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Jul 27, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy, Lydia Amrouche

Après le succès de l’ouvrage « The Craft and the Makers », des éditions Gestalten, qui célébrait le grand retour de l’artisanat sous sa forme la plus brute (développé dans notre thème « Design & Crafts » pour la saison FW 16-17), une nouvelle version d’un Craft au féminin fait aujourd’hui son apparition.

Elles s’appellent Erin Malloy, The Carpenter’s Daughter, Ndidi Ekubia ou Lola Lely. Par leur vision et leur délicatesse, elles offrent un regard nouveau sur l’orfèvrerie, le travail du cuir, du métal ou du bois. Ces makers d’un nouveau genre font écho aux nombreux créateurs qui mettaient le workwear à l’honneur dans leurs collections Resort, en version plus clean et assouplie.

Tamara Maynes rend hommage à ces femmes dans son livre intitulé « The Maker », publié chez Murdoch Book. Elle-même « maker », artiste, styliste et directrice artistique, elle défend un artisanat un peu touche-à-tout où chacun à la possibilité de (tout) faire et créer. Plus qu’une simple idée de DIY déco, l’auteure australienne rend hommage à des pratiques généralement réservées aux hommes, surprenantes ou inattendues, comme le « giant knitting » (tricot grand format) de Little Dandelion.

Renouveler l’ébénisterie tout en délicatesse, Erin Malloy en a fait son métier après des études en design et une première expérience professionnelle en studio. Petite-fille de charpentier, elle a grandi entourée de brisures de bois, à l’odeur si particulière. C’est peut-être ce qui l’a poussée à quitter son job et à perfectionner sa pratique du bois. Elle dessine, puis découpe, sculpte, ponce et poli. Sa matière première, elle la récupère à partir d’objets ayant connu une première vie. Portes, meubles ou vieux outils se transforment ainsi en objets du quotidien, des planches, des cuillères, des plats…Ses créations, tout en rondeur et finesse, sont aussi robustes que délicates.

L’amour des outils fait partie du métier, et c’est ce qu’affectionne tout particulièrement Ndidi Ekubia. Originaire de Manchester, cette jeune orfèvre manipule le marteau et le maillet comme personne. Elle donne vie à une vaisselle en argent proposée chez The New Craftmen à Londres, concept store spécialisé et véritable vitrine de nouveaux talents issus des îles britanniques. Pendant des heures, Ndidi Ekubia frappe l’argent pour lui donner un motif très particulier, embouti, comme cabossé par le temps et les chocs, mais brillant, luxueux et extrêmement fin.

Quand, dans certains ateliers, l’âpre odeur du bois et de la sciure se fait sentir, dans d’autres flotte la douce odeur du cuir. C’est le cas du studio de la « Carpenter’s Daughter », alias Camille Moir Smith. Basée à Melbourne, dans le workshop coopératif de Pop & Scott, cette jeune femme a fait du tablier de travail des artisans sa source d’inspiration. The Carpenter’s Daughter propose des collections de tabliers depuis 2015. Même ceux dont le travail n’est ni manuel, ni salissant, pourraient se laisser tenter par leur gamme de couleur, leur ligne sharp, leurs coutures savamment placées et leurs bretelles en cuir joliment nouées. Une façon de redorer certains métiers comme ceux de boulanger, fleuriste, peintre ou encore fermier (leurs mannequins d’un jour), en offrant le plus bel uniforme de travail qui soit.

Lola Lely, jeune londonienne diplômée de la Royal College of Art, maîtrise plusieurs des techniques traditionnelles propres à l’artisanat. Dans son studio de Blackhorse Lane Workshop à Tottenham, elle incarne le « renouveau du Craft», selon Catherine Lock, directrice artistique de The New Craftmen. Aussi curieuse que voyageuse, elle mélange les pratiques et les styles, explorant le bois ou la céramique, la couture et l’orfèvrerie, en passant par l’usage des nouvelles technologies. Un savant mélange entre design et artisanat qui a tapé dans l’œil de Fendi puisque la griffe lui a confié la vitrine de son flagship londonien, dès sa sortie de l’école.

Sur les podiums des défilés aussi, on assiste à un renouveau du workwear, en version plus soft et clean. Dans les collections Resort de Joseph, Helmut Lang, Suno, Ellery, Calvin Klein, Céline ou encore See by Chloé, les volumes sont féminisés, noués, plissés et volantés… dans une gamme de naturels, entre bois et cuir, qui rappelle les couleurs présentes dans les ateliers des « makeuses ».