aux traits grossiers ne sont ni complètement enfantins, ni vraiment achevés. Comme coincés entre naïveté et dure réalité.

Récemment diplomée de la Manchester School of Art, Elyse Blackshaw s’inspire quant à elle des défilés, qu’elle croque d’une façon aussi naïve que trash. Au lieu de s’inspirer d’un style adolescent, elle imite carrément le trait enfantin: les personnages sont disproportionnés et caricaturés. Ses œuvres mélangent dessin, collage et broderie et ont déjà plu à Zandra Rhodes, Kitty Joseph ou Karolina York.