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Singularities

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Feb 01, 2016Julie Dao Duy

Dans la lignée de notre thème FW 17-18 Réminiscence, et alors que vient de s’ouvrir une exposition retraçant l’histoire du papier peint au Musée des Arts Décoratifs de Paris (« Faire le mur – Quatre siècles de papiers peints », du 21/01/2016 au 12/06/2016), un vent de richesse décorative s’empare de la création contemporaine : motifs overdosés, fantaisie surannée…

Entre nostalgie du passé, désir d’ornementer le quotidien et besoin de stimuler l’imaginaire, décryptage d’une tendance partie pour durer, qui relègue le néo-minimalisme et le pragmatisme ambiants au placard.

Côté déco, depuis l’arrivée en 2010 de la marque londonienne House of Hackney et de ses décors overdosés, l’envie de rompre avec la sobriété des ambiances clean, sages et neutres qui ont été de mise ces dernières années se fait de plus en plus vive.

D’abord axée sur la ré-édition de motifs d’archives, House of Hackney a ensuite collaboré avec William Morris, célèbre maison anglaise du nom du père du mouvement Arts & Crafts, grand défenseur du papier peint dans la seconde moitié du XIXème siècle pour qui il constituait une façon d’anoblir, d’ornementer le quotidien, et de stimuler l’imaginaire… Depuis, les co-brandings se sont multipliés : Eastpak, Puma… Et plus récemment, la marque londonienne a tapissé les murs du très branché hôtel Providence, ancien vestige datant de 1854 dans le quartier Strasbourg-Saint-Denis à Paris, repensé par l’architecte Philippe Medioni.

D’ailleurs, la plupart des nouveaux venus de l’hôtellerie branchée parisienne tels que le Grand Pigalle, l’hôtel Henriette ou le Paradis, misent eux aussi sur l’aspect ornemental, onirique et légèrement suranné de ces décors foisonnants, en remettant à l’honneur papiers-peints florissants et moquettes luxuriantes, comme à l’hôtel Grand Amour.

L’engouement est tel que certains artistes contemporains s’en saisissent également, et font du papier peint leur nouveau medium de prédilection. Ainsi, la marque de décoration murale haut de gamme Wallpaper by Artists collabore sur des séries limitées, fabriquées artisanalement, avec des artistes tels que Mai-Thu Perret, Marc Camille Chaimowicz, Loïc Raguénès ou John Armleder, qui eux-mêmes n’hésitent pas à troquer les fonds blancs aseptisés des galeries d’art pour la richesse du papier peint lorsqu’ils exposent leurs œuvres.

En parallèle, la mode fait elle aussi son coming out décoratif après plusieurs saisons plutôt guidées par le minimalisme cru des 90’s. Depuis deux saisons en effet, le nouveau directeur artistique de Gucci a su aller à l’encontre du pragmatisme et du néo-minimalisme ambiants à coup d’all-over saturés et surannés, tour à tour romantiques et luxuriants, géométriques et vibrants.

Se dégage de ses collections un néo-glamour foisonnant, à la fois majestueux et tendrement nostalgique qui fait de plus en plus d’émules comme en témoignent les dernières Prefall de N°21, Givenchy, Rochas, mais aussi Cédric Charlier, Depolzzo, Marques Almeida ou encore D-Squared… témoins d’un véritable raz-de-marée de prints « wallpaper» géométriques, floraux ou figuratifs.

Poussant encore plus loin la surenchère décorative, certaines griffes comme Mother-of-Pearl ou Orla Kiely, connue pour ses all-over décoratifs, sont même allées jusqu’à superposer fond et forme, faisant poser les mannequins en total look imprimé sur fond « wallpaper ».

Mais au-delà d’une envie de rompre avec la sobriété ambiante, cet « embaroquement » sous influence vintage témoigne également d’une volonté de renouer avec le passé. Une façon de redonner un sens, une histoire, une valeur affective et sentimentale au vêtement…
Dans un entretien accordé à propos de son dernier défilé, Alessandro Michele affirmait d’ailleurs avant tout aimer « l’idée qu’une robe ait des souvenirs, une mémoire ».
Et après avoir présenté plusieurs collections capsule réalisées en partenariat avec des grands noms de la mode, H&M a annoncé qu’il allait s’allier au musée des Arts décoratifs de Paris pour sa collection Conscious (la gamme écologique et responsable du groupe), puisant dans la richesse chargée d’histoire des décors archivés dans le musée parisien. À suivre…