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Feb 18, 2015Julie Dao Duy

La mode sans détails est souvent perçue comme moins désirable, car trop lisse, trop abstraite, trop froide voire conceptuelle ou intellectuelle… C’est grâce aux détails, à la fantaisie que le vêtement se décore et devient parure ! Le bouton peut donc remplir 2 missions pour le vêtement. L’une, évidente et fonctionnelle, l’autre, qui relève d’un ordre purement décoratif.

Ainsi, le bouton donne une chance aux vêtements d’être plus intéressants, plus expressifs et donc plus désirables…

« Sur un vêtement, qu’il soit masculin ou féminin, son rôle est loin d’être anodin : élément structurant l’équilibre des formes, il entre en résonance avec une ligne, celle d’une boutonnière, d’une couture ou celle du vêtement lui-même. L’histoire du bouton révèle bien d’autres aspects méconnus. Qu’il soit modeste et utile ou précieux et décoratif, sa place évolue au fil du temps en fonction des convenances, des règles de savoir-vivre ou des variations de mode. » Extrait du catalogue de l’exposition Déboutonner la mode.

L’exposition « Déboutonner la mode » que lui consacre le musée des Arts décoratifs, à Paris, du 10 février au 19 juillet 2015 et les défilés de l’été 2015 ou les dernières Prefall sont les signes que l’on souhaite à nouveau donner de la force aux vêtement pas l’usage créatif de ce détail de toutes tailles… et de tous styles !

Découvrez nos coups de coeur de l’exposition.

De la fonction au luxe décoratif

Si le bouton – apparu au 13ème siècle – est donc avant tout utile, ce n’est que vers 1780, à la faveur de l’anglomanie, qu’il apparaît dans la mode féminine, prenant place sur des robes et corsages aux coupes inspirées des vêtements masculins, nous apprend l’exposition du musée des Arts Décoratifs. Ils deviennent alors des produits de luxe et le résultat de véritables savoir-faire artisanaux dans des disciplines variées.

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, avec la révolution industrielle, sa production se développe offrant ainsi une infinie variété de tailles, formes, modèles… Ainsi vers 1850 les boutons sont de petites taille mais utilisés en nombre notamment sur les bottines, les gants et la lingerie.

Savoir-faire & artisanat d’art pour des boutons signatures

C’est au 20ème siècle que le bouton devient partie intégrante du vêtement et se décline avec plus ou moins de présence en fonction de la période, du style de la maison, de la tendance…Les créateurs de boutons sont des créatifs, et c’est pour leurs styles que les couturiers collaborent avec eux.

Paul Poiret dans les années 20 utilise des boutons déjà très visuels, qui viennent au-delà de leur fonctionnalité, décorer le vêtement.
Chanel utilise également les boutons dès ses premières créations dans les années 1910 : il sera souvent le seul détail décoratif d’une mode qui se veut avant tout pratique pour les femmes !

L’influence de l’uniforme militaire, très présente dans le prêt-à-porter, l’est aussi par ses boutons. Coco Chanel, encore elle, crée en 1954 sa fameuse veste en tweed inspirée de l’uniforme Tyrolien d’un bagagiste de l’hôtel de Salzbourg : une veste à 4 poches, fermée par des boutons façon bijoux qui deviendront une fois siglés, un détail emblématique des créations de la maison.

Elsa Schiaparelli, connue pour sa mode « surréaliste », détourne quant à elle véritablement le bouton de sa fonction initiale allant jusqu’à créer des petits objets artistiques, parfois fruit de collaborations avec ses amis artistes. Définitivement, le bouton est bien plus qu’un détail !

Le come back du bouton, tendance retro chic d’une mode bien d’aujourd’hui

Depuis la fin des années 90 et après des années de mode plus minimalistes, les boutons décoratifs avaient presque disparu des produits. Ils restaient fonctionnels ou étaient cachés avec des boutonnages sous patte, des zips invisibles… La récente fascination et inspirations autour des années 60 a fortement contribué au retour des gros boutons, plastiques, en contraste de couleur, recouverts, métalliques.

Aujourd’hui le retour du bouton part donc d’une inspiration rétro, d’une vision couture de la mode qui va réexposer et sublimer un objet qui appartient à presque à une autre ère… Une ère où le sport n’avait pas encore imposé toutes sortes de nouvelles fermetures techniques comme les zips thermosoudés, les boutons pression, les velcros…

Une touche chic et sophistiquée donc – sur les podiums pour l’instant – qui prouve, au même titre que les influences d’époques passées ne cessent de revenir les unes après les autres, que la mode ne peut pas être 100% innovante et high-tech. Ce sont ces petits allers retours entre passé et présent qui viennent pimenter, contredire et titiller la course incessante à l’innovation !

Prada la première lors de son défilé FW 2011 réinterprète un minimalisme bold des années 60 avec de gros boutons.

Décryptage et mode d’emploi : été & prefall 15

Ce sont les défilés de l’été 15 qui ont marqué récemment le grand retour des boutons, encore sous influence des années 60, mais aussi des années 70. Un retour qui ne se dément pas d’ailleurs pas dans les toutes dernières présentations des  Prefall 15. Décryptage !

Moderniste ou boutons extrêmes

En version noir et blanc ou plus extrême, le bouton devient presque aussi important que le vêtement chez J.W. Anderson

Esprit sixties et seventies

Esprit 60s et 70s chez Dior où les boutons soulignent un détail de poche, donnent du relief à une silhouette épurée aux lignes nettes, la modernisant en contrastant en noir graphique le côté doucereux du bleu ciel. Chez Derek Lam qui réinterprète le pantalon à pont version 70s. Chez Céline où le bouton est l’unique fantaisie autorisée sur une combinaison ultra pure et où ils soulignent en pointillés la fluidité de la silhouette, les découpes, l’asymétrie…

Inspiration militaire

Le bouton or ou métallique inspiré du vêtement militaire se décline aussi sur  toutes les silhouettes et tous les supports avec notamment l’idée double boutonnage.

Sur du denim

Influence 40s

Chez Stella McCartney, une influence 40s avec un placement asymétrique qui vient souligner un jeu de découpes.

Le come back du retro bouton recouvert

Les boutons recouverts qui avaient disparu depuis longtemps réapparaissent chez Balenciaga