Creating
Future

Future
Singularities

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Jul 05, 2016Julie Dao Duy

Par Julie Dao Duy, Antoine Burger

Dans la continuité de la tendance actuelle qui prône un retour à l’indulgence (Futur(s) 15 S’adonner à l’Indulgence), certains magazines se font la voix d’une génération qui revendique son droit à la liberté et son désir de vérité. A l’encontre d’une culture du « self-hate » créée par des magazines qui déforment la réalité et nourrissent les frustrations, ces nouvelles publications se libèrent de toute contrainte, abordent de vrais sujets, assument l’imperfection et ne veulent rien enjoliver. Elles ont le courage de leurs propres choix, rédactionnels ou artistiques. Et de cet engagement nait une vraie esthétique ; elle sublime l’humain, dans toute sa beauté et dans tous ses défauts.

Dire toute la vérité, rien que la vérité

Montrer la vie telle qu’elle est, c’est l’objectif de ces 3 magazines qui chacun à leur manière ont décidé d’arrêter d’enjoliver le réel. Qu’elle soit belle, douloureuse, singulière ou ennuyeuse, la vérité éclate. Dans le choix des sujets d’abord, qui sont abordés sans détours, dans l’imperfection des images et des corps, mais aussi dans l’intimité même des artistes, photographes, rédacteurs et lecteurs qui est révélée.

Frustré de ne trouver aucune publication qui lui paraisse à la fois humble, honnête et créative, Romain Sellier, photographe français basé à Londres, décide de créer  sa propore publication, Sentimental Magazine. Sa direction est extrêmement claire.  Si tous les photographes et contributeurs sont issus du monde de la mode, il ne leur impose qu’une seule règle : s’impliquer personnellement et intimement dans chacune de leurs séries. Pluralité des corps, multiplication des gros plans, mise en scène intimistes et poétiques : il en ressort une esthétique éclatante de vérité.

Pour Kitty Drake et Sadhbh O’Sullivan, les co-fondatrices de LadyBeard Magazine, le but est de raconter des histoires vraies et de parler cru. Le premier numéro parle de sexe, le prochain explorera l’esprit (un open call est lancé sur le thème « Losing my mind »). Les témoignages tragico-comiques permettent d’explorer tous les angles du sexe et ne se cantonnent pas seulement à celui du « comment faire plaisir à son homme ».  Une attention toute particluière est portée aux séries photos et illustrations (Peter Stemmler, Linder, Francesca Fattori…), chaque artiste offrant une approche directe et frontale du sujet. La vraie vie, sans fard.

« La vie c’est de la merde parfois, et nous n’allons pas prétendre le contraire ». Ecoeurées par une culture mainstream « emoji, glossy et ignorante » véhiculée par les magazines traditionnels, Luisa Le Voguer Couyet et Scarlett Carlos Clarke, les fondatrices de Hate zine, proposent un véritable support d’expression, pour que « toutes les voies soient entendues » : illustrations, photos, quizz, interviews…Avec la participation de Martin Parr en couverture ou encore celle de Maisie Cousins dont les clichés subliment la beauté imparfaite des corps, Hate zine n’est définitivement pas un simple fanzine.

Créer en toute liberté

Repousser les limites de l’art et de la création, se débarrasser de toute contrainte et transgresser les règles du genre : c’est l’ADN de King Kong Magazine. Ce magazine est à l’image d’une génération qui en a marre de vivre sous pression, qui se veut insoumise et libre.

Nicholas Formichetti était aux manettes (en guest) du premier numéro (430 pages) qui sort avec pas moins de 4 couvertures différentes. Aux côtés du photographe et styliste star, on reconnaît l’actrice et muse Catherine Deneuve, l’artiste India Menuez et la musicienne Brook Candy. Les collaborateurs,  artistes (Peter de Potter, Allen Jones), photographes (Masha Demianova,  Kirstin Lee Moolan,…) et stylistes qui ont participé n’ont suivi qu’une seule règle : il n’y a pas de règle !  Le résultat est à l’image de Nicholas Formichetti, mais aussi simplement révélateur de la pluralité des esthétiques et sensibilités artistiques qui peuvent exister et qui sont souvent sous-représentées.