Creating
Future

Future
Singularities

  • Partager sur
May 10, 2016Julie Dao Duy

Après ces fameux « hipsters », dont le terme très générique a envahi les médias jusqu’à frôler l’overdose, de nouveaux archétypes masculins apparaissent et font preuve de plus de diversité et d’ouverture. La bataille autour du genre est vraiment engagée, des rébellions naissent en fonction des couleurs capillaires rares et des teints de peaux transparents, une revanche de l’atypique sur le beau fait la Une des magazines et des looks façon « voyous » s’immiscent dans le quotidien.

L'androgenre

La notion d’égalité des sexes n’est plus suffisante en Suède. On pencherait vers le sexuellement neutre. Une marque de vêtements pour enfants a supprimé les rayons filles et garçons de ses magasins, un catalogue de jouets suédois montre un petit garçon déguisé en Spiderman poussant un landau rose. On parle de toilettes mixtes dans les lieux publics. Dans les écoles primaires, on appelle les élèves par leurs prénoms ou par le terme « copain »… Plus fort encore, un nouveau pronom a été décrété dans l’Encyclopédie nationale suédoise : « hen » remplacerait le « il » (han) et le « elle » (hon) et il est déjà repris dans de nombreux journaux locaux. La pédagogie du neutre.

« La masculinité n’existe que par opposition avec la féminité », explique la sociologue australienne Raewyn Connell dans son livre Masculinités (sortie en 1995 et traduit en 2014) s’essayant à dessiner une cartographie complexe et nuancée des masculinités. La tendance serait plus à la confusion des genres ; un homme qui ressemble à une femme et inversement. L’androgyne sort de l’ombre, s’affiche sur les podiums, dans les magazines, inspire la cosmétique. L’ex danseur français Willy Cartier devenu mannequin cultive son genre androgyne métissé depuis quelques années, le mannequin Stav Strashko découvert dans une publicité automobile (un monde toujours masculin) pose surtout habillé en femme. Le modèle Pat Dudek cultive l’image féminine lors de séances photos ésotériques au milieu de la nature.

Pour séduire cette génération « no-genre », les marques s’engouffrent dans la voie ouverte par Calvin Klein dans les années quatre-vingt-dix et son succès olfactif CK One : pas de communication sur les sexes, un packaging neutre et minimaliste. Sam Farmer et ses kits de soins ciblent les adolescents sans distinction de genre. La marque finlandaise Basik s’intéresse davantage à la fonction du produit et non le genre auquel il s’adresse ; fini les rasoirs bleus ou roses ! On privilégie le contenu pas le contenant. Le département store londonien Selfridges a même créé l’année dernière un espace entièrement consacré au phénomène unisexe : « Agender, a celebration without definition ». La marque de vêtements coréenne Ader Error a créé un style sans aucune référence à l’homme ou la femme, proposant des collections de sweaters et jeans pour… Qui veut !

Le secteur du luxe affiche aussi cette envie de dépasser les genres. Helmut Lang avait réédité son parfum culte Cuiron en 2014 et Prada propose depuis fin 2015 une collection de 10 parfums unisexes aux noms de chansons pop.

L'atypigme

Le métissage des populations rend aujourd’hui atypique les couleurs de peaux trop claires et les chevelures blondes, blanches ou rousses. Le magazine MC1R du nom du gène déterminant la couleur de la peau et des cheveux chez l’Homme, parle de la beauté rousse et magnifie son exclusion pour mieux assumer sa différence. Le site de rencontre Match.com a montré des gens avec des taches de rousseurs comme des imperfections dans une publicité placardée dans le métro londonien récemment… La réaction des personnes rousses a été sans appel. Photo à l’appui devant les affiches, doigt tendu, le tout diffusé sur les réseaux sociaux en interpellant la marque.

Revendiquer sa différence, comme le fait Shaun Ross, le seul mannequin albinos, avec son mouvement #InMySkinIWin sur Instagram présenté lors d’une conférence TEDx sur le thème « Radical Beauty ». Moins radical mais inscrit dans cette tendance de peau blanchâtre, le mouvement Blank et son désir de retrouver une peau vierge dénuée de tatoos, piercings et autres artifices devenu trop mainstream aujourd’hui.

La couleur capillaire tend aussi vers le clair. La génération Millenials s’entiche de cette décoloration et paraît plus vieux, donnant un côté cool et dynamique à leurs attitudes. Comme le disait déjà en 1975 Andy Warhol : « When you got grey hair, every move you make seems young and spry ». L’ado starifié Justin Bieber a succombé au « platinum hair », le mannequin Lucky Blue Smith et ses 17 ans en parait dix de plus avec sa crinière blanc argent. Zayn Malik du groupe One Direction a fait la couverture du Uomo Vogue en janvier 2016 avec une coupe de cheveux argentés. Une nouvelle façon de se démarquer et sortir de la masse pour inscrire une signature visuelle forte à l’heure des réseaux sociaux. Le fameux « quart d’heure de célébrité pour tous » selon Warhol !

Atypique le nouveau "beau"

Il faut parler aujourd’hui de « l’atypique qui rend beau » comme l’acteur Adam Driver découvert dans la série américaine Girls et le dernier Star Wars VII. Loin d’être une bombe plastique, ce genre de physique attire. « Créateur non conforme cherche mannequin atypiques, gueules cassées ne pas s’abstenir ! » postait déjà Jean-Paul Gaultier dans les années quatre-vingt pour ses défilés… La tendance à l’atypique a donné raison à l’agence de booking Tomorrow is another day et sa créatrice Eva Gödel, proposant des mannequins avec un physique différent, mais ressemblant à des personnes que l’on croise tous les jours. La perfection devient ennuyeuse !

VOYOU

La mode s’intéresse aussi à l’univers carcéral en version vintage. Les looks de Clint Eastwood dans l’Evadé d’Alcatraz ou Paul Newman dans Lucky La Main Froide à base de pantalons Chino rustique et chemise en toile Denim et veste de charpentier ont sûrement inspiré la marque aixoise Fleur de Bagne. Un véritable hommage aux gueules et styles historiques des bagnards d’autrefois.

On aime le style carcéral comme l’a prouvé le succès du physique de Jerémy Meeks, ancien détenu, qui a signé un contrat avec l’agence de mannequins White Cross Management ; une gueule, des muscles, des tatouages qui racontent de vrais histoires photographiées lors de son arrestation ont affolé les réseaux sociaux et propulsé ce « Sexy Criminal » sur vers une nouvelle carrière aujourd’hui.

L’autre percée dans le monde stylistique des voyous nous vient des pays de l’Est avec la marque du créateur Gosha Rubchinskiy. Un style qui s’inspire de la période post-soviétique des années quatre-vingt-dix bousculé par la crise économique, la criminalité et la corruption. Un streetwear très banlieue entre sweater à capuche oversize, bas de jogging ceinturé et blouson XXL qui n’est pas sans rappeler le style « cité » mise en images dans le film La Haine.

Cet univers boxe au sens propre comme figuré les podiums des défilés. Le sport noble qui se joue aux poings aussi bien dans les universités chics anglaises que dans les cours des prisons inspire la création. Repéré pendant la Fashion Week de Londres chez Sibling pour sa collection SS16, c’est à la Fashion Week de New York que le monde de la boxe s’est exprimé en janvier dernier. La marque Linder a défilé sur un ring de boxe comme la marque Komakino. Pas de cocktails pour les happy fews présents mais des bières et des pizzas pour garder l’ambiance populaire des combats de boxe. Idem chez Grungy Gentleman la marque new-yorkaise. À Paris, la boxe est le dernier sport qui fait se dépenser les urbains stressés. Au Temple Noble Art ou à La Belle Équipe, chacun tente de se forger une silhouette et un mental d’acier. On peut parler d’un nouveau yoga… Pour les femmes aussi qui sont de plus en plus nombreuses à pratiquer ce sport !

Il n’y a vraiment plus de genre !