Creating
Future

Future
Singularities

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Feb 06, 2017Julie Dao Duy

Par Mai Nguyen & Elen Pouhaër

De la nouvelle campagne de Bottega Veneta signée Todd Hido à la série Stranger Things, la science-fiction « old school » revient sur le devant de la scène et fascine. Une esthétique commune qui fait écho à l’inquiétante étrangeté des œuvres de David Lynch, explorant le potentiel énigmatique d’un quotidien faussement lisse.

Conquête spatiale, extraterrestres, intelligence artificielle, voyage dans le temps ou mondes parallèles… Sur Netflix, HBO et dans les salles obscures, impossible d’échapper à cette vague « sci-fi » : Stranger Things, The OA, Personal Shopper d’Olivier Assayas, mais aussi Twin Peaks ou la onzième saison de la série X-files, avec les mythiques agents Scully et Mulder.

 

A Montpellier, jusqu’au 23 mars 2017, l’exposition la plus ambitieuse de La Panacée s’intitule « Retour sur Mulholland Drive. Le minimalisme fantastique », imaginée par Nicolas Bourriaud, co-fondateur du Palais de Tokyo et ancien directeur des Beaux-Arts de Paris engagé dans la recherche lynchéenne. Cette « exposition-essai » cinématographique met en lumière cette tendance émergente du « minimalisme fantastique », ou « surréalisme 2.0 », à travers les œuvres d’une vingtaine de jeunes artistes qui ont commencé à produire dans les années 2000, période marquée par l’œuvre et l’esthétique du réalisateur américain.
On retrouve également ce courant « minimal fantastique » dans la fashion sphère à l’image de la dernière campagne SS17 de Bottega Veneta réalisée par le photographe américain Todd Hido, dont l’œuvre se caractérise par un « mélange d’étrangeté et de mélancolie ».
Mais quels sont les points communs de toutes ces tentatives au-delà d’une même fascination ?

REALITE MUTIFACETTE & MONDES PARALLELES

L’atmosphère à la fois quotidienne et réaliste, teintée de mélancolie, est systématiquement perturbée, voire bousculée, par l’intrusion d’un habitant d’un autre monde : Stranger Things et l’univers parallèle déformé de la réalité vécue par les pré-ado protagonistes, le monde des esprits si étroitement lié à celui des vivants dans Personal Shopper, le naturalisme glaçant de Todd Hido qui s’inspire de la vie de tous les jours pour photographier son « cinéma au quotidien ». Et toujours cette tension entre glamour et immondice, un imaginaire visionnaire et poétique si caractéristique de l’univers lynchéen.

ANTI-REVE AMERICAIN

Pour développer cette idée d’une réalité « au-delà des apparences » ou d’une vie parallèle, le décor est souvent celui un quotidien gris de banlieues ou d’espaces dépeuplés et solitaires.

Les Etats-Unis, et plus particulièrement le Midwest, avec ses plaines désertiques, ses villes fantômes et ses bandes d’adolescents désoeuvrés inspirent toujours la création. Né dans l’Ohio en 1968, Todd Hido imagine une Amérique vue de l’intérieure, intimiste et sans fard, étrange et mélancolique, déconstruisant le mythe américain en photographiant des paysages désolés. Dans une esthétique rappelant celle des road movies, le photographe s’inspire d’une certaine forme de « culture populaire », de la télévision, des teen movies, de son adolescence. Alien, les Goonies, E.T, Ghostbusters, ces films cultes qui ont bercé notre enfance ou adolescence séduisent de nouveau par leur côté « low tech » et un côté science-fiction « à l’ancienne ». Les années 80 et 90 infusent cette nouvelle vision du fantastique, dans une version minimale et épurée.

RETRO-FICTION

Du côté de la mode, cette tendance à l’étrangeté est visible dans les campagnes de publicité des marques, mais aussi sur les catwalks avec des collections peuplées de références au fantastique : typos, imprimés cosmiques, jeux de matières, volumes futuristes et spaciaux. On retrouve également des silhouettes du quotidien bousculées par de légères perturbations, à l’image du thème PARANORMAL de nos cahiers mode Femme et Casual, oscillant entre fascination et appréhension.
« C’est dans ce décor nocturne à la David Lynch aux frontières du fantastique que se déroule notre nouvelle intrigue. Sous l’éclairage blafard presque surnaturel des projecteurs perdus dans les grands espaces américains, notre nouvelle héroïne underground revêt son look d’agent sous couverture mixant tailoring 80′s oversize et dégingandé et outdoor authentique en coloris neutres. » (CASUAL FW18-19)

Chez Bottega Veneta, les vestes en cuir contrecollé semblent presque plastifiées tandis que l’iconique Lauren Hutton cloture le défilé avec un trench en soie rappelant les tenues de Scully dans la célèbre série X-Files. Ces looks aux frontières du réel s’accompagnent de jeux de matière : brillance cosmique, matières moirées, métallisées ou miroir mais dans des formes clean.

On retrouve ce quotidien augmenté dans la collection Joseph Fall 2017 avec des looks oversize. Tibi, Creatures of the Wind, Roksanda, Giambattista Valli et Marco de Vinsenzo ont imaginé une ambiance rétro-futuriste dans des décors énigmatiques évoquant les décors lynchiens pour mettre en scène leurs collections Prefall 2017.