Creating
Future

Future
Singularities

  • Partager sur
Nov 25, 2015Julie Dao Duy

Le design africain ne se résume pas à l’artisanat et au recyclage, mais témoigne d’un véritable génie créatif !

Après son passage au Vitra Design Museum en Allemagne, c’est au musée Guggenheim de Bibao que l’exposition « Making Africa : A continent of contemporary art » a pris ses quartiers le 30 Octobre 2015. Elle présente une sélection éclectique des travaux de plus de 120 designers et artistes contemporains, appartenant de nombreux domaines créatifs : sculpture, photographie, mode, illustration, graphisme, numérique, urbanisme, architecture, sans oublier le design d’objets. 
Découvrez les coups de cœur des équipes Peclers.

1/ Prologue

Une première partie qui nous immerge dans l’univers de l’exposition en nous confrontant à plusieurs questionnements : qu’est-ce que l’Afrique ? Qu’est-ce que le design africain ? La vision occidentale de ce continent est-elle toujours vérace en cette période de grands changements?

Autant de questionnements symbolisés par le travail de l’artiste Kenyan Cyrus Kabiru intitulé C-stunners, « lunettes merveille », qui permettent non pas de voir mais refléter notre regard erroné sur l’Afrique.

S’ensuivent de multiples œuvres et vidéos représentant ce qu’aurait pu être l’Afrique sans la colonisation du 19ème siècle.

2/ I & We

Une seconde partie mettant en scène le génie africain qui consiste à adapter, détourner, réinterpréter la culture et les tendances globales, et leur donner une nouvelle dimension, notamment politique, ou enrichie par leur culture locale.

On s’attarde notamment sur  les structures capillaires de JD Okhai Ojeikere, les photos de Mário Macilau, Seydou Keïta, Malick Sidibé, de Chris Saundes pour Dazed Magazine, ainsi que les représentations des acteurs de la vie nocturne du Congo du milieu du 20e siècle de Jean Depara. Et nous sommes également invités à télécharger l’application d’émoticônes afro ‘Oju Africa’ qui répond à une demande globale de diversité ethnique dans les smileys.

La mode et la représentation de soi sont également utilisées pour véhiculer les messages. Notre attention est naturellement captée par les bijoux de corps en toile cirée teinte et coton de la marque MISWudé, formes et matériaux se référant à l’artisanat africain. Cette utilisation de la cire, matériau issu de la colonisation, et cette ré-interprétation des vêtements par Waxology symbolisent la réinvention d’une nouvelle identité esthétique africaine.
On est aussi subjugué par l’utilisation des talons, symbole de la mode, de Leanie van der Vyver, visant à questionner l’idée de mode, beauté et perfection en poussant les limites du grotesque à leur paroxysme.
Omar Victor Diop, avec sa série ‘Studio of Vanities’, nous fascine également par ses mises en scène colorées du paysage artistique et créatif de Dakar, en prenant toujours le soin de choisir un fond comme miroir de la personnalité de son sujet.

Les salles consacrées à « I & We » sont aussi rythmées par le travail de vidéastes tel que le clip Magic Man du chanteur Umilo, des cartes de l’Afrique, et des couvertures du magazine emblématique Drum : Africa’s leading magazine, qui fut le seul lors de l’apartheid à prendre la parole en se faisant la voix du peuple africain.

3/ Space and object

Une troisième partie consacrée à l’individu et son environnement immédiat : la ville, les développements technologiques et les matériaux y sont chacun placés au même niveau.

Au milieu du 21ème siècle, 70% de la population vivra dans des villes et le design devra répondre à de nouveaux défis. On découvre ici comment les artistes exposés agissent en tant que porteurs de solutions pour donner forme à nos espaces de vie personnelle grâce à l’utilisation de nombreux matériaux, et aux nouvelles technologies.

L’installation de sièges ‘improvisés’ en bronze de Guy du toit invite au dialogue, alors que Porky Hefer, nous présente son nid d’oiseau en kooboo tressé et fil de chanvre devenu siège, et Cheick Diallo ses fauteuils aériens en métal, nylon et ficelle.

Plus concentrés sur l’urbanisme et l’environnement, on retrouve  la série The Prophecy de Fabrice Monteiro, en collaboration avec la créatrice Dously et l’organisation Ecofund, qui alerte sur les dangers de certains comportements humains ayant des conséquences irrémédiables sur notre environnement. De son côté, le travail de Justin Plunkett’s floute la frontière entre imagination et réalité. Avec son photomontage digital, ‘Skhayascraper’, il démontre comment la mégalomanie et la course à la réussite peuvent se confronter à la réalité de la dégradation du paysage urbain, et comment les campagnes de communication peuvent nous stimuler autant que nous corrompre.

4/ Origin and future

On explore dans cette dernière partie la culture africaine contemporaine.

Sont mis à l’honneur de nombreux travaux et réflexions, comme celui du sculpteur Gonçalo Mabunda, série de trônes réalisés à partir d’objets recyclés dont du métal et des armes utilisées pendant la guerre du Mozambique, afin de leur donner une seconde chance, un nouveau sens.
Notre attention se porte aussi sur les pièces, « Alien Cartoon », de la collection FW 13-14 de Selly Raby Kane, qui démontrent une fois de plus la réelle modernité dont fait preuve la création africaine.

Et comment conclure sans évoquer l’initiative prise par les designers Mohammad Jogie et Jacques Lange (2013), d’honorer la vie de Nelson Mandela et son 95ème anniversaire en faisant réaliser 95 posters par des designers Sud Africains.