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Singularities

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Jan 06, 2016Julie Dao Duy

Dans la lignée du thème Primitif de notre Cahier Inspirations FW 17-18, mais aussi de la dernière Biennale de Venise qui faisait la part belle aux techniques rudimentaires et aux esthétiques originelles : un désir d’authenticité et d’élémentaire, une fascination pour la nature originelle et les rites ancestraux se déploient aujourd’hui dans l’art, le design, l’architecture ou encore la gastronomie, semblant rompre avec l’immatérialité d’un monde désormais dominé par le culte des nouvelles technologies.

Art primitif & traditions ancestrales

L’art et la photographie contemporaine semblent se fasciner à nouveau pour la nature originelle et les rites ancestraux. En Grèce, le photographe Nikos Vavdinoudis témoigne ainsi de la perpétuation d’un rite Dyionisiaque dans un village du nord du pays à chaque début d’année, et qui voit ses habitants se couvrir de cendre, et revêtir des costumes faits de fourrures d’animaux sauvages. Dans sa série Wilder Mann, le français Charles Fréger photographie lui aussi les costumes de cérémonies païennes ancestrales qui perdurent dans certaines régions d’Europe (France, Bulgarie, Finlande, Sardaigne, Portugal, Suisse …), faits de peaux de bêtes ou de végétaux, sertis d’ossements ou ceinturés de cloches, chapeautés de cornes ou de bois de cerfs…

À la biennale de Venise, l’artiste américaine Joan Jonas présentait au pavillon Américain des dessins de poissons et d’abeilles aux allures de peintures rupestres, évoquant une symbolique originelle et naïve dont l’évidence fait la force.
À quelques pas de là, dans le pavillon Australien, l’artiste Fiona Hall recréait quant à elle des sculptures et des installations néo-préhistoriques à partir de matériaux recyclés.

De son côté, l’artiste Américain Bryan Nash Gill fait directement “parler” la nature primitive avec sa série WoodCut, réalisée à partir de l’empreinte encrée de troncs d’arbres découpés, révélant des motifs sinueux et chargés d’histoire aux allures d’empreintes digitales.

Design & environnements rustiques

Collection d’objets en bois à l’allure rupestre, brunis par une technique de trempage dans de l’huile brulante et déjà mentionné dans nos coups de coeur du salon Maison et Objet en septembre, le projet SÓHA signé Denis Milovanov témoigne de la tendance néo primitive qui agite en ce moment le monde du design. Une collection qui fait echo au travail de Roberto Sironi qui s’est récemment servi d’une technique oubliée mise au point il y a 2000 ans par les Étrusques pour sa série de vases batpisés Buccheri : les vases sont d’abord tournés puis sculptés avec des outils en bois de buis, et cuits dans le charbon suivant une méthode ancienne qui leur donne cette couleur noire aux reflets d’argent.

Dans le quartier de TriBeCa à NYC, le dernier étage du Greenwich Hotel témoigne également de ce nouveau luxe aux inspirations primitives. Fruit d’une collaboration entre le designer belge Axel Vervoordt et l’architecte japonais Tatsuro Miki, il mêle élégamment l’aspect brut et irrégulier des couleurs de terre, des matériaux naturels et du mobilier rustique dans une mise en scène épurée propice au bien-être.

Nourritures originelles

Attention tendance : à l’heure où de plus en plus d’entreprises alimentaires introduisent de nouvelles manières de consommer les ressources naturelles de nos sols, le charbon débarque dans nos assiettes. En boissons énergétiques ou en compléments alimentaires, les charbons actifs auraient en effet des vertus bénéfiques sur notre organisme : ils évacuent les toxines, nettoient le système digestif, luttent contre le vieillissement et réduisent le cholestérol.

À Paris, l’épicerie Native Delicatessen offre également une nouvelle expérience food en proposant accessoires de cuisines et denrées alimentaires fabriquées et élaborées à partir d’ingrédients rares issus du fond des âges : thé vert de Tasmanie, sauce aux cranberries du glacier du Kahiltna, gelée de cèdre Iroquois, couteaux en corne de cerf…

À l’image du dernier ouvrage du chef William Ledeuil, c’est également le retour du bouillon, met primitif par excellence que l’on retrouve dans d’innombrables cultures culinaires, de l’Italie au Vietnam. Nourrissant et ultra healthy (il atténue les inflammations, favorise la digestion et est très utilisé dans la médecine chinoise traditionnelle), c’est d’ailleurs la star d’une adresse New Yorkaise au succès grandissant nommée Brodo, qui propose des bouillons de viande et de légumes à emporter façon Starbucks™, nutritifs, sains et réconfortants pour l’hiver, agrémentés d’algues ou de gingembre.

À Copenhague enfin, entre retour aux sources et experimentations, le laboratoire culinaire Nordic Food Lab (crée par le chef René Redzepi du célèbre Noma) et The Cambridge Distillery viennent de mettre au point un alcool nommé Anty Gin aux saveurs puissantes, élaboré à partir d’un acide formique sécrété par des fourmis rousses des bois…