Creating
Future

Future
Singularities

  • Partager sur
Dec 14, 2016Julie Dao Duy

De la mini-jupe au bikini en passant par le pantalon féminin ou la jupe pour homme, les vêtements ont, depuis toujours, bousculé les conventions, flirtant parfois avec la provocation. Alors qu’à Londres et Paris, deux expositions questionnent la notion du vulgaire dans la mode,  certains créateurs livrent une vision radicale du sexy, en prônant l’égalité des genres.

Entre glamour, érotisme, exubérance et transgression, la notion de vulgarité, en perpétuelle évolution, varie d’une époque à l’autre, en contestant les normes culturelles et vestimentaires. Le Barbican Centre, à Londres, interroge la représentation du corps en dressant un panorama de la vulgarité depuis la Renaissance. Sondant les valeurs esthétiques à travers le temps, « The Vulgar – Fashion Redefined » confronte un corset du XVIIIe siècle à un T-shirt punk de Vivienne Westwood ou une robe Mondrian signée Yves Saint Laurent à la jupe à trompe d’éléphant de Walter Van Beirendonck.

A Paris, l’exposition du musée des Arts Décoratifs intitulée « Tenue correcte exigée ! » explore plusieurs siècles de scandales en présentant une série de vêtements qui ont marqué les grands tournants de l’histoire de la mode. Trop court, trop long, trop décolleté, trop large, transparent ou au contraire trop couvrant… Dans la culture occidentale, le vêtement, intimement lié au péché originel, se doit d’être discret et sobre. De nombreuses tenues, notamment liées au travestissement, ont ainsi transgressé l’ordre établi. Alors que la tendance unisexe explose depuis quelques années, le musée des Arts Décoratifs aborde la question du genre dans l’histoire de la mode, mettant en lumière, au cours des siècles, des femmes qui ont bravé l’interdit en arborant des tenues d’homme, de Jeanne d’Arc aux aristocrates anglaises du XVIIe siècle.

Du côté des catwalks SS17, on retrouve Paco Rabanne et ses imprimés « Futuresex » inspirés du livre « Nues » de Jean Clemmer, Jeremy Scott et sa collection classée X ou encore la collection Balenciaga imaginée par Demna Gvasalia, explorant « la relation intime qui lie la haute couture au fétichisme »…. Parée d’une cape en latex et de cuissardes en spandex à talon aiguilles, la femme Balenciaga bouscule les conventions dans des tenues aux couleurs flashy et des matières sensuelles seconde-peau.

On note également la collaboration entre Supreme et le photographe nippon Nobuyoshi Araki, inspirée par l’univers du bondage et la nouvelle campagne publicitaire sulfureuse de Saint Laurent, dévoilant une jeunesse libérée, parée de quelques-unes des pièces de la première collection imaginée par Anthony Vaccarello.

La tendance porno-chic initiée dans les années 2000 par Tom Ford semble désormais faire place à une vision de la sexualité revendiquée et assumée, célébrant la diversité des corps et des identités, jusqu’à dévoiler un message engagé. Chez Y/Project, le fusionnement des codes opère avec un vestiaire autour du construit-déconstruit qui dévoile autant les corps masculins que féminins. Pour Glenn Martens, « un sexy assumé n’est pas contradictoire au chic, au féminisme ou à l’avant-garde, bien au contraire ».

La griffe Hood by Air a quant à elle imaginé une collection SS17 gender-fluid sponsorisée par Pornhub, le site anglais de vidéos pornographiques. Le visage recouvert de vaseline, les mannequins homme et femme arborent les slogans HBA, Hustler ou « Never trust a church girl », tandis que des sacs en cuir sont promenés en laisse. Asymétriques ou oversize, les tenues jouent avec les transparences et les découpes, affichant certaines parties du corps.

« J’ai repoussé les limites de mon esthétique et je suis devenu en quelque sorte « anti-marque ». J’ai commencé à mettre des logos sur des pièces qui ne devraient pas en comporter : les pièces les plus chères, des vêtements à connotation sexuelle, en flirtant parfois avec la vulgarité. Parce que j’avais l’impression que c’est ce qu’on me faisait subir. » (Shayne Oliver, directeur artistique de Hood by Air)