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Singularities

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Aug 01, 2017

Par Julie Dao Duy

De Monet à Ernesto Neto, en passant par la maison de mode japonaise Sacai…Le jardin continue d’exercer son pouvoir de fascination et inspire artistes et créateurs de mode. D’une image romantique et champêtre exprimée dans la peinture classique, il devient aujourd’hui source de fantasmes et propice aux expériences immersives les plus créatives.

Un espace d’expérimentations

Face aux phénomènes de brassage, de métissage et de migrations qui reconfigurent sans cesse notre environnement, l’image de la « clôture » traditionnelle est questionnée. Michel Foucault définissait le jardin comme « la plus petite parcelle du monde » mais aussi comme « la totalité du monde ». Après l’exposition Jardins au Grand Palais (jusqu’au 24 juillet), c’est au Centre Pompidou Metz, que « Jardin Infini, de Giverny à l’Amazonie » fait sortir le jardin hors de lui-même et en abolit les frontières.

L’immensité de l’infiniment petit, du vivant, mais aussi la vivacité de l’imaginaire qu’ils suscitent, transforment le jardin en véritable laboratoire, biologique, créatif, éthique et politique. Le Leviathan, l’œuvre monumentale du brésilien Ernesto Neto investit alors le hall du Centre Pompidou, déployant ses longues membranes blanches et transformant l’espace en jardin surréel. L’artiste collabore avec des Indiens d’Amazonie depuis plusieurs années, s’intéressant à leur mode et de vie et à leur relation avec la nature. Il invite ainsi le spectateur à déambuler dans une nature imaginaire, aussi étrange qu’impressionnante.

Toujours au Centre Pompidou, mais à Paris cette fois-ci, s’est ouvert une exposition-hommage au travail de l’artiste et paysagiste Bernard Lassus. Les 800 mètres carrés de la terrasse sud ont ainsi été investis par un jardin artificiel. Dans tous ces projets urbanistiques, Bernard Lassus a su travailler le concept d’« ambiance », déployant ses qualités de plasticien, coloriste, paysagiste et architecte.

Opposé au minimalisme architectural et aux formes géométriques, Bernard Lassus défend une conception originale des paysages urbains où la lumière, la couleur et la créativité réveillent la monotonie de certains quartiers (dans les années 60 il colorise les bâtiments HLM pour lutter contre la morosité). Comme un décor, le Jardin Monde de Bernard Lassus invite au rêve et nourrit l’imagination des curieux, jusqu’au 28 août.

Une source d'inspiration mode

C’est dans un lieu tout aussi surprenant, au sein du concept-store Colette, que le « Jardin Sacai » prendra ses quartiers en septembre. La maison de mode japonaise a choisi l’illustre boutique parisienne pour accueillir l’univers ultra-créatif de Chitose Abe, sa directrice artistique. L’enseigne prestigieuse fut la première à exposer ses créations à Paris.

A partir du 4 septembre, elle se mettra donc au vert avec un décor végétal en trompe l’œil qui segmentera l’espace. Y seront présentées les nouvelles collections homme, femme ainsi qu’une collection exclusive pour les enfants. Une sélection d’objets, qui composent l’univers de la créatrice, seront aussi présentés dans l’espace, sensé s’inspirer des jardins à la française, avec une touche de « fun » pour rappeler l’ambiance des parcs d’attraction.

« Pour moi, Colette est la maison spirituelle de Sacai. Ce magasin a été l’un des premiers à comprendre mon travail, et ça a vraiment été la rencontre de deux esprits. C’est un honneur pour moi que Sarah (Andelman) nous ait confié l’animation de son merveilleux parc de jeux » explique Chitose Abe.

Le jardin inspire autant les créateurs de mode pour renouveler leurs imprimés (en version fleurs tropicales dans les derniers resorts SS 18 chez Kors, Derek Lam ou Warm) que pour représenter un univers. On se souvient de la mise en scène du défilé Dior dans la Cour Carrée du Louvre pour le défilé Printemps Eté 16 et celle plus récente, sur les toits du Ginza Six, le nouveau temple du luxe à Tokyo (Haute Couture Printemps Eté 17).

Ce mois-ci, c’est la maison américaine Rodarte qui emprunte au jardin son caractère bucolique pour la présentation de sa collection Haute Couture au Port Royal à Paris.  Les silhouettes romantiques des sœurs Mulleavy ont défilé au milieu d’un parterre fleuri, arborant couronnes de fleurs et délicats imprimés champêtres.

Mais confrontées à un univers plus tech’ et street, les fleurs se modernisent dans le thème Transcendance de notre dernier cahier Casual Life SS 19. L’image bucolique du jardin évolue alors vers une version plus énigmatique, évanescente et surnaturelle. L’imprimé floral se porte en mix & match, associé à un look street chez Phillip Lim. Les fleurs animent les tissus tech’, sur des imper ou anoraks, pour une allure sportive chez Pringle of Scotland. Twistées par le jeu des matières et associées à une brassière sport, elles incarnent une nouvelle vision du romantisme, presque futuriste.