Creating
Future

Future
Singularities

  • Partager sur
Jul 20, 2017Julie Dao Duy

En écho au thème Echappée Terrestre de notre cahier Inspirations SS19, l’exposition « Le Rêve des formes », au Palais de Tokyo, questionne les multiples interactions entre art et science, dévoilant le besoin de ré-enchanter notre planète pour mieux inventer le monde de demain.

Odyssée planétaire

En réaction à la crise environnementale, aux menaces climatiques, mais aussi aux récentes découvertes par la NASA de sept nouvelles exoplanètes, la science et les mondes extraterrestres suscitent un véritable regain d’intérêt. De plus en plus de jeunes artistes explorent également ces domaines, livrant un nouveau regard sur le monde qui nous entoure et les formes du vivant dans toute leur diversité.

Imaginée à l’occasion des 20 ans du Fresnoy (Studio national des arts contemporains) dans le cadre de la saison du Palais de Tokyo intitulée « Histoires naturelles », « Le rêve des formes » propose, jusqu’au 10 septembre 2017, un parcours conçu tel un paysage fantasmagorique, ponctué par les œuvres d’une trentaine de plasticiens, mathématiciens et chercheurs questionnant nos origines et notre environnement actuel tout en esquissant les contours du monde de demain. Oeuvres périssables, organismes poétiques, et voyages immersifs ont pour territoire commun la question de l’incertitude des formes.

L’oeuvre intitulée « Human Genomics » conçue par les biologistes Annick Lesne et Julien Mozziconacci permet de visualiser la structure tridimensionnelle des 23 chromosomes humains. Ces panneaux lumineux affichent en grand format des formes habituellement invisibles du vivant.

Entre paysages terrestres lointains et rêves de mondes inconnus, les installations de l’artiste Mimosa Echard, à la surface proliférante, associent algues, lichen, kombucha, billes de verre, Coca Cola Light, faux ongles, débris de carrosserie, pilules contraceptives, insectes ou plantes séchées. Faisant écho aux clichés sans repère ni échelle de Kathryn Armstrong, ces micro-sculptures explorent matières synthétiques et organiques, associant naturel et artificiel dans un assemblage fourmillant de détails au fur et à mesure que l’on se rapproche des œuvres.

« Une étrangeté qui naît de la perspective (…) adoptée par ces photographes, artistes et donne le sentiment d’être perdu sur d’autres planètes. » (cahier Inspirations SS19)

De la même manière, l’artiste Michel Blazy, qui expose actuellement une forêt de balais à la Biennale de Venise (exposition collective VIVA ARTE VIVA), expérimente le vivant sous toutes ses formes.

Evoquant les représentations de phénomènes quantiques de Markos Kay qui dévoilent l’infiniment petit en modélisant six étapes de collision d’atomes, les « Bactéries murales » de Michel Blazy exposées au Palais de Tokyo s’inspirent des techniques d’observation microscopique.
Plâtre, colorants alimentaires et plastique créent des paysages imaginaires plus vrais que nature, dont les formes et couleurs se métamorphosent, en dévoilant les mutations de la matière.

MIMétisme DIGITAL

D’autres artistes proposent de nouvelles expériences contemplatives qui convoquent tous les pouvoirs de l’imaginaire en reconstituant des sensations et phénomènes issus de la nature grâce aux technologies data et mapping. Une façon de s’immerger artificiellement dans la nature face à l’urbanisation croissante et la menace de disparitions des espèces, comme pour penser une après-nature.

La collaboration entre Sylvain Courrech du Pont, physicien du laboratoire Matières et Systèmes Complexes (UMR université Paris Diderot, CNRS), le plasticien Hicham Berrada, et l’architecte Simon de Dreuille, illustre bien ce nouveau regard sur la nature passé au filtre du digital.

« Il s’agit de formes en évolution, qui se maintiennent à la différence d’un objet « mort », comme une sculpture. Il y a une vidéoprojection, d’environ douze mètres de large. Les dunes étant à une échelle d’un millième, l’agrandissement et la vidéoprojection permettent l’observation d’un désert à l’échelle quasi réelle. L’idée est d’obtenir un film qui grandit au cours du temps » (Hicham Berrada).

Rappelant l’installation lumineuse « Ocean wave » de l’artiste chinoise Jiayu Liu qui reproduit en temps réel le mouvement des vagues, « Machine à dunes » est une œuvre plastique évolutive représentant des dunes de sable à l’intérieur d’un aquarium, réalisée avec une maquette mobile. Projeté sur l’un des murs du palais de Tokyo, le film  montre l’espace muséal soumis au phénomène de l’érosion.

 

Pour son installation baptisée « Mol », Ryoichi Kurokawa démultiplie à l’infini les formes moléculaires numériques. L’enregistrement du son des gouttes d’eau qui tombent ou du ressac des vagues se mêle à des sons numériques, créant un dispositif spatial pluri sensoriel.

« La reproduction des formes de la nature est l’un des thèmes principaux de mes créations. Je copie et reconstruis les formes et les mouvements des éléments naturels pour créer des ordres nouveaux. » (Ryoichi Kurokawa)

 

REVE D’EXOPLANETE

Dans les dernières collections de prêt-à-porter, on retrouve des matières et teintes extraordinaires, inspirées de la fusion et de l’érosion minérales, à l’image de la maille érodée et mousseuse en pastel artificiels de la marque Ka Wa Key, photographiée par Jarno Leppanen en plein cœur de la nature.

 

Chez Acne Studio, Dondup, Lemaire, OAMC, ou Louis Vuitton, les nouveaux camouflages, tels des précipités étranges de pastels en fusion rappellent les taches colorées des oeuvres de Michel Blazy.

NOUVEAUX ROBINSONS

Cédric Charlier ou Margiela imaginent quant à eux un vestiaire « do-it-yourself » qui s’inspire de l’énergie d’une nature envahissante. Mix & match de matériaux et de couleurs, de matières végétales et animales évoquent les tableaux foisonnants de Mimosa Echard.