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Future

Future
Singularities

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Sep 20, 2016Julie Dao Duy

Par Cécile Rosenstrauch, Marianne Alibert et Sari Myöhänen

Un salon qui donnerait presque une impression de continuité avec l’édition de janvier, sans grande rupture en termes de tendances. La recherche de sophistication, dans un esprit décorateur, se poursuit et se déploie à travers des rafales de couleurs raffinées, de matières précieuses et de volumes classiques retravaillés.

Malgré tout, les crépitements de ce qui devrait être le début d’une nouvelle ère font leur apparition. La célébration de Ilse Crawford, nommée designer de l’année, mais aussi notre regain d’intérêt pour le travail de Tina Frey Designs, entre autres, sont des signes évidents de la nécessité absolue de croire en la place de l’humain et du respect de l’environnement.

Une démarche plus fondamentale de « human design thinking », plus holistique et « écosophique », combine tête froide et cœur chaud, avec des produits pensés par des hommes, pour des hommes. L’humain est au cœur du travail. Ceux qui construisent, imaginent et créent pour d’autres hommes, usagers des produits et espaces de demain.

Sans fioritures ni artifices, ces nouveaux essentiels feront tout autant appels aux sens qu’ils sont porteurs de sens.

NOS POINTS FORTS

Styles

Trois grands courants perdurent ou s’affirment cette saison :

– En progression, un Esprit artisanal, avec des textures naturelles irrégulières, des aspects recyclés, des décors « fait main », qui s’exprime surtout à travers la céramique, le bois, les vanneries ainsi que le textile. Celui-ci se décline des marques de déco scandinaves aux exposants du Hall 1, en passant par des éditeurs de mobilier comme Zanat.

 

– Toujours très présente, la tendance Classiques Chics, continue chez les éditeurs comme Gubi, ou Ginger & Jagger, mais se propage aussi à des marques moins « luxe » via la généralisation de l’emploi du laiton, et du velours.

– Une esthétique « Nice » émerge, proposant de nouveaux essentiels plus frais et fun, où simplicité rime toujours avec praticité, mais se décline avec un charme presque enfantin, chez des marques comme Nomess.

 

Couleurs

– Autour des tons chauds, les nuances de roux s’adoucissent en camaïeux dégradés vers les briques lavés et les bois de rose, même si certaines nuances de roussis intenses perdurent ici et là. Des nuances très nouvelles en outdoor et en culinaire, version silicone ou mélamine.

Abricoté, pêche et saumoné, de nouveaux roses doux et fruités, sur céramique, plastique ou textile.

– Coté nuances froides, les verts aussi s’adoucissent : sapin lavé, eucalyptus, jusqu’aux vert de gris, parfois travaillés en harmonies camaïeux avec gris et kakis.

– Présents autant sur les murs des stands que sur les produits, des bleus intenses, de marine à outremer électrique. Les coloris encre viennent se substituer aux noirs, tels des foncés plus contemporains.

Matériaux et effets de matières

Céramique : superpositions ou matières aléatoires des émaux donnent l’illusion de pièces uniques et vivantes, de l’art de la table à l’accessoire.

Verre : travaillé massif, façon verre armé, micro reliéfé, à retrouver du mobilier aux accessoires déco, dans un esprit robuste inspiré de l’architecture.

Reliefs minéraux : béton contrecollé sur mousse. De nouveaux reliefs décoratifs, dans la collection Panbéton, inspirés du travail de Le Corbusier ou de Tadao Ando.

Jesmonite (matériau composite à base de plâtre) et plastique apparaissent dans la collection Heliot & co, du Studio Giles Miller, jusqu’à présent plus connu pour ces surfaces reliéfées et décoratives en marbre, métal ou bois.

Métal : poursuite des brillances ternies, patinées, inspirées de l’étain et du zinc, des finitions d’inspiration populaire sur des produits plutôt luxe.

Développement des collections en métal émaillé, qui adoptent de multiples effets de surfaces : granités bicolores, marbrés ou dégradés.

Bois : patché et sablé sur du mobilier d’intérieur, le bois fait aussi son apparition, vieilli ou en mix de matières chez des fabricants de mobilier outdoor, plus connus pour leurs collections en métal laqué époxy.

Décors

Géométrie affirmée : rayures, zigzags, chevrons ou surlignés façon néo-vitrail, des décors spectaculaires, souvent multico, qui captent le regard, de la papeterie au papier-peint, des accessoires de bureau aux plateaux.

Ethniques graphiques : en bicolores noir & blanc, coups de pinceaux, taches ou rayures-coulures, un esprit ethnique arty en version minimaliste.

Végétal : herbiers, maxi feuillages, graminées ou simples, dessinés ou pressés sur porcelaine ou cuir, une version de la nature poétique et sans artifice.

Abstraction : encore très forte présence des décors terrazzo, marbrés ou granités, du papier peint à la papeterie, de l’art de la table à la déco.

NOS COUPS de CŒUR

– Julien Vermeulen (Talent à la carte et Grand prix de la Création de la Ville de Paris 2015) avec un travail fascinant autour de la plume : panneau mural subtilement monochrome, tapis qui ré-invente la traditionnelle « peau d’ours » ou encore Nuto, une plume d’autruche qui se balance sur une tige de carbone actionnée par un moteur, faisant office de nouveau diffuseur de parfum, un prototype réalisé en collaboration avec le designer Pierre Charrié.

Slow Design revisite aussi le parfum d’intérieur avec Olfactory book. Façon recueil de poèmes ou grand classique de la littérature, le livre comme nouveau support de senteurs, à utiliser pour l’intérieur ou en version plus nomade, à glisser dans son sac et à poser sur son bureau ! Le livre pour donner une odeur aux textes/mots.

The Dybdahl Co, des posters qui magnifient la botanique tropicale. Sélectionnés par Henry Dybdahl, parfois recolorés ou recomposés (collection Botanical réflections), ces dessins et gravures aquarellées issus d’anciennes encyclopédies sont déclinés en grand format, distillant un charme nostalgique

Mézë Mediterraneum, une collection culinaire contemporaine (plats, pots et ustensiles) à base de matériaux traditionnels, ardoise, liège, bois, acier émaillé ou finition laiton. Inspiration puisée tout autour de la Méditerranée, réalisation de qualité et innovation avec une poignée en bois à fixation magnétique, pour cette nouvelle ligne du fabricant portugais Grilo Kitchenware.

– Iota, un projet de design social qui vise à créer de beaux produits tout en créant des emplois, via l’apprentissage d’un savoir-faire à des femmes israéliennes.

Une collection éthique au crochet, en fils tricotés et moulinés multico, des tapis bordés de franges soyeuses contrastées, des coussins de sol et des poufs en maxi mailles et camaïeux dégradés.

– Jansen + co pour Serax : cocottes et plats en terracotta aux intérieurs émaillés en coloris vifs ou acidulés brillants, le culinaire se fait irrésistible avec des gammes gourmandes sur des formes authentiques simplifiées.

FORUMS & ANIMATIONS

House of Games, signé Vincent Grégoire pour Nelly Rodi. Autour du thème du jeu, un espace théâtralisé qui collectionne des produits à l’esthétique insolite, décalée et spectaculaire.

– Designers Studio, d’Ilse Crawford. Un espace de co-working destiné aux visiteurs prescripteurs : structure aérée réalisée en bois clair, pièces de mobilier et luminaires (issus des collections réalisées par Studio Ilse pour Ikea, Zanat, Artifort…) déclinés dans une gamme de neutres essentiels et chaleureux. Un espace convivial et confortable, idéal pour échanger ou se ressourcer.

– Forest of resonating lamps par le studio japonais TeamLab. Dans la pénombre miroitante, une forêt de lampes LED connectées les unes aux autres émettent des lumières séquentielles (en intensité et en couleur) en résonance avec la présence des visiteurs, créant un espace digital magique.