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Singularities

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Aug 04, 2015Julie Dao Duy

Guillem Rodriguez Bernat a présenté sa collection Homme, intitulée La nuit, à la villa Noailles lors du dernier Festival de Hyères. En hommage à Dior et Balenciaga, le styliste espagnol surprend par des lignes et des volumes empruntés au dressing féminin. Une vision de la mode masculine très couture, où la figure du couturier-artiste prend toute sa dimension. Une collection riche en étoffes, tissus, volumes et cristaux Swarovski. Peclers l’a rencontré et évoque avec lui son processus de création et ses sources d’inspiration.

Comment définiriez-vous votre travail ?

J’ai réalisé 4 collections de vêtements en 2 ans : un travail incessant pendant lequel j’ai toujours été à la recherche de mon identité en tant que styliste. Aujourd’hui je pense avoir trouvé mon « ADN », ce quelque chose auquel je me sens lié. Il s’agit de cet « entre-deux genres », qui selon moi définit assez bien ma génération, mais aussi mon travail. Il me semble que nous aspirons tous désormais à vivre spontanément, à notre manière, loin des clichés et des « cases » dans lesquels on essaie de nous mettre.

Au travers des vêtements que je crée, j’essaie de raconter toutes ces histoires.

Quelle est votre vision de l’homme, la femme d’aujourd’hui? Comment avez-vous envie de les habiller?

Je pense qu à l’avenir il n’y aura ni genre, ni saison. En tout cas, c’est ainsi que j’aime l’imaginer.

Il est évident qu’en ce moment, la mode masculine a quelque chose de nouveau à dire. La manière dont nous achetons des vêtements, la manière dont nous les portons, et ce que proposent les créateurs… tous ces éléments sont des reflets de notre société.

Quel est votre processus de création?

Ça commence toujours de la même manière… un petit déclic dans mon esprit. Puis je commence à faire pousser l’idée, comme une plante. Ensuite je fais des recherches, des croquis, j’écoute de la musique, je me fais une playlist, et je m’enveloppe totalement de cette idée, en créant un moodboard… Je peux passer des heures à mon bureau à dessiner. Mais j’aime aussi travailler cette idée en utilisant différents supports, j’essaie de créer une relation entre les tissus, entre les différents matériaux choisis. Enfin, un autre point important pour moi : le fait de nommer un projet. Ça m’aide beaucoup pour la direction artistique. Et à la fin, c’est un peu comme mon bébé.

Dans mon imaginarium de styliste, ou même simplement comme personne, j’ai beaucoup de références. On vient tous de partout, alors j’aime imprimer ces références, les noter, les mettre dans mon livre de croquis… Je travaille beaucoup avec des visuels.

Vous vivez et travaillez entre plusieurs villes/pays. Puisez-vous des influences propres à chaque lieu?

Bien sûr, c’est toujours le cas. Actuellement, mon cœur se partage entre l’Espagne et la France. Mais si je vivais à Londres, ça m’arriverait de la même manière.

«  Il est nécessaire de garder les yeux grands ouverts…de toujours observer, car tout ce que l’on peut voir par la fenêtre, n’importe où, peut être source d’inspiration ».

Cette phrase de Grace Coddington m’inspire beaucoup.

Vos origines espagnoles, la culture du pays, sont-elles des sources d’inspiration directes qui se retrouvent dans vos vêtements?

J’aurai tendance à dire que non, mais je réalise que j’ai un sentiment puissant qui me rattache au noir, or le noir a eu un rôle important dans la culture espagnole. *

 * L’expression artistique et culturelle espagnole reflète souvent un sentiment dramatique, voire tragique, de la vie. La fête nationale et les taureaux en sont l’illustration parfaite. Cette vision assez dramatique est intimement liée à la couleur noire.

Quelles personnalités vous inspirent?

De manière générale j’aime la jeunesse, mais par là j’entends l’ « esprit de jeunesse », car ce n’est pas une question d’âge.

Quels sont vos futurs projets?

Je pense que la prochaine étape pour moi sera de m’installer à Paris, et petit à petit de faire ma place dans cette industrie. Et il se peut aussi que je présente prochainement une collection capsule.