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Mar 23, 2017Julie Dao Duy

L’atelier et studio de production Office Neochrome imagine les décors les plus fous pour des marques telles que Nike, L’Oréal, Elie Saab, Scotch & Soda ou encore Aalto. Rencontre avec Samantha Lantéri, deuxième moitié de ce duo ultra créatif.

Vos parcours respectifs ?

Après un cursus spécialisé en Cosmétologie et Parfums puis un Master en Business Communication, j’ai collaboré, entre autres, avec le bureau de Presse Laurent Suchel et La Mode en Images sur la production des défilés d’Alexander McQueen, Kenzo ou Balmain.
C’est en 2003 que ma carrière dans le domaine du Set design a concrètement démarré, lorsque j’ai rencontré Nicolas Lantéri, mon mari et associé chez Office Neochrome. J’étais alors agent d’artistes chez Spine, accompagnant photographes, réalisateurs, Illustrateurs et set designers dont Nicolas, Backdrop Designer et peintre décorateur.

Nicolas a suivi une formation classique, académique aux côtés de Mathias Kiss, au sein d’Attilalou, mais aussi en production et régie dans le domaine de l’art contemporain, notamment pour les productions d’œuvres du Palais de Tokyo et de galeries telles que Thaddeus Ropac et Kamel Mennour. Il était à la fois accrocheur, peintre coloriste, sculpteur, menuisier…

Comment est né Office Neochrome ?

J’avais depuis longtemps l’envie de créer la 1ère agence de Conception, Production et construction de décor dédiée à l’industrie de la Mode, du Luxe et du Lifestyle cross média.

Neochrome a été fondé en 2007 par Nicolas qui souhaitait voler de ses propres ailes. Nous avons décidé d’unir nos forces pour proposer un nouveau type de service dédié exclusivement à la décoration en mixant ces disciplines indissociables que sont le set design, le props styling et le set building afin de répondre aux demandes les plus incongrues.

L’une des forces de Neochrome est sa matériauthèque. Nous faisons en permanence du sourcing de nouveaux matériaux aux quatre coins du monde, des revêtements de sol aux nouveaux tissus, en passant par les outils ou matériaux high-tech. Cela nous permet de proposer des produits exclusifs à nos clients. Nous travaillons également avec des artistes, designers, céramistes, des entomologistes, ou encore des naturalistes pour personnaliser nos créations.

Vos derniers projets…

Nous avons réalisé les décors de la campagne publicitaire de la griffe Aalto et de leur dernier défilé lors de la Fashion Week de Paris.
Faisant écho à la collection FW17-18 intitulée “Paradise Lost”, cette œuvre ultra graphique réalisée en live au sein de l’espace Commines se compose d’un enchevêtrement de tasseaux de bois et de grandes structures monolithiques dotées d’une armature d’acier en treillis métallique.

Nous venons de terminer une prise de vue photo et un film avec Pharrell Williams et Chanel pour la plateforme digitale chinoise (et la version print) Modern Weekly.
Pour cette série réalisée par le photographe Daniel Sannwald, chef de file d’un nouveau surréalisme entre low et high-tech, nous avons proposé différents univers : désert futuriste, décor cosmique, ou ambiance Nouveau Monde. Pharrel ne portait que des vêtements et bijoux pour femme. Une tendance de plus en plus présente.

Nous avons également orchestré tout le sourcing et la construction du décor de la campagne SS17 Scotch & Soda (shootée par Emma Summerton) mettant en scène un appartement envahi par des dunes de sable.
Nous avons tout produit. L’appartement a entièrement été conçu en studio, des murs de 4m50 aux fausses fenêtres, en passant par les dunes de sable et les patines.

Pour Shiseido, nous venons tout juste d’imaginer le décor d’une campagne publicitaire digitale d’un nouveau genre.
Le concept : Transformer la fiction en réalité.
Inspiré d’un manga japonais, ce film entre réel et irréel, met en scène la bloggeuse italienne Chiara Ferragni. L’idée était de créer une unité entre maquillage et décor, avec l’illusion d’être propulsé dans une œuvre picturale, tel un trompe-l’œil, en appliquant les techniques de peinture à l’huile sur un décor et un visage. Un procédé rarement utilisé qui évoque le travail de Liu Bolin. Novatrice, cette campagne atypique s’adresse aux jeunes générations en allant à l’encontre des codes habituels de la cosmétique.

Quelles sont les nouvelles tendances en matière de set design?

L’or et l’argent semblent laisser place à l’iridescence. Nous utilisons de plus en plus de peintures issues du tuning, notamment pour réaliser des natures mortes, pour des présentations de bijoux par exemple. Cette tendance s’est confirmée sur la dernière édition du salon Maison & Objet.

Depuis quelques années, nous réalisons également beaucoup de décors à partir de matériaux de récupération et de construction. Pour un édito mode réalisé par Karl Lagerfeld publié dans Harper’s Bazaar mettant en scène le top Gigi Hadid, nous avons imaginé un décor mêlant des découpes numériques de panneaux de bois inspirées d’illustrations de contes de fées à une simple bâche de chantier, pour obtenir un effet flouté, nébuleux.

Comment imaginez-vous le set design du futur?

Longtemps resté dans l’ombre, le set design semble se démocratiser. Avec l’essor des social networks, il devient de plus en plus présent de manière individuelle, artisanale, mais c’est un métier qui nécessite de nombreuses connaissances techniques, architecturales, d’ingénierie civile de chantier, et une véritable sensibilité esthétique. Aujourd’hui, on nous demande d’anticiper la lumière, les angles de vue, mais aussi le stylisme, les matières, les textures…

La frontière sera de plus en plus poreuse entre le set design et l’art contemporain. Certaines de nos installations se rapprochent déjà de l’art contemporain et nous tentons d’intégrer le plus souvent possible les œuvres d’artistes dans notre travail. Cela permet d’apporter une autre dimension à l’univers de la mode, du lifestyle ou même des équipementiers sportifs.