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Oct 06, 2015Rémi Le Masson

Rencontre avec la jeune designer française Hélène Lefeuvre. Ancienne élève de L’ESAA Duperré et de L’Ensci. Invitée du Now! Le Off (Maison & Objet, Paris), véritable tremplin pour la jeune garde du design, Hélène nous présente son travail autour du tissage et de la vannerie : un style résolument design qui dépoussière cet artisanat désuet. Entre inspiration textile, récup et mélange afro-suédois. Une collection « Slow Design » fraiche et moderne tout en douceur, dans la lignée de notre thème Pacifique de l’été 17.

Qu’est ce qui vous a conduit à la vannerie, une discipline assez peu exploitée dans le design ?

Après des études de DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués) orientées vers la réflexion et les concepts créatifs, j’ai eu besoin de retrouver une approche manuelle, j’ai découvert dans la section textile de l’Ensci, un retour à l’artisanat, un savoir faire technique, cela m’a tout de suite passionnée.

Après 3 ans d’études, tout s’est enchainé rapidement, d’abord pour l’architecture, le mobilier outdoor mais également l’enseignement.

L’envie de me lancer est venue plus tard quand j’ai quitté Paris. J’avais plus de temps disponible, j’ai commencé à faire des « choses », des expérimentations, d’abord pour moi.

C’est une rencontre avec une marque de prêt-à-porter qui m’a décidée à franchir le pas. J’ai collaboré avec eux pour des créations textiles pour la décoration de boutiques puis des textiles vêtements, les bouteilles en vannerie sont arrivées plus tard. Je collectionne ces bouteilles de liqueur du Portugal et d’Espagne depuis toujours. J’ai hybridé les matériaux avec la moelle de rotin, changé les gammes aux contrastes forts par une palette plus moderne.

Le tissage est une technique lente qui demande une longue préparation, cette dimension « Slow » est-elle importante pour vous? Quelle émotion le tissage vous apporte-t-elle ?

Le tissage demande effectivement un long processus de préparation : Hourdir la chaine, la plier sur le métier à tisser, rentrer les fils dans les lisses, dans le peigne, régler la tension… Après seulement le tissage peut commencer.

J’en tire avant tout une grande sérénité et un moment de bien-être et de détente. Cette discipline est un vrai travail de fourmi, elle demande également une certaine concentration, il faut apprendre la patience.

La lenteur du geste me permet de m’évader, je suis dans une bulle.

Et la technologie dans tout ça ?

Mon travail passe essentiellement par la main…Mais je ne suis pas du tout fermée à la technologie. C’est plutôt une question d’investissement. Évidemment cela fait gagner du temps et donc cela a directement des répercussions sur les coûts de production.

 

Vous sentez-vous plus artisan ou designer ?

Les deux !

Et j’assume totalement d’être considérée comme un designer et non un artisan. J’adore l’idée que la frontière entre le design et les métiers d’art s’effrite…

Mes clients sont d’ailleurs exclusivement des boutiques, galeries et concepts-stores de design. Être présente aujourd’hui sur le off Now! C’est une manière de décloisonner cet artisanat à la connotation vieillotte.

Quelles sont vos inspirations ?

Tout d’abord il y a bien entendu les savoir-faire traditionnels tels que la vannerie et l’artisanat textile, avec toutes les différentes techniques de tissages et de tressages selon les pays et les époques aussi : les nattes et paniers africains, les khadis indiens, les tapis boucherouites berbères, les kilims, l’artisanat Hmong, les motifs de Mina Perhonen, le travail textile de Sonia Delaunay, celui aussi plus contemporain d’Hella Jongerius, la broderie d’Altoon Sultan. J’aime beaucoup les confrontations, les hybridations, les contrastes de couleurs et de matières, les dialogues entre différentes cultures et époques. La peinture, le dessin de certains artistes me touchent beaucoup également : il y a le travail très expressif de Cy Twombly, celui de Pierrette Bloch plus graphique.

Et puis plus simplement, je suis en admiration devant les dessins d’enfants où l’expressivité et la spontanéité priment. La designer Patricia Urquiloa, qui mêle techniques traditionnelles et modernité par les formes et matériaux utilisés, est un peu mon modèle. Et pour finir, il y a aussi Petra Blaisse du Studio Inside Outside avec son utilisation expérimentale du textile en architecture : sublime !

Où travaillez-vous ?

Chez moi, dans mon « atelier-véranda » avec vue sur un jardin.

Cette frontière boulot/vie perso est donc très souvent poreuse, cela demande un peu d’organisation mais cela me plaît, c’est pratique finalement surtout avec un processus de création aussi chronophage que le mien.

Qu’est qui vous passionne le plus dans votre travail ?

Ce qui m’intéresse c’est la recherche, je pourrais travailler en série, dupliquer mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. J’aime la recherche, l’expérimentation, l’objet unique… Ce n’est pas facile de quantifier le temps pour la réalisation d’une pièce je peux passer à peu près 5/6 h de travail pour une bouteille pour la conception mais surtout je peux faire, défaire et refaire.

Le point négatif c’est que cela demande plus de temps et donc directement cela se répercute sur le prix d’achat… Je sais que si je veux gagner ma vie je vais devoir « produire » en petite série.

 

Quels sont vos futurs projets ?

Tout d’abord je vais créer 30 pièces pour le Bon Marché qui seront présentées dans la Galerie Imaginaire.  Il y a aussi un projet de collaboration avec un très grand éditeur de textile français.

Le tissage est un support très large, il peut s’adapter à beaucoup de supports. J’envisage de développer une gamme de luminaires, sur le même principe que mes bouteilles tressées ; pour cela j’aimerais vraiment travailler avec un maître verrier pour mettre au point des formes sur-mesure.

www.helenelefeuvre.com

Instagram : helenelefeuvre