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Singularities

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Nov 25, 2015Julie Dao Duy

La 21ème rencontre pour la Conférence des Nations-Unies sur le Climat (COP21), qui se tiendra à Paris le 30 novembre prochain cristallise de nombreux espoirs et de nombreuses attentes, preuve que les consommateurs sont de plus en plus engagés dans les défis écologiques qui s’annoncent. Dans ce contexte, la théorie “cradle to cradle” qui hier encore ne représentait qu’une niche pour écologistes, tend à se démocratiser et à s’affirme comme un moyen concret d’agir pour la planète.

Ainsi récemment, San Francisco a annoncé sa volonté de devenir la première ville “zéro déchet”, en y systématisant le compost et le recyclage. En parralèle, la tendance de l’”upcycling” (ou “repurposing”) étend sa popularité grâce aux amateurs de DIY et aux nombreux ouvrages sur le sujet, tels que l’Upcyclist d’Antonia Edwards, un livre de design qui détourne et améliore les objets inutilisés.

Côté mode, certaines grandes enseignes passent à l’action : alors que la marque Suisse Freitag propose depuis déjà quelques mois une ligne de vêtements et d’accessoires 100% biodegradables, H&M a récemment lancé sa collection “close the loop” (“bouclez la boucle”) créée à partir de textile recyclé, récupéré via sa collecte de vêtements, le global Garment initiative. Et sa petite soeur “& Other Stories”  vient de lancer un service qui offre à ses clients 10% de reduction en échange de vieux vêtements… Une démarche qui s’appliquait d’ailleurs déjà aux produits cosmétiques de la marque depuis 2013.

Ainsi, et comme nous l’analysons d’ailleurs dans la macro-dynamique « se mobiliser pour notre planète » de notre cahier Futur(s) 15 :  que ce soit dans nos garde-robes ou nos assiettes, le mouvement du “cradle to cradle” prend de l’ampleur et entre dans une nouvelle ère, résolument désirable.

Faire les poubelles : un symbole positif

Comme nous l’évoquions déja dans notre article Génération Yum, l’intérêt pour le mouvement zéro-déchet, inspiré par le mouvement freegan (ou “déchétarien”) initié au milieu des années 90 aux États-Unis, prend aujourd’hui toujours plus d’ampleur et tend à se globaliser à l’heure où l’Amérique du Nord rejetterait chaque année à elle seule plus de 60 millions de tonnes de nourriture…

Dans le meme esprit que le pop-up restaurant “wastED” sur Blue Hill, le restaurant Royal Dinette à Vancouver a ouvert un pop-up dédié au zéro-gâchis, le “Ugly Duckling Dinner”, (le dinner du vilain petit canard), proposant des menus à base d’ingrédients récupérés. Lancé par David Gunawan, chef et propriétaire du Royal Dinette, le concept sensibilise les clients à la quantité de nourriture qui atterrit quotidiennement dans les décharges.

Même la France, pays de la haute gastronomie, emboîte le pas. Un restaurant parisien, le Freegan Pony, propose des repas préparés à partir des fruits et légumes jetés chaque jour à Rungis, le « plus grand marché du monde », tandis qu’un groupe d’étudiants du prestigieux institut culinaire Ferrandi crée des mets de haute cuisine dans un food truck baptisé Auparager (un mot de vieux français signifiant « sublimer »), en réutilisant les restes d’autres restaurants.

Les développeurs de logiciels proposent également de nombreuses solutions pour participer au mouvement zéro-déchet. Des applications aident à éliminer le gaspillage alimentaire, comme LeftoverSwap, qui permet de partager ses restes avec des inconnus : un concept de peer-to-peer et de troc, appliqué à la nourriture inutilisée, qui repère les utilisateurs grâce à leur téléphone mobile, et permet de réduire le gaspillage.

Rien ne se perd, tout se transforme

Il a été calculé que les Américains à eux seuls rejettent chaque année près de 15 millions de tonnes de vêtements et de chaussures… ! Mais aujourd’hui, de plus en plus de créateurs s’engagent à réutiliser ces matériaux et à leur donner une seconde vie.

Une marque de denim basée à Los Angeles permet aux marques de patrimoine de rester dans le coup, tout en créant un denim durable, en déconstruisant et en redessinant des jeans vintage : RE/DONE prend des Levi’s vintage chargés d’histoire et recompose sur cette base un fitting plus moderne, chaque pièce étant coupée et cousue à la main… Chez TWONESS, marque japonaise basée à New York, le styliste Shin Murayama produit quant à lui de véritables pièces uniques en assemblant deux jeans différents dans un seul et même pantalon, blouson…

Les ordures des uns font donc le Bonheur des autres : Vlisco, fabriquant célèbre de wax en Afrique centrale depuis 1846, s’offre une seconde vie grâce à la créatrice Simone Post qui récupère les chutes  pour réaliser des tapis circulaires.

De son côté, l’artiste australien Toby Jones recycle des couvertures de laine vintage en les sur-teignant à l’aide de la technique traditionnelle Shibori, tout en conservant leur étiquette originale. Une façon de donner un nouvel usage au produit tout en rendant hommage à sa “première vie”.

Un concept que l’on retrouve également dans la boutique Pass the Baton située à Tokyo, qui réinvente la vente d’occasion en jouant sur la théâtralisation de l’histoire des produits : chaque pièce est accompagnée d’une photographie du précédent propriétaire et d’une anecdote personnelle à son sujet. Un concept qui connait un grand succès, et qui vient d’ouvrir une nouvelle adresse dans la ville de Kyoto.