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Singularities

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Dec 02, 2015Julie Dao Duy

Comme annoncé dans notre cahier Environnements FW 16-17, l’inspiration nature qui s’est largement exprimée ces dernières saisons via une esthétique rough authentique ou minimaliste, laisse place à la nécessité de réinjecter une part de rêve et d’imaginaire : entre douceur et étrangeté, romantisme sombre et préciosité délicate, monde animal et monde végétal s’enrichissent d’une dimension onirique et retrouvent leur pouvoir fantasmatique…

Romantisme noir

Ténébreuse ou mystérieuse… L’inspiration nature s’assombrit, se dramatise et se teinte d’étrange poésie, notamment à travers le revival de deux techniques anciennes qu’on croyait oubliées : la taxidermie et l’estampe… 

Formée par Polly Morgan, diplômée de la prestigieuse Central Saint Martins, l’artiste britannique Rose Robson qui a récemment collaboré avec Nick Knight pour l’événement londonien Veuve Clicquot Widow Series, offre un éclairage nouveau sur l’art de la taxidermie. En mixant différentes espèces qu’elle associe parfois à des éléments végétaux, elle façonne des chimères surréalistes, étrangement oniriques.

Harriet Horton, de son côté, qui s’est formée à l’art de la taxidermie aux côtés du très renommé George Jamieson, bouscule les codes de la taxidermie traditionnelle avec des installations fantastiques qui mixent jeux de néons et animaux naturalisés, souvent créées au son des mélodies sombres et planantes de l’allemand Nils Frahm.

Une vision à la fois merveilleuse et presque macabre de la Nature et du monde animal, que l’on retrouve dans certaines estampes du 19ème siècle et qui sont en ce moment au cœur d’une exposition au Petit Palais, à Paris, baptisée  « Fantastique ! L’estampe visionnaire ». Entre bestiaire fantastique et paysages habités, y sont exposées des œuvres de Goya, Odilon Redon, Delacroix, mais surtout de Gustave Doré, dont les gravures naturalistes ténébreuses, parfois effrayantes, ont récemment fait l’objet d’une rétrospective au musée d’Orsay baptisée « L’imaginaire au pouvoir ».

Une maitrise du clair-obscur et un sens aigu de la dramaturgie dont s’emparent de nombreux artistes contemporains sur des supports bien d’aujourd’hui. Comme par exemple l’américain Justin Berry et ses photographies de paysages virtuels en noir et blanc, réalisées à partir d’images de synthèse issues de jeux vidéo.

Plus récemment, le pavillon finlandais de la biennale de Venise 2015 abritait un film d’animation au crayon signé Patrik Söderlund et Visa Suonpää, intitulé « Hours, Years, Aeons ». D’une durée de 45 minutes, rappelant la richesse ombrageuse des gravures de Gustave Doré, ce film d’une grande solennité mettait en scène le « dernier arbre » dans une salle obscure exhalant des parfums de charbon et de bois, sur fond de mélodie primale signée Max Savikangas…

Grâce mélancolique

Moins sombre et torturé, c’est la grâce, la douceur et la tendre fragilité de la nature qui semblent être l’inspiration majeure de nombreux autres jeunes artistes. A l’image de l’anglaise Rebecca Louise Law, connue pour ses installations monumentales de fleurs champêtres fanées et majestueusement suspendues, qu’elle met en scène dans des lieux chargés de symboles et d’histoire, ou qu’elle met au service de certaines grandes maisons : Hermès, Ferragamo, Gucci…

Un travail poétique empreint d’une certaine mélancolie qui rappelle les natures mortes d’Irving Penn, notamment sa série « flowers » : photographies de pavots imaginée à l’origine pour le Vogue américain en 1967, qui fait d’ailleurs l’objet d’une exposition à la Galerie Hamiltons, à Londres, jusqu’en janvier 2016.

De son côté, l’américain Taylor Curry nourrit une véritable fascination pour la légèreté des plumes qu’il matérialise par ses photos aux couleurs douces et aux allures de délicates aquarelles. Un rendu éthéré, presque irréel, réalisé grâce à la technique ancienne du cliché-verre, une combinaison entre la peinture et la photographie.