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Future
Singularities

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Feb 11, 2016

Par Cécile Rosenstrauch, Marianne Alibert et Sari Myöhänen

En résumé, et malgré toute sa diversité, le marché maison déco semble de plus en plus s’organiser en deux axes esthétiques bien distincts :

– D’un côté un axe authentique, essentiel et naturel, guidé par une recherche de bien-être.
– De l’autre un axe sous influence luxe, plus cossu, précieux et raffiné.

Dans les deux cas, fini l’austérité, beaucoup de travail sur les matières et de « jusqu’au-boutisme » dans la mise en scène des produits qui témoigne d’une volonté d’affirmer une vraie personnalité et de créer des univers plus lifestyles et « clé en main ».

Nos points forts

Couleurs

– Dans la suite des briques et des roux intenses encore très présents, on note l’émergence de bordeaux « rougis ». Des coloris profonds et « luxueux » à retrouver sur velours chez Exporim et Muuto, bois laqué pour Fendi, ou travaillés en total look sur métal et tissu plissé, et même jusqu’au marbre chez Dante Goods.

– Après des tonalités émeraude plus flamboyantes lors du dernier salon, des verts entre « sapin » et nuances presque kaki, adoucis et glissant de l’univers tradi classique pour migrer vers des univers plus design et élégants. Velours et confort « plumpy » avec la réédition du modèle Plumy créé en 1980 par la designer Annie Hieronimus chez Cinna, Loom un plaid tissé bicolore en coton de Muuto, fauteuil en lainage d’Hartô, coussin en tissé-teint surteint d’House Doctor ou encore sur les céramiques chez Asa.

– Evolution vers des nuances plus douces et moins épicées, pour des jaunes à tendance « banane » onctueux et satinés : poufs en velours et cadres de miroir en cuir de Meridiani, fauteuil en lainage chiné au design rigide adouci par la couleur pour Ligne Roset. 

Outre ces points forts émergents, on croise toujours beaucoup de roses doux ou fanés, de jaunes ambrés, et aussi des bleus profonds comme évoqués dans notre premier billet « à chaud ».

Matières et effets matières

– Renouveau autour du verre moulé coloré et reliefé. Nouvel exposant et venant  de la région de Linz en Autriche, les superbes coupes inspirées des paniers tressés du jeune verrier Robert Comploj, déclinées dans une gamme ensoleillée. 4 couleurs et 4 formes pour les vases d’&k amsterdam, qui revisitent les classiques du genre en cristal facetté. Reliefs adoucis et gamme fumée sophistiquée pour les vases de TineKhome.

– Nouveaux aspects reliefés laqués. Autour des guéridons, des tables d’appoint et des plateaux, des textures brillantes qui enrobent les reliefs décoratifs et évoquent le métal émaillé de tradition folk, à retrouver chez Athezza ou Kersten. Plus classiques sur céramique, carrelages rosaces sur plateau de table chez Mambo Unlimited ou sur accessoires de toilette chez Côté table.

– Après un raz de marée de marbres, véritables ou imprimés, de nouvelles textures d’inspiration minérales mais plus brouillées apparaissent sur le métal pour des vases chez House Doctor et des boites ou même des plateaux de table chez H.Skjalm P.. Pour sa collection de mobilier ou d’accessoires de salle de bain, la marque Nordal revisite cette inspiration en résine avec des versions marbrées ou terrazzo très réussies. Côté univers du luxe, c’est la pierre véritable qui est à l’honneur en camaïeu de marrons dans la collection d’Alberto Vignatelli pour la ligne Heritage de Luxury Living.

– Les métallisés brillants, chrome-laiton-cuivre, sont encore très présents mais des finitions métal à l’éclat patiné ou brossé se profilent. Seaux et rafraichissoir à boissons en acier cuivré de XL Boom, laiton brossé pour des tables basses demi-sphères de Meridiani et pour le fond de casiers en bois noir chez Ibride. Brillance lustrée presque mate pour l’enfilade inspirée d’une armure de samouraï chez DeCastelli ou les couverts BrickLane de KnieIndustrie, un modèle vintage en acier inox réédité dans une finition dépolie comme usée par le temps.

Décors

Tropical en douceur, la vague d’exotisme se renouvelle en coloris pastels roses, saumon ou vert céladon, un souffle frais et très séduisant. Set de table en stratifié imprimé Jungle et oiseaux chez Les Gambettes, art de la table avec feuillages anthracites sur pastel, des motifs à retrouver aussi sur le textile et l’imagerie de Bloomingville, palmes néo-gravure sur écru pour un tissu d’ameublement chez Charles Burger.

– De la céramique au textile, des textures brouillées et optiques en noir & blanc.
Pour habiller le nouveau canapé d’angle Prado de Christian Werner pour Cinna, un duos de jacquards, sur les galettes de chaises Copacabana, réédition de Mathieu Matégot par Gubi, ou encore chevrons entremêlés pour les coussins des jeunes designers belges NoMoreTwist. Des décors à rapprocher de l’inspiration très « textile » croisée sur le stand de Céramica Sant’Agostino avec la collection Digitalart : des revêtements de sol en grés cérame, imprimés et relièfés à la ressemblance trompeuse avec les sols en vinyl tissés, disponibles en unis ou en version patch.

– Les designers imaginent aussi tissus et papier-peint ! Hasard ou air du temps, un esprit graphique et essentiel très similaire, autour de mini-géométriques fantaisie (lignes-points-cercles-courbes) irrigue les 2 collections de Jaime Hayon et Inga Sempé. Ligne Sibelius, un textile imprimé bicolore pour le canapé Beau fixe édité par Ligne Roset pour la seconde, une collection de papiers-peints avec l’éditeur suédois Ecowallpaper pour le premier, un motif décliné en 3 échelles et repris en version « tiles » sous forme de feuilles carrées à positionner en toute liberté.

– Pas de « déferlante » du côté des fleurs, mais de jolis motifs rencontrés au fil des stands, rééditions ou inspirés des classiques. Charme en noir-gris-blanc avec le linge de lit Flowers d’Arne Jacobsen, surprenant dans l’univers typographique de Designletters. Entre chromo et néo Liberty, un imprimé fleuri à mixer avec unis et géométriques chez Alexandre Turpault. Fleurs et feuilllages légèrement décolorés dans un esprit « papier-peint Mamie » fait son apparition dans la collection jusqu’alors plutôt fraiche et graphique de La Cerise sur le gâteau. Imprimées sur lin, fleurs et volutes « Jugendstyl » (Art Nouveau suédois) pour nappes et coussins chez Linum.

– Un esprit néo-authentique qui évolue vers plus de simplicité et devient plus intemporel et essentiel. Carreaux tissés teint bleu sur blanc en lin, ou madras éclairci de blanc pour le linge de lit chez Linge Particulier, carreaux « torchons » géants pour les nappes de Södahl, ou encore chambray couleur et finitions contrastée pour les sets de table en lin de la marque portugaise d’art de la table Daterra.

Focus produits

Où l’incursion de l’innovation sur des produits quotidiens…:

Antoine, une lessive pour homme. Un produit « life-style », pour laver chemises, draps et affaires de sport masculines, en rupture avec les éternels parfums pêche ou lavande des lessives classiques. Un « parfum qui lave », avec les mêmes ingrédients qu’une eau de toilette raffinée, disponible en version classic (cèdre, santal, ambre et musc) ou intense (patchouli, cuir, ambre) et dans une bouteille en verre pour pouvoir l’exhiber !

Le kit de fermentation de Mortier & Pilon, pour réaliser à la maison pickles, choucroute et kimchi (légumes lacto-fermentés coréens au piment). Un produit dans l’air du temps, qui surfe sur une vague diététique très présente sur les blogs et les livres culinaires : la mise en avant des aliments fermentés et lacto-fermentés et leurs bienfaits digestifs via les probiotiques générées par ce mode de préparation.

– Les produits de That !Invention, jeune marque américaine dont la philosophie est de mettre à la disposition du grand public des technologies issues de l’aérospatiale US. SpreadThat un tartineur en bronze-titane, à l’esthétique « soft futur » et à la lame rétractable, qui utilise les propriétés conductrices de cet alliage pour faciliter le tartinage du beurre. Scoop 2 une cuillère à glace en polypro et aluminium anodisé, qui contient dans son manche un fluide thermo-chauffant dont les propriétés se prolongent jusqu’aux extrémités de la cuillère, ThawThat ! une planche en plastique ABS et aluminium anodisé, qui permet de décongeler 4 fois plus vite les aliments à température ambiante.

Nos coups de coeur

La Chance et Jacques Emile Ruhlmann.
Créés à l’origine pour des tapis et des papier-peints par le décorateur phare des années 1910-20, des motifs en noir et blanc très graphiques et incroyablement modernes, comme un ancêtre caché du Mouvement Memphis, réédités pour des coussins par la jeune maison d’édition. En association des appliques d’inspiration masque africain en métal laqué de Marta Bakowski.   

Les créations de Dirk Vander Kooij, maintenant distribuées par Pop Corn. Ce jeune designer hollandais, dans la mouvance des « nouveaux artisans tech », s’est fait connaître par la création d’une imprimande 3D jouant sur l’esthétique des strates « low resolution » des premières machines, et par l’utilisation des intérieurs plastiques des réfrigérateurs comme matière première de son mobilier. Melting pot, une table moulée réalisée à partir des déchets de productions des chaises, multi-couleurs comme un terrazzo fondu et à chaque fois unique. Sunflowers une lampe à base de boites plastiques de CD, développée pour l’espace lounge du W Hotel d’Amsterdam en collaboration avec les architectes Baranowitz & Kronenberg.

La collection « Hampton » d’Eric Jourdan pour Cinna. Hommage aux lignes pures de l’architecte américain Mies van der Rohe, un secrétaire et des tables basses en bois et verre coloré, rose ou turquoise, qui conjuguent légèreté visuelle et fonctionnalité.

– Avant-première de l’été, les poissons s’affichent : en céramique et coloris tendres pour l’assiette de &k Amsterdam, en verre moulé incolore vert ou opaline blanc et vert jade pour les ramequins et bouteilles de la collection Fish & fish de Paola Navone pour Serax. Une collection inspirée de la production utilitaire des verreries industrielles de Sandwich (Massachusetts) durant les années 30, une production devenue entre temps « collector » !

Forum tendances : WILD

Confiée cette saison à François Bernard, l’espace tendances se poursuivait par le café-librairie scénographié par Elisabeth Leriche. Une thématique polymorphe déroulée du naturel primitif avec l’évocation d’une forêt et de ses esprits, puis dans l’espace plus urbain de nouveaux terrains vagues comme zones d’expérimentations d’un design plus collaboratif ou plus poétique, jusqu’à un final très chamanique avec les photos de la série Wilder Man de Charles Fréger (que nous avions mis en avant dans notre article « Retour aux sources ») ou les créations étranges, à base de dents, des artistes londoniens Fantich & Young.

En conclusion

Et pour de nombreuses marques, cette « session » du salon fut l’occasion de communiquer sur leur anniversaire et d’éditer des produits « commémoration » :

10 ans pour Ferm Living fêtés sur le stand par des ballons or, 25 ans pour la Compagnie de Provence célébrés avec une édition limitée et fluo du savon de Marseille liquide, 40 ans pour Cinna qui réédite la ligne Plumy, et 50 ans pour LSA avec une collection hommage aux matériaux emblématiques de la marque (verre-porcelaine-bois-cuir et métal émaillé). Avec les lignes Circle et plus particulièrement Utility, la société renoue avec ses origines : la vaisselle utilitaire polonaise en métal émaillé qui connu le succès grâce à Terence Conran dans les années 60, et fut à l’origine de la création de cette marque.