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Aug 09, 2016Julie Dao Duy

Par Alexandre Morvan

Deuxième année de direction du festival pour Sam Stourdzé qui, de nouveau, a convoqué une pléiade de commissaires d’exposition pour offrir un état des lieux de la photographie internationale.

« Notre rôle est celui de la découverte ou de la redécouverte. Les expositions muséales ne sont pas le rôle d’un festival » (Sam Stourdzé)

Les Rencontres ne s’organisent pas autour d’une grande thématique transverse mais forment une constellation de regards, dont beaucoup appartiennent à des photographes émergents.

Devant l’ampleur des propositions (plus de 40 expositions, sans parler du Off et des programmes associés), difficile de couvrir l’ensemble du festival.

Nous avons privilégié des artistes (et des sujets) contemporains et dont le langage nous est apparu comme visuellement neuf, fort et inspirant.

Nous vous les présentons à travers quelques thèmes.

Beaucoup de travaux tournent autour du glissement, du détournement et de la fluidité. Un festival assez transgenre, donc, dans le sens où il mixe les genres (photographie, collage, installations…), joue sur l’altération de l’image et parce qu’il aborde fréquemment des thématiques liées à l’identité et au genre.

Dérision, réappropriation et détournement

Chose assez rare dans la photographie pour être signalée, beaucoup de projets présentés cette année contiennent une bonne dose d’humour.

L’affiche officielle du festival annonçait la couleur avec son visuel du collectif Toilet Paper. Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari détournent, depuis quelques années, les codes de la mode et de la publicité pour créer des visuels à la fois absurdes et satiriques. Leur installation en plein air a d’ailleurs pour principaux médias des bâches publicitaires et des toiles imprimées sur chaises longues.

Une autre installation conçue par Augustin Rebetez (photographe, vidéaste, « bricoleur ») et commissionnée par le Canton de Vaud en Suisse, s’amuse avec les maîtres de l’art helvétique (Giacometti, Félix Vallotton, Thomas Hirschhorn ou encore Fischli & Weiss). L’auteur réinterprète et actualise leurs œuvres dans son Musée Carton.

Le résultat est lui même un petit chef d’œuvre d’esthétique de la récupération, dans tous les sens du terme.

Non loin de la grande exposition rétrospective sur le magazine Hara Kiri et son humour subversif (que nous ne développons pas ici pour nous concentrer sur les écritures contemporaines), le photographe Beni Bischof propose une version post-internet d’une photographie politique et corrosive de la société, tout en dégageant une certaine poésie.

Dans son exposition, il manipule des images trouvées sur internet ou dans les médias. Il fait cohabiter des lolcats inquiétants, avec un nuage atomique en forme de teddy bear et un coucher de soleil noir, entre autres visions apocalyptiques humoristiques.

Enfin, l’exposition « Parfaites Imperfections » organisée par l’artiste Erik Kessels réunit des artistes qui s’emploient à fuir un idéal de perfection au profit de l’échec cocasse, de l’erreur créative et de la célébration d’une certaine légèreté.

Kent Rogowski subvertit (puis photographie) des puzzles et en crée des versions surréalistes à partir de plusieurs motifs.

Lucas Blalock détourne les fonctions classiques d’amélioration de l’image par photoshop, logiciel visant à atteindre la perfection visuelle, pour créer des images absurdes, détournées de leur sens, déformées.

Enfin, le collectif Putput altère légèrement des objets domestiques pour créer de nouveaux objets ludiques et poétiques.

Masques et identité

La thématique du masque, comme reflet de l’identité individuelle et/ou sociale, et la question de l’identité elle même sont très présentes cette année.

La photographe ivoirienne Joanna Choumali dans sa série Persona,  aborde la question du masque social, du rôle joué en société. Ses portraits sont des superpositions de visages maquillés et de visages naturels, ou un mélange de plusieurs visages, brouillant les frontières des âges, voire des genres.

Les précédents travaux de l’artiste activiste Zanele Muholi portaient sur la communauté LGBTI en Afrique du Sud. Elle s’est récemment tournée vers l’autoportrait, via lequel elle « souligne l’importance symbolique de la chevelure, chargée de notions complexes liées aux privilèges, aux races, à l’expression et au statut » brochure de l’exposition Systematically Open.

Le cinéaste et documentariste Sébastien Lifshitz présente avec « Mauvais Genre » sa collection d’images amateures autour du travestissement, de la fin du XIXème siècle jusqu’à la fin des années 70.

« Ces images racontent des identités chahutées qui ont trouvé dans la transgression vestimentaire l’instrument de leur liberté. Elles rappellent aussi à quel point (et avec quel poids) le costume a reflété l’ordre social et normatif assignant à chacun son rôle selon son sexe. » Texte issu de l’ouvrage paru en parallèle de l’exposition 

Enfin, Yann Gross, dans The Jungle Show, son projet sur les communautés qui vivent en bordure de l’Amazonie, met en scène un certain nombre de personnages masqués, faisant à la fois référence à une mythologie ancienne et à la présence d’une culture contemporaine mondialisée, comme avec l’irruption incongrue d’un masque de Batman associé à un costume rituel.

Monstres & Co

Pour terminer ce parcours, forcément partiel, des Rencontres de la Photographie à Arles, nous abordons une des micro-thématiques proposées par le festival : « Monstres & Co. ». Un sujet qui introduit une autre façon de parler de l’identité, d’une société, sous l’angle des rêves et des peurs.

Charles Fréger, avec Yokainoshima, célèbre les rituels folkloriques et les créatures surnaturelles au Japon, les Yokaï. Après avoir couvert les carnavals hivernaux d’Europe en 2013 pour son ouvrage  « Wilder Mann », il a effectué 5 voyages d’exploration des figures masquées rituelles du Japon.

Une autre exposition, « Scary Monsters » rend hommage aux monstres du cinéma à travers les âges et les régions du monde. L’exposition confronte à nouveau « notre regard à l’idée des normes, aux fondements relationnels qui nous associent ou nous dissocient d’un groupe » et aborde notamment les thèmes universels et contemporains de la peur, de la différence ou du transhumanisme.

Enfin, une dernière exposition assortie d’un ouvrage, Phenomena, se penche sur les croyances autour de la vie extraterrestre aux Etats-Unis, à travers une enquête réalisée par les photographes Sara Galbiati, Peter Helles Eriksen et Tobias Selnaes Markussen, dans plusieurs états du Sud-Ouest.

Le projet, à voir ou à feuilleter pour la créativité loufoque qui entoure la culture UFO (fresques, fastfood customisé, sculptures) ainsi que pour la qualité plastique des photographies, clin d’œil à l’esthétique des grands films de Steven Spielberg sur le sujet.