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Sep 07, 2015Rémi Le Masson

À côté des 35 expositions officielles qui rendent compte de tous les courants de la photographie, avec un accent particulier sur ce que ce medium produit de plus novateur, des dizaines d’événements parallèles sont organisés.

Cette année, après 15 ans  menées par François Hebel, c’est Sam Stourdzé qui prend la direction des Rencontres.

Un festival centré sur la photographie mais plus que jamais hybride, ouvert à d’autres champs d’expression artistique, de la musique au cinéma, en passant par l’architecture mais aussi en dialogue avec l’ethnographie et la politique.

Le nouveau directeur a fait appel à 39 commissaires d’exposition pour rendre compte de toute l’effervescence de l’art photographique d’aujourd’hui, des grands noms aux nouveaux talents. Devant une offre pléthorique, difficile d’être exhaustif.  Voici donc une sélection de coups de cœur qui rassemble, à nos yeux, certaines des propositions les plus novatrices et inspirantes de ce festival.

Stephen Shore

Côté « stars », on peut admirer la rétrospective la plus exhaustive jamais présentée sur Stephen Shore. De ce grand précurseur de la photographie artistique en couleur, photographe à la Factory de Warhol à 17 ans, exposé au MoMA à 24 ans, on peut notamment voir un nombre impressionnant de tirages de ses célèbres séries de « road trips » aux Etats-Unis, dans les années 70.

L’esprit des hommes de la Terre de Feu

L’une des plus belles découvertes des Rencontres cette année date d’environ un siècle !

Il s’agit des archives ethnographiques d’un prêtre allemand missionnaire qui se rendit en Terre de Feu entre 1919 et 1924.

Également anthropologue, Martin Gusinde est le seul à avoir réalisé une étude approfondie sur les sociétés amérindiennes Selk’nam, Yamana, Kawesqar, aujourd’hui disparues ou quasiment éteintes. Au cours de quatre expéditions, il a photographié et étudié leurs rites et leurs mythes.

Ces quelques 200 clichés donnent à voir de magnifiques maquillages faciaux et corporels, des masques et costumes traditionnels. Martin Gusinde réalise des portraits stupéfiants de femmes et d’hommes dans des décors recouverts de neige et de glace, parfois dans leurs vêtements du quotidien, chasseurs ou chamans, parfois revêtant des costumes de bouffon ou personnifiant des esprits lors de cérémonies religieuses.

Another Language

Le Japon est aussi à l’honneur de la sous-thématique du festival « Je vous écris d’un pays lointain », avec une exposition collective de huit photographes reconnus ou émergents.

« Another Language » fait dialoguer de grands auteurs sur plusieurs décennies. Elle rassemble des travaux historiques d’une grande beauté formelle et d’une grande poésie avec notamment Issei Suda, maître au Japon mais méconnu en Europe, ou encore Eikoh Hosoe qui suit le parcours d’un danseur de buto travesti dans le Japon des années 70.

Cette exposition confronte les expérimentations formelles du passé à celles d’aujourd’hui avec des artistes comme Sakiko Nomura ou Daisuke Yokota. La première présente des quasi monochromes noirs dont on ne voit le contenu (des nus, des paysages) qu’en s’approchant très près du tirage.  Elle expose durant quelques minutes ses négatifs à la lumière durant le développement, obtenant ainsi des images solarisées quasiment invisibles. Le second utilise ses propres livres de photos comme négatifs, les recouvre de cire et les transforme jusqu’à l’abstraction dans une sorte de geste d’alchimiste photographe.

Congo

Après l’Amérique et l’Asie, les Rencontres nous font faire une escale en Afrique via « Congo », la proposition novatrice d’Alex Majoli et Paolo Pellegrin.

Il ne s’agit pas ici d’un photoreportage ou d’une étude socio-politique mais d’un voyage sensoriel, un hymne beau et mystérieux sur le pays que les auteurs expriment ingénieusement à travers de nombreux procédés formels : montages, collages, séquences de photographies s’inspirant de l’image animée, etc.

Nouveaux talents

Côté nouveaux talents, nous avions déjà parlé de Pauline Fargue ici, prix découverte des Rencontres, avec son journal intime de 8000 pages, réalisé sur 15 ans, où photo et graphie se contaminent l’une l’autre.

Nous avons aussi apprécié le travail de Delphine Chanet, qui illustre l’affiche des Rencontres cette année. Elle réalise un projet autour de l’enfance et de l’adolescence avec un travail subtil sur les couleurs et la lumière, en studio ou en extérieur, évoquant parfois la sensibilité d’artistes nord américains comme Sofia Coppola ou William Eggleston.

Dernier focus sur les photographes émergents, grâce aux conversations photographiques qu’engage la marque Olympus entre jeunes diplômés de l’Ecole Nationale Supérieure de Photographie et photographes « parrains ».

On a particulièrement apprécié le dialogue entre les images infrarouges de salles de concert de Rebecca Topakian et le travail toujours impressionnant de force et de modernité de Dorothée Smith, cette fois-ci à l’aide de caméras thermiques et infrarouges.

Pop quizz

Pour finir ce parcours photographique dans la ville d’Arles, deux expositions ludiques !

On pouvait jouer à deviner le nom des photographes et artistes qui ont illustré quantité d’albums célèbres dans l’expo « Total Records. ».

Les réponses dans l’ordre : Robert Mapplethorpe pour Patti Smith, Anders Petersen pour Tom Waits, David Bailey et Andy Warhol pour les Rolling Stones, Guy Bourdin pour Boz Scaggs, Jeff Koons pour Lady Gaga.

Enfin, nous avions débuté cet article avec une star de la photo. Nous terminons avec une star du cinéma, John Malkovich (d’après une idée du photographe Sandro Miller) qui rend un hommage irrésistible aux grands maîtres de la photographie dans l’exposition « Malkovich, Malkovich, Malkovich… ».

Là encore, on pouvait se livrer à un petit quizz sur les auteurs des photographies originales. De gauche à droite, Diane Arbus, Annie Leibovitz, Andy Warhol, Pierre et Gilles, David Bailey.