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Jun 21, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy

On l’évoquait déjà dans le thème Eden de notre cahier Beauté SS 16 et aussi dans le thème Dark Romance de l’hiver dernier : entre aspirations antiques, tradition herboriste et esthétique apothicaire, le monde aspire à plus de naturel, à un retour aux sources. Les herbes et les plantes notamment reviennent sur le devant de la scène. Entre les récentes publications qui leur sont dédiées et les nouveaux produits qui vantent leurs pouvoirs quasi-magiques, elles ré-enchantent l’univers de la beauté grâce à leur aura presque mystique.

« Elixirs », « potions », « pouvoirs magiques » : le vocabulaire des marques emprunte désormais à celui de Merlin l’enchanteur. Une façon de parler des bienfaits de la nature d’antan, celle qui était ni transformée, ni déguisée, et dont les pouvoirs bien réels étaient si efficaces qu’ils relevaient du « magique ».

Les nouveaux grimoires

De nouveaux ouvrages nous permettent de (re)découvrir les remèdes de nos ancêtres.

Parmi eux, le « Tractatus de herbis », herbier aux illustrations botaniques datant du XVème siècle, vient d’être réédité en fac-similié par une maison espagnole, Moleiro. Il était jusqu’alors conservé parmi 25 000 autres manuscrits médiévaux à la British Library de Londres. Avec ses 500 illustrations de plantes mais aussi d’animaux variés, le traité ressemble plus à un cabinet de curiosité qu’à un traité de médecine botanique. C’est pourtant à des fins thérapeutiques qu’ont été sélectionnées l’ensembles des espèces représentées. Cette pharmacopée médiévale attise la curiosité et fait rêver : poux d’éléphant, musc de chevrotin, mandragore, amarante…Y sont listés les ingrédients 100% naturels et parfois un peu mystérieux, qui composaient les anciens remèdes d’apothicaires.

Thés, baumes, infusions…La naturopathe JJ Pursell explore quant à elle dans « The Herbal Apothecary » les différentes façon d’utiliser sans danger les plantes médicinales. En plus des connaissances scientifiques, l’auteur n’hésite pas à parler des croyances et mythologies qui entourent certaines « potions ».  En se reposant sur des vieilles traditions tout en les modernisant, JJ Pursel propose des remèdes au rhume, au stress, à l’anxiété, ou encore pour soulager les douleurs musculaires.

Les druides en herbe

Ils sont de plus en plus nombreux à croire en une forme de « médecine alternative », qui replacerait les plantes médicinales au cœur de nos cures, remèdes…Si le métier d’herboriste a disparu en France et dans d’autres pays au profit de celui de pharmacien, les nouveaux « druides » qui s’intéressent aujourd’hui au secteur du bien-être et de la beauté doivent quand même s’enquérir de connaissances pointues afin d’élaborer les meilleures « potions ».

C’est en travaillant sur le livre de JJ Pursell que Juree Sondker, éditrice chez Timber Press à Portland, a eu l’idée de se lancer dans l’élaboration de soins pour la peau 100% naturels et uniquement composés de plantes. En les cultivant au fond de son jardin mais aussi en cherchant les meilleurs producteurs possibles, l’éditrice reconvertie a lancé Horticulture Skin Care avec comme produit d’appel sa « potion aux plantes », un sérum composé de 14 huiles essentielles différentes pour hydrater la peau. Présentée comme une potion magique extrêmement précieuse (« liquid gold » sur son site), sa petite fiole luxueuse a en tous cas le pouvoir de faire tourner les têtes (notamment du New York Time Magazine).

Cette tradition d’apothicaire, ainsi que l’esthétique qui lui est propre, la marque Hortus et Apothicus en a fait son identité. Avec un packaging soigné où dessins d’antan et typographie chic évoquent les anciennes planches botaniques, les produits bio de Dana Hradecka, ingénieur agronome tchèque, sont à découvrir cette année dans une toute nouvelle boutique en France, à  Grenoble.

Les nouveaux super-ingrédients

Si les super-aliments tels que les graines de chia, le kale ou encore le kimchi sont presque devenus des « habitués » des menus des citadins pressés à New York, Paris ou Londres, les super-plantes sont quant à elles restées plus discrètes sur leurs pouvoirs « magiques ». Supernature nous a pourtant gâtés en super-ingrédients, aussi bons pour le corps que pour la peau ou encore les cheveux…

C’est le cas du moringa, petit arbuste originaire du nord de l’Inde, que l’on trouve également en Afrique. Côté santé, ses bienfaits sont nombreux : vitamine A, vitamine C, calcium pour les os, effet boostant, meilleure circulation sanguine, vertus drainantes et anti-oxydantes… mais côté beauté aussi, l’arbuste magique dévoile ses multiples talents : transformées en huile ses feuilles hydratent les cheveux et la peau. Quant à l’écorce et aux racines, réduites en poudre, elles se consomment en tisane, pour une détox 100% végétale.

Fini les bons jus de fruits frais, place aux jus d’herbes et aux « beauty shots ». Le goût importe peu, les nouvelles potions peu ragoutantes se boivent cul-sec dans les nouveaux antres du bien-être. Chez Lifehouse Tonics + Elixirs (Los angeles) ou encore chez Wild and the moon (Paris), les beautystas avalent en se bouchant le nez des concentrés de super-ingrédients : chlorophylle, aloe vera, stevia…avec un peu de citron, du curcuma et un champignon asiatique. On ne pouvait pas faire plus detox.