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Oct 06, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

Les films cultes  « Kids » (1995), de Larry Clark, « Lords of Dogtown » (2005), de Catherine Hardwicke, ou encore « Paranoid Park » (2007), de Gus Van Sant, ont rendu  hommage à la culture skate en popularisant ses codes, son histoire, ses légendes.

Un succès aussi populaire que trendy entretenu par des marques de streetwear comme Supreme ou Palace, et par des artistes tels que Pharrell Williams. Alors que le réalisateur Larry Clark, du haut de ses 73 ans, pose pour la campagne Homme FW 16-17 de Dior, Gosha Rubchinskiy vient d’annoncer le lancement de sa marque de skate PACCBET avec son ami de longue date Tolia Titaev. Planches, sweats à capuche et t-shirts sont déjà en vente au Dover Street Market. PACCBET (qui signifie lever de soleil) revendique un style de skate « à la russe », dont la pratique ne fait qu’émerger.  Interviewé par Dazed, Titaev décrit sa marque comme « the beginning of a new day » (« le début d’une nouvelle ère »).

A l’aube d’une toute première représentation aux Jeux Olympiques, alors que les hommes ont toujours été largement représentés dans l’univers du skate, ce sont les femmes qui attirent aujourd’hui tous les regards. De la campagne Miu Miu aux musées néerlandais, en passant par les rues de New York et de Brighton, les skateuses, seules ou en « gang », revendiquent un skate au féminin, ultra stylisé et élégant.

Selon Jan Kliewer, éditorialiste du Kingpin Skateboarding Magazine, “à une époque où le skateboard est une pratique acceptée et trendy, j’ai le sentiment que seuls les skateurs “underground” qui restent sont des femmes. Sous représentées, mises à l’écart, et simplement “différentes”, les skateuses rencontrent aujourd’hui les mêmes obstacles que les skateurs d’antan…  »

Rachelle Vinberg, jeune skateuse New Yorkaise du crew The Skate Kitchen, est la nouvelle héroïne du clip « That One Day », réalisé par Crystal Moselle et diffusé par Miu Miu dans sa série Women’s Tales. Le discours de Rachelle Vinberg, âgée de 18 ans, est déjà plein d’engagement et de revendications. Skate kitchen, c’est le nom qu’elle a choisi pour sa bande, en réaction aux commentaires désobligeants faisant suite à leurs vidéos postées sur Youtube. Mais il s’agit aussi de mode et de style, car selon elle, seule la glisse à la « californienne » (très street, laid-back et moins travaillée) est représentée et visible. Chaussettes à rayures tennis, short pastel et polo, ou au contraire, sneakers à strass, collants multicolores et seins nus : les skateuses du Skate Kitchen fascinent presque plus par leur allure que par leurs figures. Composé de filles comme de garçons, le crew défend une vision du skate « gender neutral ».

Pour les Brujas, autre crew made in New York, les revendications sont plus sociétales que stylistiques. Elles envisagent le skate – « sport de blanc californien » – comme une pratique métissée et engagée, profitant du succès sur les réseaux sociaux pour lancer des débats d’idées, disserter sur Angela Davis et les Black Panthers.

Adoptant un style plus classique que les Skate Kitchen, les Brujas, qui vont bientôt lancer une ligne de vêtements, arborent polos rayés, sneakers blanches et chaussettes relevées.

Quelques noms émergent aussi sur la scène britannique avec Lucy Adams et son événement réservé aux femmes Brighton She Shredder, Dani Gallacher, auteure du blog Girl Skate Uk, ou encore le Nefarious gang…

D’autres pays, plus inattendus, voient émerger quelques initiatives comme l’Inde avec « Girl Skate India », mené par la première skateuse pro du pays, Atita Verghese.

Le Poetic Collective, créé par la skateuse néerlandaise Sarah Meurle, serait la version la plus artistique de cette pratique. C’est avec toute une communauté de skateurs que la jeune femme explore et sublime le skate par la mise en scène et l’image.

En le filmant dans de nouveaux univers (au musée par exemple), Sarah Meurle imagine une nouvelle image, modernisée et plus « clean ». Dans une récente interview pour KingPin Magazine, elle affirme que « l’une des conséquences de la nouvelle popularité du skateboard est que les femmes sont devenues plus intéressantes à suivre que les hommes. Tout simplement parce que l’on parle moins d’elles. »

Avec son collectif, elle offre une nouvelle vision, en abordant le skate comme une discipline complexe, à la fois esthétique et artistique.